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Des-ethnicisons les débats publics

 

 

Un certain nombre de questions dans le débat public sont tournées vers la stigmatisation fréquente de certains groupes ethniques et religieux. Néanmoins, il est possible de s'interroger sur des questions socialement vives à partir d'autres exemples que ceux pris habituellement. Cela nous conduit à interroger les questions de sexisme ou de laïcité par exemple non pas comme un problème spécifique à certains groupes, mais à mettre en lumière leur transversalité à différentes religions, classes sociales et origines ethno-raciales.

 

- A partir de quand les religions peuvent-elles entrer en contradiction avec le principe de laïcité ?

 

Plutôt que de stigmatiser systématiquement les musulmans, il peut être possible de s’intéresser aux rapports à la laïcité de certains groupes religieux chrétiens fondamentalistes. Les Témoins de Jéhovah produisent des dessins animés à destination des enfants les incitant à aller contre le principe de laïcité à l'école ou la lutte contre l'homophobie.

 

Jéhovah te donnera du courage : dessin animé à destination des enfants :

https://www.youtube.com/watch?v=0LrqhH5XCJY

 

Dans le même ordre d'idée, un dessin animé des témoins de Jéhovah incitant les enfants à aller à l'école tenir des propos homophobes en s'appuyant sur des arguments religieux :

https://www.youtube.com/watch?v=xsFy5gH0RbY

 

- Les manifestations communautaires sont-elles un obstacle à l'intégration ?

 

Il existe un présupposé en France selon lequel les manifestations communautaires seraient la marque d'un manque d'intégration des immigrés. Pourtant certains groupes immigrés donnés comme des exemples d'intégration ont des pratiques communautaires sans que cela constitue un problème.

 

La France ferait-elle du communautarisme une notion sélective ?, HuffPost, 2016

http://www.huffingtonpost.fr/asif-arif/finale-france-portugal-la-france-communautarisme_b_10927252.html

 

- Le sexisme est-il plus particulièrement propre à certains groupes culturels ?

 

Lorsque l'on aborde la question du harcèlement dans l'espace public, certains propos tendent à stigmatiser le comportement dans les quartiers populaires des personnes issues de l'immigration. Pourtant, il est possible de se demander au contraire dans quelle mesure le sexisme n'est pas une problématique transversale à l'ensemble des classes sociales et des groupes ethniques.

 

Madame Badinter : allez porter une robe à fleur à l'Assemblée nationale

http://www.humanite.fr/madame-badinter-allez-porter-une-robe-fleurs-lassemblee-637158

 

- Trop couverte, pas assez couverte : y-a-t-il un contrôle sur le corps des femmes ?

 

Il existe un discours public pour considérer que certaines religions, en particulier l'Islam à travers le voile, exercerait un contrôle vestimentaire du corps des femmes. Pourtant les règlements intérieurs des établissements scolaires, interdisant les vêtements trop courts ou trop long, semblent exercer là aussi un contrôle sous la forme d'un idéal de la jeune fille vertueuse incarnée par une juste mesure.

 

Y-a-t-il une longueur mini pour un jupe ?, 2009. URL : http://www.slate.fr/story/10631/quelle-est-la-longueur-correcte-dune-jupe

 

 

Jupe et strings obligatoires, 2011. Url : http://blog.mondediplo.net/2011-03-20-Jupe-et-string-obligatoires

Le salazarisme: un fascisme ?

 

Retour sur une controverse historiographique.

 

Il existe de nombreux travaux dans l’historiographie, en particulier portugaise, visant à déterminer si le régime salazariste était un régime fasciste. En effet, la controverse vient du fait qu’il existe des éléments fascistes et d’autres qui semblent moins caractéristiques d’un tel régime.

 

Les dimensions fascistes du régime salazariste

 

Il existe des éléments dans le régime salazariste, l’Estado novo, qui sont d’inspiration fasciste ou que l’on retrouve également dans le fascisme:

 

  • La mise en avant du corporatisme et l’union des classes contre le syndicalisme et la lutte des classes

  • Une propagande de type fasciste: défilés et saluts fascistes

  • A mocidad portuguesa: un mouvement d’encadrement de la jeunesse

  • A legiäo portuguesa: une milice paramilitaire anti-communiste

  • Une police politique: la PVDE, puis la PIDE

  • L’ouverture de camps de concentration pour les opposants, comme le camp de Tarrafal.

 

Les tenants de la thèse du fascisme de l’Estado Novo mettent également en avant le rôle, au sein du régime, de l’idéologue Antonio Ferro, admirateur des régimes fascistes.

 

Un régime autoritaire traditionaliste ?

 

Certains auteurs voient plutôt dans le salazarisme un régime autoritaire traditionaliste, proche du pétainisme en France, mais qui n’était pas de nature fasciste.

 

Pour cela, ils mettent en avant:

  • Le fait que Salazar, contrairement à Franco, Mussolini ou Hitler, ne porte pas l’habit militaire

  • Le peu de goût de Salazar pour les masses et sa faible capacité à se comporter en tribun oratoire

  • Sa volonté de construire non pas un “homme nouveau”, mais de laisser vivre un “homme habituel”

  • Le recours limité du régime autoritaire portugais à la violence, qui n’est utilisée qu’en cas de “nécessité”.

  • L’encadrement de la population, non pas par des structures créées ad hoc, mais par des structures traditionnelles, en particulier l’Eglise

  • Le caractère non-expansionniste du régime autoritaire portugais qui s’explique également par le vaste Empire colonial que possèdent les portugais.

 

Par ailleurs, Salazar se montre très méfiant vis-à-vis des “chemises bleues” du mouvement des Nationaux-syndicalistes.

 

Qu’en conclure ?

 

Il est possible de souligner que l’influence du fascisme, en particulier du modèle mussolinien, est surtout présente durant les années 1930. Après la Seconde Guerre mondiale, et la défaite de l’Italie et de l’Allemagne, il devient plus embarrassant pour un régime autoritaire qui prétend se maintenir et qui plus est, adhère à l’OTAN, de se réclamer ouvertement du fascisme.

 

On peut peut être dire que l’Estado Novo a été un régime autoritaire comportant un mélange de tendances traditionalistes et fascistes. C’est peut être plutôt la greffe d’influences fascistes sur une dictature autoritaire traditionaliste qui constitue l’originalité du régime salazariste.

 

Documents:

 

Vidéo montrant l’inspiration fasciste de la propagande salazariste:

https://www.youtube.com/watch?v=JYKEKwWYmJE&t=369s

 

Bibliographie en français:

 

Guya Accornero, « La répression politique sous l’Estado Novo au Portugal et ses effets sur l’opposition estudiantine, des années 1960 à la fin du régime », Cultures & Conflits [En ligne], 89 | printemps 2013, mis en ligne le 15 juin 2014.

 

Léonard Yves, Salazarisme et Fascisme, Edition Chandeigne, 1996.

 

Pinto Antonio Costa. "Le salazarisme et le fascisme européen". In: Vingtième Siècle, revue d'histoire, n°62, avril-juin 1999. Dossier : Le salazarisme. pp. 15-25.

 

Reis Torgal Luís, « L'État Nouveau portugais. Esquisse d'interprétation », Pôle Sud, 2005/1 (n° 22), p. 39-48. URL : http://www.cairn.info/revue-pole-sud-2005-1-page-39.htm

 

 

 

Les cercles de parole

 

Les cercles de paroles sont une méthode qui provient des nations amérindiennes et qui présente des similarités avec les groupe de conscience de féministe et les cercles de culture de Paulo Freire.

 

Traduction d'un article de Phil Lane Jr, publié dans Four Worlds International Institute en 2012.

 

Les cercles de parole, de partage et de guérison sont utiles lorsque le sujet considéré n'a pas de réponse correcte ou incorrecte, ou lorsque les gens doivent partager leurs sentiments. Les problèmes morales ou éthiques peuvent souvent être traités de cette façon sans offenser personne. Le but des cercles de parole est de créer un environnement sûr pour que les gens puissent partager leur point de vue et leurs expériences avec d'autres. Ce processus aide les gens à avoir un sentiment de confiance les uns envers les autres. Ils pensent que ce qu'ils disent sera écouté et accepté sans critique. Ils apprécient également les points de vue d'autres que les leurs. Pendant le temps du cercle, les gens sont libres de répondre, ils le peuvent tant qu'ils suivent ces lignes directrices.

  • Tous les commentaires doivent être adressés directement à la question ou au problème, et non aux commentaires qu'un autre participant a fait. Des commentaires négatifs et positifs sur ce que tout le monde dans le cercle dit devraient être évités. Dites simplement ce que vous voulez dire de manière positive. 

     

  • Une seule personne parle à la fois. Tout le monde devrait écouter sans distinction ce que l'orateur dit. Certains groupes trouvent utile de signifier d'une manière ou d'une autre qui a la parole. Faire un tour de parole systématique du cercle est un moyen d'y parvenir. Un autre consiste à utiliser un objet (comme une pierre ou un bâton) que la personne qui parle pose, puis passe à la personne suivante qui a indiqué un désir de parler.

     

  • Le silence est une réponse acceptable. Personne ne devrait être pressé à tout moment de contribuer s'ils se sentent réticents à le faire. Il ne doit pas y avoir de conséquences négatives, même subtiles, à dire «je passe».

     

  • Dans le même temps, chacun doit se sentir invité à participer. Certains mécanismes pour s'assurer que certaines personnes plus à l'aise à l'orale ne dominent pas la discussion devraient être construits. Par exemple, personne ne parle deux fois jusqu'à ce que tout le monde dans le cercle ait eu l'occasion de parler une fois. Une atmosphère d'écoute patiente et sans jugement aide habituellement les personnes timides à s'exprimer et les personnalités plus fortes à modérer leur participation. En parcourant le cercle de manière systématique, inviter chaque personne à participer simplement en mentionnant chaque nom à son tour peut être un moyen efficace d'égaliser la participation.

     

  • Il est souvent préférable de tenir des cercles de discussion en groupes de cinq à quinze plutôt qu'avec un grand groupe, car dans les petits groupes, chacun a le temps de dire ce qu'il faut dire sans se sentir pressé par le temps.

     

  • Le leader du groupe facilite la discussion en reconnaissant les contributions de manière non critique (c'est-à-dire en évitant des commentaires tels que «bon commentaire» ou «génial» qui peuvent être considérés comme des comparaisons entre différentes contributions) et en clarifiant les commentaires lorsque cela est nécessaire (Par ex. "Si je comprends ce que vous dites, vous êtes ...").

     

  • Aucun commentaire qui critique les autres ou nous-mêmes n'est autorisé. Une façon convenable de signaler l'interlocuteur lorsque cela se produira devrait être établie. Les auto-critiques comprennent des commentaires tels que "Je pense que personne n'est d'accord avec moi, mais ..." ou "Je ne suis pas très bon à …"

     

  • Les participants devraient se sentir libres de s'exprimer en étant à l'aise: en partageant une histoire personnelle, en utilisant des exemples ou des métaphores, en faisant des déclarations analytiques, etc.

     

    (….)

     

Principes de consultation

Objectif

Créer une compréhension, un engagement, une confiance parmi les membres divers de la famille humaine 


• Identifier les opportunités et résoudre les problèmes
 


Favoriser une action collective


Dix principes pour réussir :

1. Respectez chaque participant et appréciez la diversité de chacun. C'est la principale condition de consultation.

 2. Valoriser et considérer toutes les contributions. N'ayez pas de préjugé. S'abstenir d'une évaluation jusqu'à ce que des informations suffisantes aient été recueillies.

3. Contribuer et exprimer des opinions avec une totale liberté.

4. Considérez attentivement les points de vue des autres --- si un point de vue valide a été offert, acceptez-le comme le votre.

5. Une conversation externe peut être importante pour la construction de la communauté, mais ce n'est pas une consultation axée sur la solution.

6. Partager dans le but d'unifier des communautés --- avoir un désir de réussite pour tous les intéressés.

7. Attendez-vous, avec amour et respect, émerger des opinions divergentes. Des solutions optimales émergent d'une diversité d'opinions.

8. Une fois déclaré, lâchez les opinions. N'essayez pas de «défendre» votre position, mais plutôt de la laisser aller. La propriété provoque un dysharmonie dans le cercle et presque toujours entrave la vérité.

9. Contribuer à maintenir une atmosphère amicale en parlant avec respect, courtoisie, dignité, sollicitude et modération. Cela favorisera l'unité et l'ouverture.

10. Chercher un consensus. Mais si le consensus est impossible, la règle de la majorité. Rappelez-vous, cependant, que les décisions, une fois faites posée, deviennent la décision de chaque participant. Une fois que la communauté a décidé, les opinions dissidentes sont destructrices et compromettent le succès de l'action unifiée des communautés et les résultats souhaités. Lorsque les décisions sont prises avec unité et avec le soutien de toute la communauté, les décisions erronées peuvent être plus clairement identifiées et corrigées. Cela ne peut pas se produire avec la désunion.

 

 

L’esprit libertaire contre l’Etat

 

En quoi l’esprit libertaire peut-il incarner aujourd’hui une critique de l’Etat ?

 

Le continuum entre régime autoritaire et démocratie libérale

 

La première thèse concernant l’Etat qu’il est possible de défendre est que la différence entre les démocraties libérales et les régimes régimes autoritaires n’est pas marquée par une ligne stricte et infranchissable.

 

Il existe dans les démocraties libérales des tendances des Etats à pouvoir glisser imperceptiblement et à se rapprocher des régimes autoritaires. Il est possible par exemple de citer l’usage de l’Etat d’urgence anti-terroriste utilisé pour essayer d’interdire des manifestations ou arrêter des militants écologistes.

 

Le magazine The Economist publie un classement des pays selon leur indice de démocratie. Il distingue quatre catégories: démocratie pleine, démocratie imparfaite, régime hybride, régime autoritaire. La France est classée dans les démocraties imparfaites.

 

L’esprit libertaire dans une démocratie libérale

 

L’esprit libertaire incarne la lutte individuelle et/ou collective contre la tendance des Etats libéraux à se rapprocher des régimes autoritaires.

 

En effet, comme l’avait déjà fait remarquer Montesquieu, “le pouvoir tend à abuser du pouvoir”.

 

Cet esprit libertaire peut se manifester de différentes façons.

 

Il peut consister à opposer aux agissements des Etats et de leurs représentants les bornes des libertés garanties par les droits humains.

 

Il peut consister dans la lutte contre la technocratie étatique et sa capacité à broyer les individus dans un univers de règles impersonnelles privées de sens. Ce que Kafka décrit comme les “chaînes de papier”. (Voir: Löwy, M. (2003). Chaînes en papier: Despotisme bureaucratique et servitude volontaire dans Le Château de Franz Kafka. Diogène, 204,(4), 62-74. doi:10.3917/dio.204.0062).

 

Il peut s’incarner dans des institutions comme l’école où il mène une lutte contre les institutions disciplinaires.

 

Micro-politique: les tactiques de résistance

 

Cet esprit libertaire constitue une micro-politique qui s’incarne dans des tactiques de résistance qui permettent en particulier de mener une lutte au coeur même de l’appareil d’Etat.

 

 

Il s’agit de repérer les micro-glissements autoritaires et de les endiguer, de les empêcher de gagner du terrain et de s’institutionnaliser dans des pratiques.  

 L'exode de Madère : la racialisation de l'émigration madérienne au XIXe siècle.

 

 

Traduction de « O Exodo da Madeira » - artigo de divulgação no Super Interessante, Junho 2016, por J P Lobato.

 

De la Guyane Britannique à La nouvelle Angleterre, en passant par le sud de l'Angola et par Hawaï, au XIXe siècle, des milliers d'émigrés madériens ont travaillé dans une quasi situation d'esclavage et ont été classifiés par la science officielle de l'époque, comme non-blancs. L'anthropologue Cristina Bastos veut mieux raconter cette histoire d'empire et de migrations.

 

En 1807, l'Empire Britannique a aboli le commerce des esclaves, particulièrement africains, dans les îles britannique et dans ses colonies. En 1833, une loi parlementaire conduit cinq ans après à l'abolition de l'esclavage dans presque tout l'empire de Sa Majesté. La main d'oeuvre esclave africaine a été le noyau de la création de richesse et de prospérité économique de ce qui était, à l'époque, la plus grande puissance mondiale, mais au prix d'une déshumanisation, de violence et du sang de la population africaine. Avec la fin de ce système, les mines et les plantations britanniques de sucre, de café et de coton dans les Amériques et les Caraïbes, sont passé par une phase de transition durant laquelle elles ont du passer à un système reposant sur un travail libre et payé. Cependant, ces conditions de travail se sont assimilées, dans beaucoup de cas, à un retour à l'esclavage.

 

C'est dans ce contexte que surgit un aspect très méconnu de l'histoire de notre pays, des dizaines de milliers de portugais, principalement de Madère, ont travaillé dans les plantations de l'Empire britannique durant le XIXe siècle. Comme le rappelle, l'anthropologue Critina Bastos, de l'Institut de Sciences sociales de l'Université de Lisbonne, à cette époque, il y avait plus de portugais à travailler dans ces plantations que dans les colonies portugaises, situation qui s'inversa à partir des années 1950.

 

Cela n'est qu'un des aspects que la chercheuse va analyser dans le projet « La couleur du travail – Les vies racialisées des immigrants », qui a convaincu un jury du Conseil de l'Europe de la Recherche de financer une bourse de 2,2 millions d'euros. L'étude, qui durera cinq ans, abordera des thèmes comme les flux migratoires, le racisme, les classifications raciales et la science raciale (ou plutôt la pseudoscience raciale) à travers laquelle on a justifié, durant cette période, un système de hiérarchie raciale. Au centre, figure les grandes migrations des portugais des archipels de Madère et des Açores « vers les plantations de sucre dans l'empire britannique, surtout en Guyane, depuis les années 1830 ou plus tard dans la Nouvelle Angleterre, aux Etats-Unis ». La focale serait également mises vers la Région du Pacifique ou le Sud de l'Angola ou d'autres régions qui vont être encore précisées, mettant en lumière le cas des habitants de Madère.

 

Ce que le jury a le plus souligné a été le caractère innovant de l'étude sur les empires et les migrations que va mettre en place Cristina Bastos, car les deux phénomènes vont être analysés à travers d'une même grille analytique et non pas séparément comme c'est le cas habituellement. Pour pousser plus loin cette idée, on va avoir recours à un travail pluridisciplinaire qui associera des anthropologues, des historiens et des historiens des sciences. En tout, cela permettra de constituer une équipe de 7 chercheurs à temps plein.

 

Des Portugais non-blancs

 

« Le système de production dans les plantations de l'Empire britannique après l'abolition de l'esclavage n'a pas changé. C'est la source de travail pour la production qui a changé. Les espaces qui esclavagisaient les africains ont substitué cette force de travail par une autre, en particulier la main d'oeuvre européenne » explique la scientifique. Pour le moins, il y a un importante détail à prendre en compte : « Combiné avec un système de production qui a esclavagisé les africains, il y a un système de classification raciale – qui aujourd'hui constitue encore une idéologie pour beaucoup de personnes – dans lequel on accorde la suprématie à des blancs » ajoute-t-elle. Quelle est la genèse de cette idéologie ? Il y a plusieurs explications. Moi et d'autres chercheurs nous acceptons l'idée que cela est lié à la réduction en esclavage des africains durant la période de la modernité ».

 

Ou encore, avec le commerce et l'utilisation d'esclave africains, avec l'objectif d'alimenter la production de sucre, de café et de coton, s'est consolidé une idée d'hiérarchie raciale, soit disant appuyée sur des bases scientifiques, qui au fond n'était qu'une pure idéologie. Les maîtres des plantations, les blancs, étaient classé au-dessus des esclaves de peaux noires.

 

Pour Cristina Bastos, l'imposition de cette division a fini par avoir des conséquences sur la manière dont les êtres humains se regardent mutuellement : « Ce que je viens ajouter, en lien avec ce fait, c'est que, après la fin de l'esclavage, ont été développés d'autres systèmes de racialisation, qui s'appuient sur le mode de production pratiqué. Ce ne sont plus seulement les esclaves africains, mais par exemple les travailleurs portugais qui sont racialisés ».

 

Dit d'une autre manière, ils ont été racialement classifiés comme non-blancs. Caractériser la situation de travail, sociale et d’intégration de ces hommes et de ces femmes qui migrent du Portugal est un des objectifs de la recherche : « En dépit qu'il ne sont pas des esclaves, les portugais se trouvent dans une situations de grands vulnérabilité, outre le fait que beaucoup d'entre eux ne savaient pas ce qu'ils allaient trouver ».

 

En parallèle, on veut découvrir « comment des processus cognitifs se mettent en place comme des connaissances scientifiques et sont articulés comme des processus sociaux ». Ou encore, on veut percevoir comment le savoir scientifique a été instrumentalisé et a été mis au service d'idéologies politiques et de phénomènes sociaux d'exclusion.

 

Travailler pour survivre

 

Comme l'a mis en évidence l'historien australien Barry Higman, dans Population and labor in the British Caribbean in the Rarly Nineteenth Century, publié en 1968, l'abolition de l'esclavage et l'émancipation des anciens esclaves n'a pas conduit, dans la première moitié du XIXe siècle, à une situation de pleine liberté dans le choix de ses activités. Dans la région caribéenne, le système de plantation occupait toute la terre cultivable, de fait les ex-esclaves n'avaient pas tellement d'autres choix pour ensuite continuer à travailler que désormais sous contrat avec leurs anciens maîtres.

 

Pour empirer les choses, ils continuaient à être les sujets d'un même système d'organisation du travail comme si rien n'avait changé. La principale différence, comme l'écrit Higman, consiste dans le fait qu'il avaient le choix de choisir leur employeur et de pouvoir refuser certains types de travaux ou de tâches. Seulement, cette liberté était toujours limitée par le contrôle que les maîtres des plantations avaient sur les ressources, auquel on ajoutait les nécessités de la survie. Face à cette situation, la vie des salariés dans les plantations, d'où qu'ils viennent, était très difficile.

 

De Madère vers Hawaï

 

A partir des années 1830, il y eu beaucoup d'habitants de l'archipel de Madère qui ont entamés de difficiles voyages par mer, en ayant comme point d'arrivé les plantations de canne à sucre, où ils étaient assujettis à de terribles conditions de travail. Les maderiens ont été vers des lieux très divers comme la Guyane britannique (en Amérique du Sud), Hawaï, la Californie ou l'Afrique du Sud. Les raisons, comme l'énumère Cristina Bastos dans un article publié en 2008, Migrants, Settlers and Colonists : The biopolitics des corps déplacés, inclu le manque de terre, la faim, l'extrême pauvreté et une structure sociale rigide dans leur terre natale.

 

Au XIXe siècle, Hawaï, qui était alors un royaume indépendant, a assisté à l'arrivée d'une grande vague de force de travail destinée aux plantations de canne à sucre. Le phénomène a été documenté, mais on ignore l'impact que les portugais et travailleurs des autres nationalités, ont eu relativement à la force de travail locale et sur la société.

 

Dans la Guyane, les plantations ont rapidement substituées au travail des esclaves, une main d'oeuvre contractuelle, mais les travailleurs étaient obligés àderester pendant une certaine période de temps et, souvent, en échange d'un voyage allé, de la nourriture, du linge et d'un espace où ils pouvaient vivre, et ils ne recevaient pas de salaire. Entre 1834 et 1835, des centaines de madériens et d'acoriens ont été « importés » là bas, rappelle la chercheuse, suit ensuite un nouveau flux d'immigrant portugais en 1841 cette fois suivi, d'une main d''oeuvre originaire de l'Inde et des Indes orientales. Une fois arrivés, les madériens, selon les registres, se sont lancés dans le petit commerce, mais ils ont fini par être victimes de révoltes qui avaient lieu en partie parce qu'ils n'étaient pas perçus comme des européens.

 

Les Etats-Unis et Trinité, dans les Caraïbes, ont été d'autres espaces où dès le début ils ont immigrés, vinrent ensuite, au XXe siècle, d'autres destinations comme l'Afrique du Sud. Pour le moins, durant les années 1880, il faut prendre en compte l'aventure de centaines de madériens qui, contre tous les pronostiques, ont réussi à coloniser la plaine du sud de l'Anglola, en dépit du manque d'infrastructure dans la Région.

 

« Ces communautés portugaises ont créés des dynamiques dans les sociétés où ils ont émigrés, et c'est cela qui va être étudié » ajoute Cristina Bastos.

 

Le Boom de la Nouvelle Angleterre

 

Localisé au Nord-Est des Etats-Unis, entre la frontière avec le Canada et l’État de New York, la région de la Nouvelle Angleterre, a été l'un des berceaux du processus d'industrialisation de l'Amérique du Nord, outre le fait d'être un véritable cas d'étude pour ce qui est de l'immigration vers les terres de l'Oncle Sam au XIXe siècle. Nombreux parmi ceux qui vinrent après avoir traversés l'Atlantique, dont beaucoup étaient des açoriens, ne furent même pas considérés comme blancs : ce n'est que plus tard que cette situation a changé. C'est ainsi que s'explique l'intérêt de savoir ce qui est arrivé aux migrants portugais, en comparant la classification raciale qui leur a été attribuée avec d'autres cas.

 

Autour des années 1830, une grande partie de la population de Nouvelle Angleterre vivait dans des maisons et consommait ce qu'elles plantaient. L'économie locale, cependant, reposait sur l'agriculture et était presque de subsistance. Un demi-siècle après, en 1880, la majorité de ses habitants vivaient dans de grandes villes, travaillait contre un salaire et achetait les produits dont ils avaient besoin, comme le montre l'historien économique Peter Temin, dans un article, en date de 1999, sur le rapide phénomène d'industrialisation qui est arrivé dans la région ses 50 derniers ans. Pour l'auteur, la transformation est comparable, en intensité, au « miracle » industriel accomplit par la Corée du Sud et Formose durant la Seconde moitié du XXe siècle.

 

Comment cela a été possible ? En partie, grâce à la force de travail étrangère qui a afflué là-bas. Selon une étude publiée en 2014 par l'American Communitu Survey, les presque 15 millions d'habitants qui vivent dans cette étroite bande de territoire doivent leur ascendances à des migrants de 10 de nationalités différentes principalement d'Europe : irlandais et italiens dans une large mesure, comme des français, des anglais, des allemands, des polonais, des portugais (3,2 % de la population), des écossais, des russes et des grecs.

 

Dans les années 1920, a été publiée une monographie polémique qui « racialisait les portugais » de la région, et qui a conduit la communauté portugaise à rejeter ce portrait : c'est ce qui a amené l'anthropologue à inclure dans la liste la Nouvelle Angleterre dans les 6 zones à étudier. «  Nous allons étudier les dynamiques d'industrialisation de toute la Nouvelle Angleterre, du Massachusetts au New Hampshire. Ce n'est pas une histoire qui reste à conter, car elle a déjà été incluse par les historiens du travail et de l'industrie comme par quelques historiens qui parlent de racialisation de différents groupes qui intègrent la force de travail de la Région, comme les juifs, les irlandais, les italiens, et autres encore, mais il existe ici un potentiel analytique très intéressant, ce qui permet une meilleure caractérisation quand nous auront plus de données ».

 

Des millions pour faire la différence

 

Avec tout cela, vont être analysés les flux de travailleurs entre différents empires, de là la nécessité de croiser ce champ qui étudie les empires avec celui qui étudie les migrations. « Comment des personnes circulent entre des entités politiques différentes » : c'est à cette question qu'il va être tenté de répondre durant cinq ans.

 

 

« Mon point de départ sont les migrants portugais, pour la majorité de l'Ile de Madère, cependant une partie de l'étude porte sur les açoriens en Nouvelle Angleterre. (..) Je cherche à sortir des définitions lusophones comme elles sont actuellement pensées, car elles restent un décalque du système impérial » commente-t-elle. (...)

A propos des théories libératrices et critico-sociales des contenus

 

 

L'auteure du texte ci-dessous effectue une confrontation des thèses de deux courants de la pédagogie critique brésilienne : d'un côté Freire et de l'autre Saviani/Libâneo. Elle essaie dans son texte de dépasser l'apori entre ces deux approches.

 

Traduction d'un texte de 2008, de Maria do Socorro Nunes Oliveira 

(UFRO – Campus Guajará-Mirim)

 

Cela fait déjà quelque temps que je m'interroge sur les objectifs de la théorie de Paulo Freire (la pédagogie libératrice) et sur la théorie de Dermeval Saviani et José Carlos Libâneo (la pédagogie critico-sociale des contenus) et que je réfléchis aux critiques faîtes aux deux théories. Comme je suis partisane de la méthode dialogique et de la valorisation de la culture de l'élève proposée par Freire, mais également comme je crois dans la force culturelle des contenus historiquement accumulés par l'humanité, comme proposés par les tenants des contenus, je suis parvenue à la conclusion que les deux théories de complètent, car les deux au moins sur certains aspects pointent vers la même fin qui est la transformation de la société. Voyons cela.

 

La théorie freirienne idéalise une forme d'éducation dans laquelle l'apprenant en s'appropriant la connaissance devient un sujet de son histoire. Cette appropriation se fait à partir de l'univers de vocabulaire de l'élève à travers de l'inter-communication entre les sujets activement engagés dans un processus, de médiation par le monde, avec un but de transformation sociale.

 

Dans l'analyse des tenants des contenus, la forme idéale de l'éducation consiste à accorder la priorité à l'enseignement de contenus systématiques, universels et qui sont disponibles pour une appropriation non seulement par la classe (dominante), mais pour tous les groupes sociaux qui aspirent à un changement structurel de la société. Cela étant, cela signifie que n'est pas légitime l'acquisition des contenus seulement liés à l'univers de l'élève, parce qu'ainsi l'école priverait les élèves de bas niveaux sociaux de s'emparer du reste des savoirs considérés comme le patrimoine de l'humanité, et en conséquence, elle les condamnent à accepter leur condition de pauvres, sans chance d’ascension sociale.

 

En dépit du fait que chez Freire, l'apprenant construit ses connaissances, sans être enseigné par personne, et que chez Saviani, il s'approprie les connaissances, par l'intermédiaire de l'enseignant, il faut prendre en considération le contexte historique dans lequel ont été élaborées ces deux théories. Ce n'est pas une prétention de ma part de faire l'analyse philosophique de l'une et de l'autre théorie. Ce que je vais faire ressortir c'est qu'il ne faut pas limiter la théorie de Freire (à un moment auquel les mouvements d'éducation populaire étaient à leur apogée) à la parole que l'on entendait le plus qui était « changement » étant donné le moment historique auquel était confronté le pays.

 

Dans ce contexte, on a reporté pour plus tard la révolution et la transformation de l'école formelle. La révolution n'est pas arrivée. Et, après les année de dictatures, d'autres théoriciens (parmi lesquels Saviani et Libâneo) ont mis en avant ce qu'ils considéraient être la base pour repenser la société : les contenus.

 

En provoquant le débat

 

Pédagogiquement parlant, les deux théories présentes des failles. C'est là que se trouve le point clé de la question : où l'une failli, l'autre la complète et vice-versa.

 

Si Paulo Freire a théorisé l'éducation, en montrant l'importance de faire une lecture du monde et en pointant la possibilité de faire la lecture des mots à partir de l'univers de vocabulaire de l'enfant, Saviani et Libâneo ont presque exclu de leur théorie l'étude de la culture de l'élève, en donnant la priorité seulement aux contenus universels.

 

Freire a produit une théorie qui concerne l'éducation des adultes, tandis que les tenants des contenus ont donné la priorité à l'éducation formelle.

 

Mais en analysant les deux perspectives, nous voyons que nous pouvons appliquer la théorie freirienne à l'école en travaillant l'univers de vocabulaire de l'élève de classe sociale inférieure et, après cette compréhension que nous élargissons avec des connaissances, comme des informations nécessaires à sa vie, car dans notre société capitaliste nous survivons par des emplois qui exigent (pour les occuper) que l'on se plie à des concours dans lesquels sont demandés des connaissances systématiques, ainsi en éduquant on pourra lutter pour de meilleures conditions de vie, car leurs auront été garanties les informations nécessaires et les habiletés nécessaire pour leur survie.

 

D'un autre côté, Saviani et Libâneo en proposant une pratique éducative centrée sur les contenus, valables indistinctement pour toutes les classes sociales, « oublient » l'influence qu'on les connaissances antérieures des élèves pour l'appropriation correcte de ces mêmes contenus visant la transformation de la société. Dans ce sens, à la lumière de la théorie des contenus, les élèves qui ne disposent pas de ressources pour appuyer les contenus transmis par l'école et qui ne dépassent pas le niveau de la conscience naïve, peuvent ainsi atteindre le niveau de ceux qui possèdent ces contenus, mais qui ont été en outre stimulés depuis petit à les utiliser. La différence entre les deux perspectives c'est que chez Freire, l'élève doit, avant tout, comprendre son monde, surmonter les barrières du manque de stimulation et cherche les connaissances, tandis que les tenants des contenus en font le point de départ de la restructuration de la société indépendamment de faire une analyse des conditions par lesquels passent cet élève.

 

Si dans la théorie de Freire, l'apprenant a cessé d'être un objet, réceptacle d'informations et parvient à analyser sa réalité, ses connaissances et peut discuter avec ses pairs de la possibilité de changement, de ce point de vue, la théorisation libératrice offre un levier pour promouvoir la réorganisation des classes sociales. D'un autre côté, si les tenants des contenus proposent que les élèves des classes inférieures aient accès au savoir systématique, de manière critique et contextualisé, se transformant ainsi en êtres qui pensent et agissent pour transformer la société, ils offrent également une importante contribution à la réorganisation des classes sociales. Les deux reconnaissent la relation entre connaissance et pouvoir.

 

La théorie à laquelle j'adhère

 

Si nous supprimons le talon d'Achille de la théorie feirienne qui est, au début, la non valorisation des connaissances systématiques jusqu'à ce que l'élève prenne conscience de sa position de sujet historique et producteur de sa propre connaissance, mon avis, c'est que les deux pourraient arriver de manière simultanée (conscientisation et connaissance systématique). Si nous retirons de la théorie des contenus la non valorisation de l'univers culturel des élèves, nous aurions la chose suivante : une théorie qui valorise les connaissances universelles, mais ne méprise pas l'univers de l'élève, qui valorise l'acte dialogique d'éduquer, qui connaît les diversités des savoirs venus des élèves des différentes classes sociales et qui s'engage à dépasser les lacunes des élèves les moins favorisés, qui ne centralise pas dans la figure du professeur la responsabilité de conduire le processus éducatif (il peut arriver que ce professeur ait eu une formation académique faible et qu'il ne soit pas en mesure d'être un médiateur dans le processus d'apprentissage d'une théorie), qui valorise l'être en tant que sujet actif de connaissance et analyse les structures de la société à travers des relations closes entre classes sociales. Cela constitue l'éducation dans laquelle je crois.

 

En conclusion, je trouve injuste certaines des critiques faites par les tenants des contenus à la théorie de Freire, de même que je ne suis pas d'accord avec ceux qui considèrent la théorie critico-social des contenus se rapproche de la théorie traditionnelle, parce que, si nous observons la perspective donnée aux contenus dans l'une ou l'autre théorie, nous percevons que les fin des l'éducation traditionnelle sont le maintient des classes sociales, elle forme des élèves acritiques, alors que la théorie critico-sociale des contenus est justement l'inverse, elle vise à travers la formation d'élèves critiques, la reconstruction sociale.

 

 

 

 

 

Anti-fascisme et anti-colonialisme: l’exemple portugais

 

Nous nous intéresserons ci-dessous à la manière dont s’est articulée l’histoire de l’anti-fascisme et de l’anti-colonialisme au Portugal et l’impact que cette question peut avoir par rapport à l’immigration portugaise en France.

 

La tradition anarcho-syndicaliste au Portugal

 

Avant la dictature fasciste, le Portugal, comme l’Espagne, la France ou l’Italie, possède une histoire ouvrière marquée par l’importance d’un syndicalisme révolutionnaire orienté par les idées anarchistes. L’anarcho-syndicalisme marque en particulier la CGT portugaise et son journal, La Bataille.

 

La dictature fasciste au Portugal et la destruction de la culture ouvrière contestataire

 

Le renversement de la Première République par des militaires marque la scission de la société entre deux conceptions: une conservatrice et une autre de gauche progressiste.

 

Le salazarisme constitue en particulier un profond mouvement de destruction d’une culture de gauche contestataire au sein des milieux populaires portugais.

 

Le salazarisme développe une culture marquée par une recréation folkloriste de la culture populaire portugaise. Il s’appuie pour cela sur l’Eglise, mais également sur le sport de masse, le football.

 

La lutte anti-fasciste et anti-coloniale

 

L’histoire de l’anti-fascisme portugais, en particulier à partir de la fin de l’empire portugais et des guerres coloniales, est marqué par l’alliance avec l’anti-colonialisme.

 

L’idéologie anti-fasciste portugaise est caractérisée par sa lutte à la fois contre l’Etat autoritaire et sa police politique, la PIDE (police politique de défense de l'Etat), et contre l’église conservatrice, soutien indéfectible du régime dictatorial.

 

En cela, les forces de gauche anti-fascistes portugaises possèdent le même objectif que les mouvements indépendantistes dans les colonies: lutter contre l’Etat nouveau.

 

En outre, les jeunes Portugais ne désirent pas aller mourir dans les guerres coloniales loin de leur lieu de naissance et de leurs familles. Cette situation, ainsi que la pauvreté économique, provoquent l’immigration de milliers de jeunes Portugais, en particulier vers la France.

 

L’immigration portugaise en France et le vote Front national

 

La société française actuelle ne prend sans doute pas assez en compte la mémoire de l’histoire du XXe siècle.

 

La constitution de la diaspora portugaise en France a été marquée par une histoire et une culture héritée de la construction effectuée par la dictature salazariste.

 

Rien n’est fait pour entretenir la mémoire de l’histoire anti-fasciste et anti-colonialiste chez les jeunes issus de l’immigration franco-portugaise.

 

L’histoire anti-coloniale portugaise peut leur permettre de prendre conscience de l’alliance historique qui s’est effectuée entre les forces de gauche au Portugal et les colonisés contre le fascisme. Elle pourrait leur permettre de comprendre en quoi, en tant qu'immigrés, ils doivent s’allier avec les autres groupes issus de l’immigration. C’est ce qu’avait porté le mouvement TOS dans les années 1980, avec sa participation au mouvement Convergence 84.

 

Ces jeunes Franco-portugais sont ignorants de l’histoire ouvrière portugaise antérieure au fascisme et de la lutte des portugais contre le régime fasciste de Salazar, la manière dont celui-ci a pratiqué des arrestations, des tortures et des déportations en camp de concentration et de travail.

 

Cette amnésie historique n’est pas sans jouer dans la facilité avec laquelle la rhétorique du Front national peut trouver aujourd’hui un écho chez une partie des Franco-portugais, cela dans un contexte que certains auteurs comme Enzo Traverso qualifient de post-fascisme.

 

 

Références:

 

Chronologie de l’anarcho-syndicalisme au Portugal : https://cettesemaine.info/cs82/cs82portugalchrono.html

 

Documentaire sur la mémoire de l’anarcho-syndicalisme au Portugal:

https://www.youtube.com/watch?v=xvpaK9dfgsg&t=2410s

 

Joao Freire, Les anarchistes du Portugal, CNT-RP, 2002.

http://www.cnt-f.org/editionscnt-rp/les-anarchistes-du-portugal,27

 

Portugal, quand la dictature fermait les écoles. URL: http://www.questionsdeclasses.org/?Portugal-Quand-la-dictature-fermait-les-ecoles

 

Documentaire portugais abordant entre autres le lien entre l’anti-colonialisme et l’anti-fascisme

https://www.youtube.com/watch?v=1zo4KG8KCjc&t=3386s

 

Enzo Traverso sur la notion de post-fascisme :

http://www.regards.fr/web/article/enzo-traverso-la-mutation-post

 

 

La colonie et les vilains : le contrat de colonie à Madère

 

«  Pour le peuple de Madère » est la formule qui commence et  termine le documentaire « La Colonie et les vilains » réalisé par Leonel Brito entre 1976-1977 (...)

Traiter des moments importants dans l'histoire de Madère, en entrelaçant les voix de l'histoire officielle et l'histoire des gens, c'est ainsi que ce documentaire cherche à tracer une analyse historique, sociale et économique de Madère, en donnant la parole aux hommes et aux femmes qui vivaient en silence des siècles d'oppression incarnées par contrat de colonie. Les histoires sont racontées par une génération qui a vécu l'expérience de la colonie maintenue par la dictature de l'Estado Novo, et la recherche d'espoir après la révolution du 25 Avril, en se concentrant sur plusieurs moments clés du développement historique

La définition de la structure sociale et économique de l'île de Madère a été tracée dès le peuplement. Les îles de Madère et Porto Santo ont été divisées en trois capitaineries attribuées aux trois capitaines donataires, Bartolomeu Dias, Vaz Teixeira et Tristão Gonçalves Zarco. Ceux-ci, ont à leur tour divisé la terre entre les grands seigneurs qui l'ont loué à des colons contre un échange entre le colon et son maître.

Les contrats de Colonie bien qu'ils aient été rentables au début de la colonisation, lorsque la productivité élevée du pays a permis de maintenir une certaine équité dans le processus, a par la suite donné lieu à des divisions socio-économiques profondes dans le tissu social de l'île. Le « vilain» travaillait pour nourrir et enrichir son maître, pour payer sa part conformément à l'accord de colonie, sous peine d'être expulsé de la terre, tout en luttant pour être en mesure de garantir la survie de sa famille. Les conditions de production des colons se sont détériorées au fil du temps en raison de l' usure de la terre et des mauvaises années agricoles. La seule option pour le vilain, afin d'échapper à la misère et à l' état d' aliénation, était l' émigration en particulier au Brésil, au Venezuela et en Afrique du Sud.

Les temps changent, les cycles économiques et sociaux se suivent, la culture de la canne à sucre cède la place au vin. Les Anglais deviennent les maîtres de Madère. La monarchie tombe et la République la remplace, pour finalement que s'installe la dictature de l'Estado Novo. Le seul dénominateur commun entre tous ces régimes est la condition d'esclaves des colons, rendant leur tribus aux seigneurs.

Le peuple patient enfin se rebelle durant les épisodes connus sous le nom de la Révolte de la farine (1931) et de la Révolte de l'eau à Ponta de Sol (1962). Ces révoltes ont été violemment réprimées par les nouvelles forces de l'Etat. La dictature de Salazar ne se soucie pas des gens dans la misère, il est l'allié des élites pour maintenir le paysan emprisonné dans son état historique.

Au milieu des années soixante, Madère a commencé à devenir une référence sur le marché du tourisme mondial. La construction des hôtels et des villas de luxe contrastait avec une population, essentiellement rurale, sans écoles et accès à l'éducation et aux soins de santé. Le développement économique de l'île se fait lentement.

En 1974, a lieu la Révolution des Œillets, et au sein de l'île convergent diverses forces qui définiront l'avenir de Madère. Les forces conservatrices et socialistes qui cherchent à trouver leur place dans la vie démocratique de l'archipel de Madère. Dans la petite ville de Ribeira Seca, Machico, le père Martins devient le visage de la lutte du peuple pour les idéaux d'Avril en guerre ouverte avec l'évêque D. Francisco Santana afin d'être l'une des figures tutélaires de la transition démocratique sur l'île de Madère. Peu à peu, le « vilain » relève les yeux et réclame un travail digne et équitable. Que chacun vive à la sueur de son travail.

Avec des images de vallées verdoyantes de l'île ponctuées avec d'extraits de films rares de Manuel Luiz Vieira, « La colonie et les vilains »,   documentaire produit par Leonel Brito, offre au spectateur un aperçu unique et original de l'histoire de Madère, avec comme acteur principal du documentaire le « vilain », pilier humain qui a jeté les bases de Madère, et qui sans l'entrave du contrat de colonie, parvient à avoir une voix dans l' élaboration de son avenir.

Pour voir le documentaire :http://aprenderamadeira.net/documentario-colonia-e-viloes-1978/

Remarque:

- Le Contrat de colonie était au Portugal était une institution propre à l'Ile de Madère s'appuyant sur une institution héritée de féodalisme: le métayage. Le nom métayage vient du fait qu'il consistait à partager pour moitié les produits des récoltes entre le cultivateur et le propriétaire. Le Contrat de colonie a été aboli en 1977 et considéré comme anti-démocratique.

- En France, le métayage est devenu minoritaire dès le XVIIe au profit du fermage. Aujourd'hui, la part du propriétaire ne peut pas dépasser 1/3 de la récolte et le cultivateur peut transformer le métayage en fermage sur simple demande.

- En 2006, a été aboli dans les DOM/TOM français le Contrat partiaire, institution qui était présentée comme un résidu de l'esclavage. Les cultivateurs devaient donner 15% de leur récolte.  

Les femmes de Madère dans la Révolte du lait de 1936

Le texte ci-dessous illustre moins le féminisme, l'anti-fascisme ou un point de vue prolétarien de l'Assemblée législative de Madère que la construction d'une mémoire qui vise à justifier un pouvoir politique autonome à Madère. En effet, ce texte participe de la construction d'une interprétation des rapports entre Madère et sa métropole : une histoire qui serait marquée par l'exploitation et la répression, celle d'une vision d'une métropole maltraitante. Le fascisme n'étant alors que le visage extrême de cette histoire. Cette situation était en particulier symbolisé dans l'histoire de Madère par le contrat de colonie, instauré spécifiquement à Madère et considéré depuis 1977 comme anti-démocratique: il permit de maintenir un régime de féodalité dans l'archipel jusqu'à la Révolution des oeillets.

 

Traduction :

 

9 août 2013, Assemblée législative de la région autonome de Madère.

 

Juste hommage aux femmes de Madère qui ont participé à la révolte du lait en 1936.

 

 

Les femmes de Madère ont donné une grande et importante contribution au processus de contestation du modèle d'organisation du secteur du lait prévu et imposé par le gouvernement de Salazar à travers le décret loi n°26655 du 4 juin 1936.

 

Dans tous les conseils qui ont participé dès le début à la Révolte du lait – Santana, Machico, Santa Cruz, Funchal, Camara de Lobos, Ribeira Brava et Ponta do Sol -, les femmes ont agit avec les hommes dans les protestations et les manifestations de rue, en affrontant la police.

 

Cependant, on n'a pas retrouvé le compte du nombre exact de femmes emprisonnées, surtout au niveau des conseils, nous en savons néanmoins assez pour pouvoir dire que leur participation a été significative et vigoureuse.

 

Néanmoins, leurs conditions d'emprisonnement furent plus dégradantes que celles des hommes. Aussi bien les femmes emprisonnées à Funchal que celles envoyées à Lisbonne furent incarcérées avec des prostituées, dans une situation qui scandalisa la société maderienne d'alors, car ce fut à Funchal que l'on eu connaissance de ce fait.

 

Dans leur majorité, les prisonnières étaient des femmes mariées, des personnes respectables, comme cela a été souligné dans la presse d'alors, ou par Cesar Miguel Teixeira da Fonte, qui fut également un des prisonniers de la révolte, dans un document envoyé à Oliveira Salazar et au Ministre de l'Intérieur du Pays.

 

Le groupe envoyé à Lisbonne était constitué par des jeunes, presque toutes célibataires et mineures (moins de 21 ans), comme le constate le document de l'avocat José d'Albuquerque Rodrigues qui, en sa qualité d'avocat des détenues, a intercédé pour elles toutes auprès du pouvoir salazariste, en l'espèce le Ministère de la Justice et la PVDE ».

 

La « Révolte du lait », soulèvement populaire qui a eu lieu à Madère en 1936 est une protestation contre un décret-loi qui établit le monopole sur l'industrie laitière, à travers la création d'une Agence nationale des laiteries de Madère, une décision qui a des conséquences dévastatrices, notamment pour le monde rural et pour les petits producteurs, aggravant ainsi les difficiles conditions économiques et sociales que vivent les habitants de l'archipel.

 

A l'époque, le secteur des laiteries possède un poids très important dans l'économie de Madère et contribue pour une part significatif à la vie de beaucoup de familles de la Région, ce qui peut être corroboré par l'existence d'un peu plus d'un millier de points de dépôt répartis dans toute l'île, lesquels servent directement 64 usines. Le lait qui arrive de ces points provient directement du bétail élevé par de petits producteurs et qui avec la recherche du lait, de la part des unités productrices, est largement supérieur à l'offre, les prix pratiqués sur le marché sont souvent compensés.

 

L'intervention du gouvernement Central, matérialisé par le décret loi, est venu altérer tout cela. L'impact des mesures préconisées par ce texte – la réduction significative de la valeur offerte pour le lait, la fermeture de nombreux points de dépôt et en conséquence l'augmentation du chômage – devient ainsi insoutenable et grave au point qu'ils provoquent des soulèvements populaires en peu de temps dans toute l'Ile.

 

La mobilisation de milliers de paysans, auquel se sont associés d'autres couches sociales madèriennes – s'est répandu dans pratiquement toute l'Ile, et ainsi par sa combativité, cette insurrection a assumé un caractère de soulèvement populaire dans le sens strict du terme. Un soulèvement populaire qui a eu comme cause première une raison économique, la réaction contre le décret gouvernemental qui sacrifie les intérêts des petits producteurs de lait au profit des grands intérêts économiques -, en est venu à assumer un caractère réellement politique par l'affrontement avec l'appareil d’État fasciste et les aspects marquant de sa politique.

 

Il ne serait pas déplacé de dire que la Révolte de la Grande Marine du 18 janvier 1934 fut la première grande action autonome de la classe ouvrière contre l'action législative du régime corporatiste fasciste de l’État Nouveau et en défense de la liberté syndicale. La révolte du lait fut la première grande action des paysans et des petits producteurs contre la politique économique du fascisme, politique qui visait la concentration et la centralisation du capital, comme recours à une action coercitive de l’État ou de ce qui fut la matrice conductrice de la politique économique du régime jusqu'à 1974.

 

Le soulèvement populaire de Madère durant l'été 1936 ne peut être détaché du contexte national et international de l'époque.

 

Les moyens militaires – de l'armée et de la marine – et les moyens policiers que l’État s'est vu forcé de mobiliser pour mater le soulèvement populaire furent énormes. La brutale répression, avec des centaines de prisonniers et de nombreux morts et blessés, doit être mis en parallèle avec la vague répressive mise en œuvre contre la révolte des marins en septembre 1936, violence qui a été accompagnée jusqu'à son plus haut niveau, y compris par l'intervention directe de Salazar.

 

Les ordres du gouvernement quant à la nature que la répression devait prendre ne laisse aucun doute sur l'importance que le régime attribuait aux événements et à la manière dont il évaluait le climat politique et social dans la Région, déterminant que le désordre « doit être inexorablement réprimé » et déclarant que « le gouvernement est résolu à mettre un terme à l'impunité existant dans l'archipel ». Le Ministre de l'Intérieur, qui défendait que la répression devait être brutale au point qu'elle en finisse avec une quelconque volonté de protestations futures, ordonnait que « tout mouvement qui de nouveau émergeait comme réaction contre les mesures prises ou à prendre, quelque soit le prétexte, doit être immédiatement et sévèrement réprimé et de telle manière que les gens de Madère se convainquent qu'il est inutile et préjudiciable de lutter contre un Etat qui seulement recherche son bien ». Ces paroles démontrent bien à quel point ces mouvements sociaux étaient craints, qu'ils soient présents ou futurs, et l'idée que toute révolte pouvait déclencher un processus difficile à contrôler s'il n'était pas étouffé à la naissance et que l'on n'ancrait pas dans la population la peur de la répression.

 

L'action répressive exercée sur la population est brutale et implacable. Des centaines de personnes sont emprisonnées. Les villages sont mis sous couvre-feu et les habitant emprisonnées et torturés, parfois même devant leur propres familles, selon des récit de l'époque, neuf paysans ont été tués.

 

Quand la PVDE – la police de vigilance et de défense de l’État (l’ancêtre de la PIDE), aidée par les forces de police, ne parvient pas à localiser ceux qu'elle recherche, elle n'a pas de scrupule à emprisonner les proches des suspects, qui indépendamment de l'âge ou du sexe, sont incarcérés dans la Prison de Lazareto, à Funchal, où les conditions sont particulièrement atroces. Les prisonniers sont maintenus dans un espace minuscule, avec peu d'aération et presque sans lumière naturelle. Les déjections sont entassées dans des bidons d'huile. Parmi les prisonniers, on trouvent quatre enfants de onze ans dont l'unique crime est d'avoir porté le même nom que les autres.

 

En Octobre 1936, certains des prisonniers ont embarqué sur le navire « Luanda », certains vers les Açores, où ils ont été emprisonnés dans la Forteresse de S. Jean Baptiste, et d'autre déportés au Cap Vert, où ils ont été placé dans le camp de concentration du Tarrafal.

 

En plus de la répression, l’État Nouveau a été plus loin dans l'humiliation du peuple de Madère (exemple de la haine nourrie par le régime fasciste à l'encontre des populations insulaires), avec le décret-loi n°26.982, du 5 septembre 1936, qui établit que les dépenses résultant de l'insurrection seront payées (et à des prix exorbitants…) par les habitants de l'Ile de Madère, principalement par les habitant des conseils où la révolte a été la plus intense.

 

Durant cette révolte populaire, les femmes ont lutté au côté des hommes dans la défense de leurs justes droits, contre l'autoritarisme du régime et les mesures iniques qu'il a tenté d'imposer, souffrant d'une manière identique les conséquence de la répression qui s'est abattue sur ceux qui ont osés s'insurger contre la dictature. Elles ont été en première ligne de l'insurrection, agissant avec combativité et détermination. Des dizaines ont été emprisonnées et sujettes à des traitements dégradants, lors d'interrogatoires et durant la détention, d'où s'est détaché, entre autres, Augusta Mendes, Conceiçao Freitas Caldeira, Josefina de Freitas Caldeira, Virginia de Freitas Caldeira, Caroline Fernandes Caniço, Isabel Castro, Maria Cezaria Rosa da Conceiçao, Perpétua da Conceiçao, Maria da Corte, Tereesa da Corte, Maria Gomes Duarte, Augusta da Encarnação, Carolina Gonçalves Farinha, Rosa Fernandes, Agostinha de Freitas, Rosa de Freitas, Georgina Franco de Freitas, Maria Gomes, Ana de Gouveia, Maria Gonçalves Jardim, Luísa de Jesus, Luzia de Jesus, Maria de Jesus, Maria José, Virgínia Gomes Luís, Maria Marques, Maria Mendonça, Libânia Nunes, Sofia Nunes, Rosa Pereira, Matilde da Ponte, Maria do Sacramento, Maria da Silva, Iria de Sousa e Cristina Teixeira, emprisonnées, accusées, et cependant non condamnées, certaines ont passé près d'un an dans la Prison de Funchal.

 

Et dix d'entre elles furent l'objet d'un « traitement spécial » de la part du régime fasciste, en étant transféré vers le Continent, jugées et condamnées par un Tribunal Militaire et après soumise à une peine dans la « Prison des Monicas » à Lisbonne : Ludovina de Jesus da Corte, Agostinha da Câmara, Francisca Andrade, Maria de Jesus Silva, Maria Rosa de Abreu, Maria de Jesus Andrade, Conceição da Câmara Rodrigues, Tereza da Corte, Virgínia de Jesus e Maria de Souza.

 

Par leur courage, par leur lutte pour des meilleurs conditions de vie et contre le fascisme et du fait des souffrances et dégradations auxquels elles ont été soumises, ces femmes méritent ainsi le juste hommage et la reconnaissance que leur doit la Région Autonome de Madère.

 

Ainsi, en conformité avec la Constitution de la République Portugaise et avec le statut Politico-Administratif de la Région Autonome de Madeire, et en accord avec le Régime, l'Assemblée législative de la Région Autonome de Madère a décidé de rendre hommage publiquement aux femmes maderiennes qui ont participé à la « Révolte du lait » de 1936, qui ont été en première ligne de combativité et de détermination, qui ont été emprisonnées et torturées, sujettes à des vexations et à un régime d'emprisonnement dégradant, donnant ainsi une visibilité publique au nom de la Région, aux femmes de Madère qui durant la Révolte du lait ont le plus souffert de la dure répression, et en particulier les dix femmes qui ont été envoyé au Continent, jugés et condamnées par le Tribunal Militaire Spécial et qui ont été emprisonnées à Monicas, à Lisbonne.

 

Aprovada em sessão plenária da Assembleia Legislativa da Região Autónoma da Madeira em 4 de julho de 2013.

 

 

O PRESIDENTE DA ASSEMBLEIA LEGISLATIVA, José Miguel Jardim Olival de Mendonça.  

 

 

Documents pour compléter:

 

 

1931: Révolte de la farine et révolte de Madère.

URL: http://www.dnoticias.pt/opiniao/artigos/508712-a-proposito-da-revolta-de-madeira-de-1931-MPDN508712

 

1934: La révolte de Marinha Grande: révolte du prolétariat portugais contre  l'instauration de syndicats corporatistes. URL: https://www.youtube.com/watch?v=eMEBMOlWJCg

 

1936: Ouverture du camp de concentration de Tarrafal  où sont déportés les opposants au régime fasciste.  URL: https://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_de_Tarrafal

 

Video sur le Camp de concentration de Tarrafal : https://www.youtube.com/watch?v=_M7CczvrAJw

 

1977: Décrêt qui abolie le contrat de colonie - URL: https://dre.tretas.org/dre/72233/decreto-regional-13-77-M-de-18-de-outubro

Ressources critiques Quebecoises

Voici quelques ressources en français produites au Quebec:

 

Approches féministes en enseignement et en formation. - 

http://cdeacf.ca/dossier/approches-feministes-enseignement-formation

 

Education populaire autonome

http://www.educationpopulaireautonome.org/

 

Equité et éducation inclusive 

https://www.bienetrealecole.ca/modules-de-formation/equite-et-education-inclusive

 

Module de formation sur la question de l'équité et des privilèges

http://sgba-resource.ca/fr/?page_id=1217

 

Video sur l'intersectionnalité

https://www.youtube.com/watch?v=Qr_HhuR8bK0&t=2s

 

Usage politique des “bons” et des “mauvais” immigrés

 

 

  • L’exemple des portugais -

 

Cet article vise à analyser la récurrence de la construction de l’immigré portugais comme “bon immigrés” et son usage politique.

 

 

Persistance de la construction de la figure du bon travailleur portugais

 

Voici pour commencer une citation du rapport du commissaire du travail et de l'industrie à Hawaï: 1902 : « Les Portugais étaient largement employés dans les professions semi-qualifiées des plantations, bien que 1183 des 2663 sur les listes de paie soient répertoriés comme travailleurs dans les champs. Ces personnes sont des bons éléments pour la population. Ils sont à la fois laborieux et frugaux, et leurs vices ne sont pas de sorte à nuire à leur efficacité en tant que travailleurs. Ils font de bons citoyens, et bien que ceux de la première génération soient généralement analphabètes et opposés à envoyer leurs enfants dans les écoles publiques, ils s'américanisent rapidement ».

(URL:https://iresmo.jimdo.com/2017/04/13/caucasien-mais-pas-blanc-la-race-et-les-portugais-%C3%A0-hawaii/ )

 

A Hawaii, les Portugais n’étaient pas autorisés à occuper les postes de direction, à la différence des autres immigrés d’origine européenne, mais ils pouvaient, contrairement aux immigrés asiatiques, prétendre aux postes de contremaîtres.

 

Et voici maintenant un extrait d’un rapport de 2010 sur l’immigration portugaise en Suisse, intitulé “Les Portugais en Suisse” : “On en vient ainsi au point crucial de la valorisation de la formation par rapport à l’insertion directe dans le monde du travail. La centralité de la valeur du travail dans la culture portugaise, aussi bien pour les femmes que pour les hommes, amènerait les parents à privilégier celui-ci au détriment de la formation. Certains de nos interlocuteurs argumentent dans ce sens. Plusieurs études montrent, chez les Portugais, une préférence pour des études courtes, plutôt professionnelles ou techniques, privilégiant ainsi une recherche d’emploi rapide avec, à la clé, un accès plus aisé au monde du travail”. (URL:

http://www.swissinfo.ch/media/cms/files/swissinfo/2010/12/diasporastudie_portugal_f-29092438.pdf )

 

Le rapport suisse fait également un comparatif de l’immigration portugaise en France, Canada et Allemagne, soulignant que des constats similaires sont effectués par les chercheurs de ces différents pays.

 

On constate qu’à un siècle de différence, les Portugais sont présentés par les rapports officiels comme une bonne main d’oeuvre pour les emplois semi-qualifiés ou non-qualifiés. On peut également souligner la manière dont ces rapports mettent en valeur une relation particulière de l’immigration portugaise à l’école.

 

La reproduction sociale au sein de l’immigration portugaise, n’est pas analysée comme un effet de l’inégalité sociale au sein du système scolaire, mais comme un effet des familles portugaises qui, étant peu qualifiées et valorisant avant tout le travail, seraient rétives à la poursuite des études de leurs enfants. Ainsi, la responsabilité n’est pas portée sur le système scolaire, mais sur les familles immigrées faiblement instruites et peu qualifiées.

 

La représentation de l’ouvrier portugais en France

 

L’historien Xavier Vigna, dans son ouvrage L’espoir et l’effroi (La Découverte, 2016), cite une classification de 1919 reposant sur le Tableau du rendement des travailleurs étrangers: “3. Portugais. Bonne main d’oeuvre. Dociles. Aptes aux travaux de force. (...) 6.Kabyles. Assez bonne main d’oeuvre (au moins depuis 1916 car le recrutement antérieur laissait à désirer)”.

 

Xavier Vigna cite également un texte de 1926: Concernant la main d’oeuvre étrangère de Race blanche, les portugais sont présentés comme des travailleurs “sobres à l’excès par esprit d’économie” qui se sont révélés comme “manoeuvres adroits, capables de s’adapter aux machines, ou parfois, des hommes d’une vigueur exceptionnelle pour les travaux de fonderie. (...) Mais c’est surtout dans les travaux de plein air que les travailleurs portugais allaient pouvoir donner leur mesure”.

 

Nicolas Jounin, dans ses travaux sur le secteur du bâtiment, rappelle la persistance de la hiérarchisation ethnico-raciale des ouvriers:

 

“ * Les conducteurs de travaux sont des ingénieurs ou des titulaires de BTS, embauchés dans l’entreprise générale, Français nés en France.

* Les chefs de chantier, issus du rang ouvrier, embauchés dans l’entreprise générale (ou dans l’entreprise sous-traitante, mais en réalité dans ce cas ils sont en dessous du chef de chantier de l’entreprise générale ; ex. ferraillage) ; sont nés en France ou bien dans un pays européen (Italie, Espagne et surtout Portugal).

* Les chefs d’équipe de l’entreprise générale, dont certains sont intérimaires ; généralement immigrés d’Europe communautaire (principalement portugais), quelques Maghrébins. Les chefs d’équipe des entreprises sous-traitantes de ferraillage sont plus souvent intérimaires, et plus souvent maghrébins.

* Les coffreurs dépendent de l’entreprise générale. Suivant les chantiers, entre 40 et 80% d’entre eux sont embauchés par l’entreprise générale, les autres étant intérimaires. La plupart sont portugais ; surtout les embauchés.

* Les ferrailleurs dépendent le plus souvent d’une entreprise sous-traitante. Les responsables de chantier sont embauchés, portugais, les ferrailleurs sont quasi-exclusivement des immigrés maghrébins, et quasi-exclusivement intérimaires. (Les ¾ des effectifs des entreprises de ferraillage sont intérimaires). Lorsque le ferraillage n’est pas sous-traité, il y a moins d’intérimaires, et le profil de l’effectif est plus diversifié.

* Les manœuvres dépendent de l’entreprise générale ou d’une entreprise de démolition mais, sauf exception, sont tous intérimaires. Principalement des Africains de l’ouest (Mali, Sénégal)”.

(Le racisme en chantier (2006) -

URL: http://www.gref-bretagne.com/Public/publications_2006/le_racisme_en_chanti )

 

La Figure du bon et du mauvais immigrés

 

Dans le discours public en France, comme l’ont souligné plusieurs auteurs (voir infra), le portugais est construit comme la figure du bon travailleur que l’on instrumentalise comme versant positif de l’image de l'immigré en France contre d’autres immigrations: maghrébine, sub-saharienne en particulier.

 

Cette dichotomie a été plus particulièrement instrumentalisée en France par le Front national. Cela lui permet de paraître moins comme un parti anti-immigré que comme un parti contre les “immigrés qui foutent la merde”. Elle est utilisée afin de renforcer la stigmatisation de certaines populations immigrées en construisant à l’inverse une autre figure de l’immigration qui sert à renforcer l’effet repoussoir.

 

Ce faisant, ce discours a également un impact au sein des immigrés et descendants d’immigrés. Ainsi, les Franco-portugais peuvent avoir tendance à s’identifier à cette image du “bon immigré”, travailleur et qui ne pose pas de problème.

 

Références:

 

Albano Cordeiro, “Portrait des “bons immigrés”, Le Monde diplomatique, 1985. URL: https://www.monde-diplomatique.fr/1985/12/CORDEIRO/38927

 

Dos Santos Hugo, “Les bons et les mauvais” (2015). URL: http://www.memoria-viva.fr/les-bons-et-les-mauvais-par-hugo-dos-santos/

 

Espirito Santo Ines, A construção da imagem do “bom trabalhador portugûes em França” (2016). URL:http://www.memoria-viva.fr/a-construcao-da-imagem-do-bom-trabalhador-portugues-em-franca-par-ines-espirito-santo/

 

Georges Da Costa, “Des bons et des mauvais immigrés: la communauté portugaise et le FN” . avril 2017.

URL:https://blogs.mediapart.fr/georges-da-costa/blog/240417/des-bons-et-des-mauvais-immigres-la-communaute-portugaise-et-le-fn

 

 

 

 

Videos sur la pédagogie critique:

Video de Présentation de la pédagogie critique:

Video de l'après-midi du 29 avril 2017: Hommage à Paulo Freire

Vient de paraître : Émancipation et recherche en éducation

 

 

en librairie en juin 2017 ; - sur le site de l’éditeur dès maintenant, cliquer ici Prix du livre papier : 20 € Pour la version PDF : 15 € ISBN : 9782365121132 475 pages

 

Sous l’étendard de l’émancipation se retrouvent tous ceux qui aspirent à un monde plus juste, respectueux de l’égalité entre les sexes, les peuples, les cultures ou les religions, un monde qui s’inventerait hors des formes historiques de domination. Aussi mobilisatrice soit-elle, la notion d’émancipation gagne à être travaillée dans une perspective de recherche. C’est le projet du présent ouvrage qui propose une construction de l’objet en le soumettant à des éclairages théoriques complémentaires. Des dispositifs de recherche alternatifs sont ainsi présentés. Les choix qu’ils défendent sont caractérisés et mis en regard avec ceux priorisés dans des recherches doctorales qui investissent l’émancipation. Les questions épistémologiques, théoriques et méthodologiques qu’un tel objet pose à la discipline des Sciences de l’éducation, sont abordées. Si elles constituent des enjeux sociaux et scientifiques importants, elles révèlent aussi de puissantes dynamiques de développement. Cette mise au travail de la notion d’émancipation, cohérente et structurée, s’adresse aussi bien aux chercheurs et étudiants qu’à l’ensemble des acteurs sociaux qui la mettent en œuvre dans le quotidien de leurs engagements et de leurs luttes.

 

sous la direction de Jean-François Marcel et Dominique Broussal -

 

Jean-François MARCEL et Dominique BROUSSAL sont enseignants-chercheurs à l’université de Toulouse Jean-Jaurès. Au sein de l’UMR « Éducation, Formation, Travail et Savoirs  », leurs recherches portent sur la conduite et l’accompagnement du changement. La démarche privilégiée, et largement théorisée, est celle de recherche-intervention qui accorde une large place aux visées émancipatrices.

 

Table des matières

 

Préface. Le traître émancipé, par Magyd Cherfi

 

Introduction générale, par Dominique Broussal

 

Première partie. Conditions pour une rencontre

 

Chapitre premier. L’émancipation : approches conceptuelles, par Dominique Broussal

 

Chapitre 2. Penser une pédagogie de l’émancipation face au nouvel esprit du capitalisme, par Irène Pereira

 

Chapitre 3. Des liens entre émancipation et recherche : le cas des Instituts du travail, par Daniel Guy

 

Chapitre 4. Aux risques de l’émancipation : le travail du conflit et de la norme, par Virginie Poujol

 

Partie 2. Voies alternatives

 

Chapitre 5. Savoir ne suffit pas. Éducation populaire, recherche et émancipation : le cas du Labocoop, par Alexane Brochard et Léa Laval

 

Chapitre 6. Produire un espace habitable à l’université, par Ariela Epstein, Alfonsina Faya Robles et Américo Mariani

Chapitre 7. Histoire et analyse d’un nouvel espace de convergence entre recherche, citoyenneté et militance. Les colloques internationaux et pluridisciplinaires « Penser l’émancipation », par Francine Bolle

 

Chapitre 8. Émancipation et dispositif : analyse des voies alternatives, par Lucie Aussel Partie 3. Parcours doctoraux

 

Chapitre 9. L’émancipation dans le processus de transition écosociétale, par Aurélia Bérard et Jean Simonneaux

 

Chapitre 10. L’observatoire « vivre sa jeunesse », un dispositif socioscientifique émancipateur, par Marie-Madeleine Gurnade

 

Chapitre 11. La préoccupation émancipatrice dans le processus de gouvernance d’un groupe d’entreprises sociales, par Grégory Moulin

 

Chapitre 12. « Je » et enjeu en contexte de recherche : effets émancipateurs pour le chercheur, par Corinne Rougerie Partie 4. Contribution des sciences de l’éducation

 

Chapitre 13. La visée praxéologique comme préalable à une recherche émancipatrice, par Véronique Bedin

 

Chapitre 14. Histoire de l’éducation et émancipation : entre militance et science, par Bruno Poucet

 

Chapitre 15. L’émancipation : un lien génétique et ambivalent avec les sciences de l’éducation, par Thierry Piot

 

Chapitre 16. Postures de recherche et émancipation, par Jean-Luc Rinaudo

 

Chapitre 17. La recherche-intervention comme acte politique et émancipateur, par Jean-François Marcel

 

Conclusion. Émancipation, recherche et militance : un trinôme iconoclaste, par Jean-François Marcel

 

 

Postface. Parcours d’émancipation par Claude Marti  

La diaspora portugaise comme construction politique

 

 

L’objectif de cet article est de souligner comment la notion de “diaspora portugaise” fait l’objet d’une construction politique par l’Etat portugais. Alors que les portugais sont vus souvent comme un groupe bien intégrés en France, pour autant paradoxalement plus qu’aucun autre groupe immigrés sans doute, ils font l’objet d’une construction politique par leur Etat d’origine.

 

Les critères de la notion de diaspora

 

La notion de diaspora est appliquée à un groupe ethnique ou national qui est dispersé à travers le monde.

 

Michel Bruneau indique trois critères qui caractérisent une diaspora:

- la conscience et le fait de revendiquer une identité ethnique ou nationale.

- l'existence d'une organisation politique, religieuse ou culturelle du groupe dispersé (vie associative).

- l'existence de contacts sous diverses formes, réelles ou imaginaire, avec le territoire ou le pays d'origine (l'intégration d'un groupe diasporé ne signifie pas l'assimilation dans le pays d'accueil).


La construction politique de la diaspora portugaise


La construction politique de l’immigration portugaise comme une diaspora remonte au moins à l’époque du salazarisme. Afin de contrôler les populations immigrées par exemple en France sont mis en place des cours de portugais à destination des enfants dans les bidonvilles où l’on continue d’apprendre l’histoire et la géographie portugaise sous l’angle de l’Estado Novo.


Dès cette époque, se met en place une vie associative communautaire qui repose sur les éléments qui sont à la base de l’idéologie de contrôle du régime fasciste: le football, le folklore et Fatima (la religion). Le sociologue Albano Cordeiro a souligné l’importance de la vie associative portugaise en France.


Aujourd’hui par différents moyens, le gouvernement portugais continue d’organiser ce lien entre les personnes issues de l’immigration portugaise et leur pays d’origine. Cela passe en particulier par la télévision internationale comme RTPI. Celle-ci consacre une bonne partie de ces programmes à assurer la visibilité des activités associatives des portugais à travers le monde.


On ne peut que remarquer la grande uniformité des pratiques associatives organisées en particulier autour d’activités liées à la danse et à la musique folklorique. Il ne faut pas oublier qu’en réalité cette culture folklorique a été une tradition réinventée par l’Estado Novo qui a par exemple codifié les différents costumes régionaux.

Le discours des autorités portugaise autour de l’émigration visent à construire et entretenir le sentiment d’appartenir à une communauté internationale, à une diaspora. Pour ce faire, l’Etat portugais s’est doté d’un observatoire de l’émigration qui lui permet d’avoir une bonne connaissance sociologique des émigrés portugais de par le monde, appelé dans le discours politique “les communautés portugaises” (http://observatorioemigracao.pt/np4/home )


Ainsi, en mai 2017, une loi a été votée de manière à reconnaître la nationalité portugaise aux petits enfants d’immigrés portugais (le 3e génération issue de l’immigration). De même, des décisions ont été prises pour faciliter les actes administratifs des portugais à l’étranger auprès de leurs consulats.


Les raisons de cette construction


Depuis le XVIe siècle, l’Etat portugais se vit comme un empire répandu à travers le monde. La Communauté des pays de langue portugaise, ainsi que l’existence d’une construction d’une diaspora portugaise, permet au Portugal de pouvoir continuer à se vivre de manière imaginaire comme un pays dont l’influence déborde les frontières.


Si l’Etat portugais ne souhaite pas le retour des émigrés et si durant la crise économique, il peut encourager l’émigration, pour autant la construction d’une diaspora lui permet de maintenir une réserve économique: nombre de personnes issues de la diaspora continuent de placer de l’argent dans les banques portugaises ou d’investir dans l’immobilier, d’aller en vacances au Portugal.

 

Références:

 

Bruneau Michel. Espaces et territoires de diasporas. In: Espace géographique, tome 23, n°1, 1994. pp. 5-18.

 

Cordeiro Albano. Le paradoxe de l'immigration portugaise. In: Hommes et Migrations, n°1123, Juin-juillet 1989. L'immigration portugaise en France. pp. 25-32.

 

Eric Hobsbawm, « Inventer des traditions », Enquête [En ligne], 2 | 1995, mis en ligne le 10 juillet 2013. URL : http://enquete.revues.org/319

 

Chivallon Christine, « Retour sur la « communauté imaginée » d'Anderson. Essai de clarification théorique d'une notion restée floue », Raisons politiques, 2007/3 (n° 27), p. 131-172. URL : http://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2007-3-page-131.htm

 

 

 

Esprit critique: Education et démocratie chez Proudhon

 

 

Les extraits suivants tirés de La révolution sociale démontrée par le coup d’Etat, reviennent sur la relation chez Proudhon entre démocratie et éducation.

 

Proudhon voit dans l’observation et l’induction, point de départ de la méthode scientifique empiriste, les bases d’une éducation démocratique. Il récuse les approches dogmatiques qui consistent à bâtir des systèmes philosophiques en s’appuyant sur un principe premier, une « arche », qui souvent a été identifiée à Dieu. La méthode inductive part des capacités d’observation de chacun. En s’appuyant sur les capacités d’observation des élèves, on leur apprend à juger par eux-mêmes des faits, au lieu de s’appuyer sur une autorité transcendante qui en garanti la véracité, que cette autorité soit Dieu, l’Etat ou l’enseignant.

 

Ainsi, lorsque Bacon, Ramus et tous les libres penseurs eurent renversé l'autorité d'Aristote, et introduit, avec le principe d'observation, la démocratie dans l'école, quelle fut la conséquence de ce fait ? La création d'une autre philosophie ! Plusieurs le crurent, quelques-uns le croient encore. Descartes, Leibnitz, Spinoza, Malebranche, Wolf, aidés des nouvelles lumières, se mirent, sur cette table rase, à reconstruire des systèmes. Ces grands esprits, qui tous se réclamaient de Bacon, et souriaient du Péripatétique, ne comprenaient pas cependant que le principe, ou, pour mieux dire, la pratique de Bacon, l'observation, directe et immédiate, appartenant à tout le monde, le champ où elle s'exerce étant infini, les aspects des choses innombrables, il n'y avait pas plus de place dans la philosophie pour un système que pour une autorité. Là où les faits seuls font autorité, il n'y a plus d'autorité; là où la classification des phénomènes est toute la science, le nombre des phénomènes étant infini, il n'y a plus qu'un enchaînement de faits et de lois, de plus en plus compliqué et généralisé,jamais de philosophie ni première ni dernière.

 

Proudhon récuse le rationalisme et l’idée d’une raison a priori. Le point de départ de la connaissance réside dans l’observation sensible. Il s’agit là de la base de l’esprit critique. Celui-ci consiste à renvoyer au rang d’illusion toute connaissance qui prétend être produite a priori sans s’appuyer sur des faits observables:

 

Au lieu donc d'une constitution de la nature et de la société, la nouvelle réforme ne laissait à chercher que le perfectionnement de la critique, dont elle était l'expression, c'est-à-dire, avec le contrôle imprescriptible et inaliénable des idées et des phénomènes, la faculté de construire des systèmes à l'infini, ce qui équivaut à la nullité de système. La raison, instrument de toute étude, tombant sous cette critique, était démocratisée, partant amorphe, acéphale. Tout ce qu'elle produisait de son fonds, en dehors de l'observation directe, était démontré à priori vide et vain ; ce qu'elle affirmait jadis et qu'elle ne pouvait déduire de l'expérience, était rangé au nombre des idoles et des préjugés.

 

[...]

Proudhon récuse la capacité de la raison humaine à produire une connaissance absolue. Elle est juste capable d’une perfectibilité infinie. Il y a donc chez lui un lien entre la critique de la connaissance de l’absolu et une conception politique démocratique. L’égale capacité de critique des citoyens ne peut être postulée que dans le cadre d’une épistémologie empiriste.

 

Cultivons, développons nos sciences; cherchons-en les rapports; appliquons-y nos facultés; travaillons sans cesse à en perfectionner l'instrument, qui est notre esprit : voilà tout ce que nous avons à faire, philosophes, après Bacon et Kant. Mais des systèmes ! La recherche de l'absolu ! Ce serait folie pure, sinon charlatanerie, et le recommencement de l'ignorance.

[...]

Proudhon forge le terme de démopédie. Cette notion désigne l’éducation du peuple. Il voit dans la pratique de la démocratie, une éducation du peuple. La démocratie entend donner au peuple le pouvoir de décider. Elle s’appuie sur les capacités de jugement des citoyens. C’est en exerçant leur pouvoir démocratique, que les citoyens s’éduquent. II n’y a pas d’un côté la théorie et de l’autre la pratique. C’est par la pratique que les citoyens dans la démocratie augmentent leurs capacités à juger.

Je me rallie sans réserve aux hommes honnêtes de tous les partis, qui, comprenant que démocratie c'est démopédie, éducation du peuple; acceptant cette éducation comme leur tâche et plaçant au-dessus de tout la LIBERTÉ, désirent sincèrement, avec la gloire de leur pays, le bien-être des travailleurs, l'indépendance des nations , et le progrès de l'esprit humain.

Conclusion:

 

Proudhon établit une double relation entre éducation et démocratie. L’éducation par le recours à la méthode de l’observation comme justification du jugement forme implicitement les élèves à la pratique démocratique.

De son côté, la démocratie car elle met chacun en situation de devoir juger par soi-même est un régime politique qui favorise l’éducation du peuple.

 

Dans les deux cas, Proudhon met en avant aussi bien dans l’éducation que dans la démocratie, des pratiques de formation du jugement critique. 

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Qu’est-ce que la “race sociale” ?

 

 

Les sociologues actuellement utilisent dans leurs recherches la notion de race. Mais celle-ci ne doit pas être confondue avec la notion de race biologique.

 

De l’apparition de la notion de race biologique à sa disqualification

 

La notion de race a d’abord été utilisée dans un premier sens de lignée. On parle alors de race aristocratique.

 

Au XVIe siècle commencent des voyages d’exploration ultra-marins qui aboutissent à une première phase de colonisation du monde par l’Europe.

 

C’est au XVIIe siècle qu'apparaît l’idée de classer les populations dans le monde en fonction de races. L’un des premiers d’entre eux est le français François Bernier. Il classe les populations en fonction de leur couleur et de leur continent en quatre races principales.

 

Au XIXe siècle, sous l’effet de la seconde phase de colonisation, apparaissent de nouvelles théories raciales insistant plus ouvertement encore sur l’inégalité des races, comme celle de Gobineau. Le racisme prétend s’ériger au rang de science. Se développent alors des théories très élaborées distinguant des races principales et des sous-races. Par exemple, la race caucasienne peut se subdiviser en plusieurs sous-races comme par exemple la race méditerranéenne, alpine ou encore nordique… La race méditerranéenne par exemple pouvant se subdiviser encore en sous-races comme par exemple: insulo-ibérienne, saharienne…

 

Après la seconde guerre mondiale et avec le développement de la génétique, les travaux de recherche montrent que ces classifications ne renvoient à rien de scientifique. En effet, la notion de race utilisée dans l’élevage suppose une sélection artificielle visant à homogénéiser des caractéristiques physiques. Or une telle sélection n’existe pas chez les êtres humains.

 

En outre, ces classifications mettent en lien des phénotypes avec un ensemble d’autres caractéristiques qui ne leurs sont pas liées comme par exemple l’intelligence ou la langue utilisée.

 

Aujourd’hui, il existe une discipline scientifique qui étudie l’histoire génétique de l’humanité. Il s’agit de la génétique des populations. Elle étudie des marqueurs génétiques spécifiques de certaines populations. Mais ces marqueurs n’ont pas de lien avec le phénotype ou des dimensions culturelles. Par exemple, les basques, qui ont une langue très particulière, ne présentent pas, selon la génétique des populations, de caractéristiques génétiques spécifiques.

 

La “race” en sociologie

 

Les études sur la “race” en sociologie sont apparues parce que, bien que les races n’aient aucune réalité scientifique, elles continuent d’organiser la perception de la réalité chez les acteurs sociaux. Les acteurs utilisent des désignations qui fonctionnent comme des catégories raciales: “arabes” ou encore de “type maghrébin” ou “de type méditerranéen”, noirs, juifs, roms ou gitan, asiatique…

Ce sont des catégories du sens commun, peu rigoureuses, qui reposent sur des caractéristiques à la fois phénotypiques et sociales.

 

Dans plusieurs pays, comme les Etats-Unis ou le Brésil, ces catégories sont utilisées dans les statistiques publiques afin de mesurer les discriminations. Il s’agit de mesurer par exemple le lien entre la catégorie socio-raciale de la personne et son niveau de rémunération. La classification ethno-raciale s’appuie sur l’auto-catégorisation des acteurs. On demande aux personnes comment elles-mêmes se classent dans ces catégories.

 

En France, il existe une grande réticence des politiques publiques à utiliser ces catégories. En effet, cela renvoie au fait que, pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement de Vichy a été très zélé à établir des discriminations sur la base de ces catégories à l’encontre des personnes juives et tziganes.

 

En 2013, un texte voté supprime le mot race de la législation française. Cependant, il a été souligné que supprimer le mot “race” des textes ne fait pas disparaître pour autant le racisme.

 

La variabilité sociale des catégories raciales

 

Les catégories raciales ne fonctionnent pas de la même manière selon l’époque et le lieu.

 

Aux Etats-Unis, les catégories raciales utilisées dans les statistiques sont noirs, blancs, asiatiques, océaniens, amérindiens, bi-racial ou plusieurs races, autres races. Les latinos sont classés comme ethnie d’origine hispanique. Certaines catégories posent des problèmes de classification comme les portugais et les brésiliens

 

Au Brésil, les statistiques font apparaître l’origine migratoire et la race. Concernant la race, cinq catégories sont utilisées: noirs, blancs, indiens, asiatiques et métis (“prado”).

 

Au Canada, c’est la notion de minorité visible qui est utilisée: “Lorsqu'on les combine, les trois groupes de minorités visibles les plus nombreux, en l'occurrence les Sud-Asiatiques, les Chinois et les Noirs, représentaient 61,3 % de la population des minorités visibles en 2011. Ils étaient suivis des Philippins, des Latino-Américains, des Arabes, des Asiatiques du Sud-Est, des Asiatiques occidentaux, des Coréens et des Japonais” (URL:http://www12.statcan.gc.ca/nhs-enm/2011/as-sa/99-010-x/99-010-x2011001-fra.cfm ).

 

Cette variabilité des classifications montre bien le caractère social, et non biologique,  de ces catégories.

 

 

 

 

 

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Lu: Stephen D'arcy, Le langage des sans-voix

 – Les bienfaits du militantisme pour la démocratie – Eco-société, 2016.

 

Stephen D'Arcy est un militant, mais également professeur de philosophie à la Western Université en Ontario (Canada). Dans son ouvrage Le langage des sans voix, il s'interroge sur un problème de philosophie politique : l'usage de la violence par les mouvements sociaux est-il nécessairement contraire à la démocratie ou peut-il au contraire être un facteur d'avancé pour celle-ci ?

 

Pour répondre à cette question, Stephen D'Arcy met en œuvre les outils de la philosophie politique normative : il s'agit de se demander à quelle condition le recours à la violence dans le cadre d'une démocratie libérale pourrait être justifié ou pas. La tradition philosophique démocratique, avec Rousseau, a longtemps placé l'obéissance à la loi au-dessus de toute autre considération. Il a fallu attendre Thoreau, Arendt ou encore Rawls pour que la philosophie admette la désobéissance civile. Mais la philosophie politique libérale actuelle est dominée par une valorisation du dialogue rationnel qui conduit à délégitimer tout recours à la violence. Stephen D'Arcy place paradoxalement sa réflexion sur l'usage de la violence sous l’auspices d'une des grandes figures de la non-violence du 20e siècle : Martin Luther King. C'est en effet une de ses citations qui donnent le titre à l'ouvrage : « Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'émeute est le langage des sans-voix ».

 

L'ouvrage de D'Arcy entreprend une minutieuse enquête dont il n'est pas possible de restituer ici l'ensemble de l'argumentation pour déterminer les conditions que ce qu'il appelle « un modèle de sain militantisme ». Le modèle démocratique élaboré par D'Arcy comporte quatre principes. Le principe opportunité : le militantisme devrait créer des opportunités de résolution de problèmes lorsque les élites au pouvoir sont indifférentes ou entravent la résolution par le dialogue. Le « principe d'agentivité » doit conduit à ce que ce soit les premiers concernés qui décident. Le « principe d'autonomie » consiste à favoriser la discussion publique. Le « principe de responsabilité » consiste à ne s'engager que dans des actions dont on est prêt à justifier publiquement la légitimité. Lorsqu'une action respecte l'ensemble de ces principes, elle est considérée comme constituant un cas de sain militantisme. Une fois défini, l'auteur l'applique à différents cas pour déterminer dans quelle mesure ils respectent ou non les conditions de légitimité posées par ce modèle : la désobéissance civile, l'action directe, le sabotage, le black bloc, l'émeute et enfin la lutte armée.

 

La question a indéniablement des résonances par rapport aux controverses relatives aux black blocs durant le Printemps d'Erable ou plus récemment en France durant le mouvement social contre la loi travail. En cela, le travail d'Arcy constitue une base intéressante de réflexion pour des militants sur les limites morales à donner à leurs actions, mais également des arguments pour en justifier la légitimité.

 

 

 

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CR: Critiques sociales et pédagogie critique

 

 

Le 29 avril , à la Bourse du travail de Paris, organisée par la Fondation Copernic, a eu lieu une après-midi hommage à Paulo Freire. L’objectif était de discuter de l’implantation de la pédagogie critique en France.

 

Les constats communs

 

Environ une centaine de personnes étaient réunies pour discuter, venant d’horizons professionnels différents: professeurs dans l’enseignement primaire et secondaire, enseignants dans le supérieur, acteurs de l’éducation populaire ou encore militants.

 

Plusieurs participant-e-s ont souligné la difficulté qu’ils et elles avaient dans leurs activités à initier des pratiques alternatives qui rompent avec la récupération néo-libérale des pratiques pédagogiques issues de l’éducation nouvelle.

 

Plusieurs interventions ont également révélé que les participant-e-s se sentaient soumis-e-s à une injonction problématique à la neutralité dans une situation où, pour autant, les discours dominants, eux, ne sont pas neutres.

 

C’est ainsi qu’a été mise en avant, dans plusieurs contextes de travail différents, la difficulté de porter des idées féministes, voire anti-racistes. L’exemple des attaques subies par l’introduction de la notion de genre à l’école a été évoquée. Dans le même ordre d’idée, a été évoquée la pénétration de plus en plus large des idées de l’extrême-droite dans différentes couches de la société.

 

On le voit, c’est à une double offensive néo-libérale et conservatrice que se trouvent exposés ceux qui travaillent dans le domaine de l’éducation ou qui souhaitent mettent en oeuvre des pratiques de formation.

 

Néanmoins, il s’est avéré que c’est parfois également au sein des mouvements pédagogiques progressistes que certaines ont pu être confrontées à une difficulté à mettre en place des pratiques pédagogiques féministes.

 

Quelles réponses ?

 

Plusieurs participants ont souligné l’importance de ne pas disjoindre pratiques de co-construction collective partant de savoirs expérientiels et théories critique savantes. Le défi consiste alors à mettre en lien les deux dimensions.

 

La pédagogie critique féministe peut alors proposer des pistes. Elle met en lumière l’importance des savoirs expérientiels des opprimées. Mais, elle vise également à armer les opprimées par des théories critiques féministes. C’est donc la circulation entre les savoirs qui apparaîtrait comme fructueuse.

 

Plusieurs interventions ont ainsi mis en lumière les pratiques féministes mises en oeuvre.

Certains ont souligné l’importance des savoirs issus de l’expérience vécue des opprimées, qui ont pu être une voie de conscientisation dans leur pratiques enseignantes.

 

D’autres ont mis en avant la manière dont elles s'appuient sur des réflexions féministes pour mieux prendre en compte la question de l’inégale capacité des personnes à prendre la parole du fait des rapports sociaux.

 

Certaines ont souligné la manière dont elles mettent en oeuvre des pratiques d’empowerment recourant à la non-mixité choisie, à des activités sportives… de manière à augmenter la puissance d’agir des personnes opprimées.

 

Perspectives:

 

Cette première rencontre a montré l’intérêt que pouvait rencontrer la pédagogie critique: à savoir une pédagogie qui ne se caractérise pas seulement par une réflexion sur des pratiques pédagogiques, mais également sur les contenus critiques. La pédagogie critique constitue alors une praxis: la mise en oeuvre dans des pratiques pédagogiques de savoirs critiques.

 

L’importance accordées aux pratiques féministes par plusieurs interventions nous conduit à envisager de mettre en place pour la rentrée en septembre une séance autour des pédagogies critiques féministes de manière à approfondir la connaissance de cette approche.

 

 

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Qu'est-ce que l'intersectionnalité ?

 

Du 29 août au 2 septembre 2012 a eu lieu, à Lausanne, le 6éme congrès d’études féministes. Celui-ci était consacré à l’imbrication des rapports de pouvoir : sexe, race, classe et sexualités. Le choix de cette thématique est le reflet du dynamisme de ce type d’approches issues des milieux féministes.

Dans les années 1970, aux Etats-Unis, des militantes noires américaines lesbiennes sont confrontées aux difficultés concrètes en particulier en termes de priorités de lutte que posent pour elles le fait de militer avec les féministes blanches ou avec les militants noir des blacks panthers. Les féministes blanches sont peu sensibles aux spécificités des oppressions que subissent les femmes noires. Les femmes héterosexuelles ont honte des lesbiennes dans leurs rangs, essaient d’invisibiliser leur présence et ne prennent pas en compte les revendications de ces dernières.

Du côté des organisations de politiques noires, les militantes afro-américaines sont confrontées au machisme. Un collectif de lesbiennes noires, le Combahee river (1964-1980), soulève ces questions et affirme la nécessité de penser l’imbrication des oppressions sexistes, racistes et classistes sans les hiérarchiser. L’approche en termes d’imbrication constitue donc une dimension constitutif du Black feminism.

Du Black feminism à l’intersectionnalité

En 1991, une juriste et universitaire américaine, Kimberlé Crenshaw, forge le terme d’intersectionnalité. Cette notion s’oppose aux approches additionnelles des oppressions. L’enjeu de l’approche mise en avant par Kimberlé Crenshaw est avant tout juridique : elle vise à justifier la mise en place d’aides spécifiques à des catégories sociales opprimées. De fait, dans le cadre des sociétés étasuniennes et canadiennes, l’approche intersectionnelle est devenue une dimension importante des politiques publiques d’affirmative action à destination des minorités discriminées. De fait, certaines dénoncent qu’à travers la notion d’intersectionnalité, s’effectue une institutionnalisation de problématiques que le Black feminism avait abordé sous un angle plus clairement militant.

La notion d’intersectionnalité connait depuis un succès théorique international donnant lieu à de multiples recherches. Néanmoins, cette notion est également l’objet d’un certain nombre de débats théoriques. Elle semble en effet se rattacher à une approche postmoderne des rapports de domination. Tout d’abord, elle parait conduire à un émiettement des sujets politiques.

Articulation des rapports sociaux

Chaque situation sociale constitue une expérience vécue incommensurable avec celle d’autres groupes sociaux. Par exemple, les femmes noires ne peuvent s’allier que de manière problèmatique avec les femmes blanches puisque leur situation d’oppression n’est pas la même. En outre, bien que la spécificité de l’oppression intersectionnelle de chaque groupe soit construite par sa situation sociale, la reconnaissance de cette spécificité devient un enjeu majeur.

Par conséquent, la finalité de la lutte semble se situer au niveau d’une reconnaissance morale qui risque de conduire à une réification, à une naturalisation apparente, des identités. Ainsi, la notion de « classe sociale » peut apparaître dans le contexte des théorisations nord américaines, qui mettent en avant les effets de domination par le langage, davantage comme une catégorie linguistique que comme une situation matérielle objective.

Parallèlement et de manière indépendante, s’est développée en France une autre approche à partir du travail de la sociologue Danièle Kergoat. Cette dernière a situé sa théorisation dans la filiation du marxisme et du féminisme matérialiste. Elle ne part pas des dimensions culturelles de l’oppression, mais de la division du travail. L’analyse se centre alors sur les rapports sociaux qui à partir d’une exploitation économique du travail construisent deux groupes sociaux comme hiérarchisés. Les rapports sociaux qui ont une dimension d’oppression, sous la forme de violences, et de domination politique, ont donc une base économique matérielle.

Néanmoins, ces rapports sociaux ne sont pas uniquement capitalistes, mais également par exemple des rapports sociaux de sexe qui divisent la société en deux classes de sexe. Ces différents rapports sociaux ne sont pas hierarchisés entre eux mais se coconstruisent. Ils sont consubstantiels les uns aux autres.

Par l’exemple dans l’exploitation que subit une femme de ménage immigrés, les rapports de classe, de sexe et de race sont mêlés de manière inextricable. Les rapports sociaux sont en outre coextensifs. Cela se traduit par exemple dans la place que les femmes occupent dans les rapports sociaux domestiques. Ainsi le fait qu’elles s’occupent des enfants plus que les hommes, a des conséquences sur les inégalités salariales que subissent les femmes. Une femme qui prend un temps partiel pour s’occuper des enfants a un déroulement de carrière ralentis par rapport à un homme dont la disponibilité au travail repose sur l’implication de son épouse dans les tâches domestiques.

Pluralité des oppressions

Une question se pose néanmoins concernant les différents rapports de pouvoir imbriqués : quels sont-ils et sont-ils illimités ? Ainsi certaines analyses ajoutent au triptyque sexe, race et classe, la sexualité, la religion ou encore l’âge.

L’approche matérialiste en termes de rapports sociaux a un autre avantage théorique, c’est qu’elle permet de fixer un critère clair sans pour autant décider de manière a priori et transhistorique quels sont ces rapports de pouvoir. En effet, il n’y a de rapports sociaux que lorsqu’il y a une division du travail et une exploitation économique. Ainsi, l’héteronormativité n’est pas un rapport social, mais une dimension des rapports sociaux de sexe. Il y a un rapport d’exploitation entre hommes et femmes, mais pas entre homosexuels et héterosexuels.

Il est possible de constater que les analyses anarchistes permettent d’enrichir la théorie de la coconstruction des rapports sociaux. En effet, l’État n’est pas considéré par les théoriciens classiques de l’anarchisme comme une simple superstructure. Il est un véritable rapport social économique reposant sur une division du travail entre gouvernés et gouvernants avec la constitution d’une classe politique professionnelle.

L’État possède sa propre base économique matérielle à travers à la fois les entreprises publics et le recours à l’impôt. De même, la critique de la division verticale du travail, entre par exemple travailleurs manuels et intellectuels, puis ensuite après la seconde guerre mondiale, avec la critique de la technobureaucratie, permettent aux analyses anarchistes de mettre en avant l’existence de rapports sociaux qui ne sont pas seulement liés à l’inégalité dans la propriété privée des moyens de production, mais également dans l’organisation technique du travail.

Irène

Pour aller plus loin :

  • Elsa Dorlin, Black Feminism Revolution ! La Révolution du féminisme Noir, L’harmattan, 2007
  • Danièle Kergoat, Se battre disent-elles, La dispute, 2012
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Qu'est-ce que le genre ?

La notion sociologique de « genre » émerge progressivement dans les années 1970, en particulier dans les travaux de la sociologue britannique Ann Oakley. Ce terme avait déjà été utilisé dès les années 1950 par un sexologue qui s’intéressait au cas des enfants intersexes. La notion de genre désigne à partir de là l’écart entre le sexe biologique et le rôle social féminin ou masculin.

 

Le terme «  genre  » prend une place de plus en plus déterminante dans les « women studies » (études sur les femmes). Avec la constitution de la théorie queer, en particulier par Judith Butler, la notion de genre déborde le cadre des études sur les femmes. Les gender studies portent sur la construction sociale des rôles féminin et masculin non seulement dans les relations entre hommes et femmes, mais également par exemple dans les milieux lesbien, gay, transexuel et intersexe (LGBTI). Les études de genre acquièrent une place académique outre-Atlantique sous l’effet d’une prise en compte de l’histoire et de la vie des minorités. Il s’agit de remettre en question une vision des savoirs académiques centrée uniquement sur le point de vue majoritaire des dominants. C’est sous l’effet du modèle américain que la notion de genre et les études de genre gagnent une légitimité en France en sociologie ou en philosophie par exemple.

 

En réalité, le mouvement intellectuel entre les États-Unis et la France est plus complexe. En effet, c’est chez des intellectuel-le-s français homosexuels tels que Monique Wittig et Michel Foucault que Judith Butler puise une partie de ses références. En outre, la réception des gender studies s’effectue en France dans un contexte où il existe des études féministes qui s’étaient développées à partir des années 1970.

 

Cependant, la notion de genre est ambiguë car son sens varie en fonction des auteures. En effet, elle peut renvoyer chez certaines à une construction sociale uniquement d’ordre normative et culturelle. C’est le cas dans les théories queer. Néanmoins, la notion de genre est reprise chez les auteures féministes matérialistes comme Christine Delphy en devenant synonyme de rapports sociaux de sexe. Le genre n’est pas alors uniquement une construction culturelle, mais il trouve sa base dans des rapports sociaux économiques. La notion de genre peut certes être utilisée par opposition au sexe. Mais certaines auteures considèrent que la distinction entre sexe et genre est discutable. Les divisions sexuelles sont alors considérées non pas comme des catégories réelles qui existeraient dans la nature, mais comme socialement construites. La notion de genre rejoint alors celle de «  sexe social  » présente chez les auteures féministes matérialistes.

 

Pour aller plus loin : Pfefferkorn Roland, Genre et rapports sociaux de sexe, Editions Page 2, 2012.

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