Se conscientiser en tant qu'enseignant-e sur les inégalités sociales et les discriminations à l'école

 

 

Voici un ensemble de questions qui visent à réfléchir en tant qu'enseignant à ses privilèges sociaux, à la reproduction des inégalités sociales et aux discriminations sociales qu'en tant qu'enseignant nous pouvons contribuer à construire sans nous en rendre compte.

 

1) Les privilèges sociaux :

 

Quel est le niveau de la France concernant la reproduction des inégalités sociales à l'école dans les comparaisons internationales ?

 

Quel est le pourcentage de population française qui possède un Bac+5 (qui est le niveau actuel de recrutement des enseignants) ? Dans quelle PCS (de l'INSEE) se situe les enseignants ?

 

Quel est le pourcentage dans la population française active des ouvriers et des employés comparativement aux Cadres et Professions Intellectuelles Supérieures (CPIS) ?

 

Quel est le pourcentage d'enfants d'enseignants qui réussissent dans le système scolaire ?

 

Pourquoi les enseignants sont le groupe professionnel qui a le moins recours à des cours particuliers pour ses enfants ?

 

Pourquoi les enseignants sont le groupe qui a le plus recours à la dérogation à la carte scolaire pour ses enfants ?

 

Quel est le type de culture socialement valorisé à l'école ? Quel est le lien entre la culture scolaire et la culture des professions intellectuelles supérieures ?

 

Les cadres et les professions intellectuelles supérieurs représentent environ 15 % de la population active tandis que les ouvriers et les employés représentent environ 60 % de la population active. Plus de 65 % des cadres possèdent au moins un diplôme à bac+2, alors que cela n'est le cas que de 2 % des ouvriers et 8 % des employés. La culture scolaire jugée légitime est la culture scripturale qui est celle des professions intellectuelles. Pour compléter les réponses voir en particulier l'ouvrage d'Arnaud Parienty, School Business, Paris, La Découverte, 2015.

 

2) Les interactions différentiées de genre à l'école :

 

M'arrive-t-il de féliciter une élève fille pour son apparence physique, son comportement ou son écriture plutôt que pour le contenu de ses productions scolaires ?

 

Est-ce que je pense à prendre des exemples dans les exercices proposés avec des protagonistes des deux sexes ?

 

Est-ce que je pense à m'assurer que les supports pédagogiques que j'utilise ne véhiculent pas des stéréotypes sexistes ?

 

Est-ce que je suis vigilant-e à la répartition des prises de parole à l'oral en classe entre les filles et les garçons ?

 

Lorsque j'effectue du travail en groupe, est-ce que les groupes n'ont pas tendance à reproduire une division sexuée du travail (ex : les filles secrétaires, les garçons la restitution à l'oral) ?

 

Est-ce que j'ai tendance à avoir plus d'interaction verbale en cours avec les garçons du fait de leur comportement ?

 

Est-ce que je pourrai avoir tendance à poser des questions différentes à l'oral aux garçons et aux filles en fonction des matières ?

 

Est-ce qu'à niveau scolaire égal, j'orienterai différemment des élèves (en particulier des garçons) en fonction de leur comportement en classe ?

 

Est-ce que je juge plus sévèrement une fille qui parle « mal » ou qui est indisciplinée qu'un garçon ?

 

Est-ce qu'il m'arrive lorsque je parle ou utilise des images de couples de mentionner qu'il existe également des couples homosexuels ?

 

Est-ce que j'encourage les élèves filles à aller vers des filières scientifiques lorsqu'elles ont de bons résultats dans ces matières ?

 

Ces questions correspondent à des situations étudiées lors d'observations ethnographiques dans les salles de classes. Les enseignants n'ont souvent pas conscience d'effectuer ces différentiations en fonction du genre de leurs élèves. Voir à ce propos : Duru-Bellat Marie, L'école des filles, Paris, L'Harmattan, 2004.

 

3) Ethnocentisme de classe sociale et relativement à l'origine migratoire

 

Est-ce que j'ai conscience que le redoublement touche plus massivement les élèves de milieux sociaux populaires et/ou immigrés ?

 

Est-ce que j'ai conscience que les filières au Bac (professionnelle, technologique et générale) reproduisent des différences de classe sociale, d'origine migratoire et de sexe ?

 

Est-ce que je m'interroge lorsque j'oriente un-e élève vers une filière spécialisée (ex : SEGPA) ou professionnelle sur le fait que ce sont majoritairement des élèves de milieux populaires et/ou immigrés qui sont orientés vers ces filières ? Est-ce que j'ai conscience qu'ils y sont sur-orientés à notes égales ?

 

Est-ce que j'ai conscience que toutes les familles ne maîtrisent pas les « codes » et les « attentes » de l'école ? Est-ce que je prends soin d'expliquer aux familles les plus éloignées de la culture scolaire les attentes de l'institution et mes attentes en terme de suivi du travail scolaire ?

 

Est-ce que je contribue à véhiculer ou est-ce que je combats les stéréotypes concernant les familles populaires sur le fait qu'elles sont « démissionnaires » ou qu'elles ne s'occupent pas de la scolarité de leurs enfants ?

 

Est-ce que j'ai conscience que certaines familles connaissent mal le système scolaire français et peuvent ne pas comprendre l'importance des réunions parents-professeurs ou ne pas comprendre l'importance des paliers d'orientation ?

 

Est-ce que j'ai conscience que les demandes de l'école peuvent ne pas être comprises par les familles concernant par exemple l'importance des fournitures scolaires (ex : achat de livres scolaires) ou demander des compétences qu'elles ne maîtrisent pas (ex : suivi de la scolarité des élèves à partir des outils numériques) ?

 

Est-ce que lorsque je donne des devoirs à la maison je m'interroge sur le fait que les parents n'ont pas tous les mêmes moyens d'aider leurs enfants ? Est-ce que je prends soin en classe d'apprendre aux enfants à faire leurs devoirs ?

 

Est-ce que je prends soin d'apprendre explicitement aux élèves de 6e à utiliser un agenda, à utiliser un emploi du temps ou à faire leur cartable pour le lendemain ou encore à organiser leur travail à la maison (les exercices, les leçons, la préparation des devoirs...) ?

 

Est-ce que j'ai conscience que les pratiques pédagogiques qui valorisent l'autonomie (ex : pédagogie socio-constructivistes, de projet…) sont les plus en adéquation avec le style éducatif des familles de classes moyennes supérieures ?

 

Est-ce que j'ai conscience que l'habillage de la tâche sensé motiver les élèves ou les mettre en activité peut induire chez eux des malentendus socio-cognitifs entre culture pratico-orale et culture scripturo-scolaire ?

 

Est-ce que j'enseigne explicitement en précisant: quoi (ce que l'on est en train d'étudier), comment (en enseignant explicitement les stratégies d'apprentissage), pour quoi (dans quel but), quand (connaissances conditionnelles) ?

 

Est-ce que j'ai conscience que l'évaluation chiffré produit un stress lié à la menace du stéréotype et n'est pas favorable aux élèves de milieux populaires ? Est-ce que je mets en place, par exemple avec l'évaluation par contrat de confiance, des pratiques qui visent à atténuer ces effets négatifs ?

 

Est-ce que j'ai conscience que les comportements valorisés par les familles chez les enfants ne sont pas les mêmes en fonction du sexe, du milieu social et de l'origine migratoire ?

 

Est-ce que j'ai conscience qu'en fonction des milieux sociaux les pratiques culturelles de loisirs et le registre de langage utilisé n'est pas le même ? Est-ce que j'ai conscience que certains sont plus valorisés par le système scolaire ?

 

Est-ce que lorsque j'effectue de la différentiation pédagogique, je ne contribue pas à creuser les inégalités sociales ? Par exemple, est-ce que j'ai des attentes inférieures pour les élèves les plus en difficultés par rapport aux autres élèves ?

 

Est-ce que je n'ai pas tendance à poser des questions ouvertes à l'oral ou à demander de rédiger aux bons élèves et inversement à poser des questions fermées et à proposer des textes à trous aux élèves en difficultés ?

 

Sans toujours l'interroger, les enseignants tendent à renforcer les inégalités sociales en sur-orientant les élèves issus de classes populaires et de l'immigration vers des filières professionnelles. Les enseignants peuvent ne pas avoir conscience que nombre de fonctionnement ou d'attentes de l'école qui leur paraissent évidentes ne le sont pas pour leurs élèves ou leurs familles quand ceux-ci sont de classes populaires ou d'origine immigrés. Le fait de ne pas être assez explicite dans les attentes peut contribuer à générer des malentendus socio-cognitifs chez les élèves. Voir à ce propos : CNESCO, Inégalités sociales et migratoires : comment l'école les amplifient ? - URL : https://www.cnesco.fr/fr/inegalites-sociales-et-migratoires-comment-lecole-les-amplifie/

 

 

 

 

Complément: Comment être un-e bon-ne allié-e ? - https://feminazgulencolere.wordpress.com/2016/08/15/comment-devenir-un-e-bon-ne-allie-e/

 

- ou : http://viedelamia.canalblog.com/archives/2015/11/13/32925300.html

 

Lexique sur les discriminations:

http://petit-coin-de-soleil.over-blog.com/lexique.html

 

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