La cartographie sociale comme outil de la pédagogie critique

 

 

La cartographie sociale est une pratique d'éducation populaire qui s'est développée en lien avec les mouvements sociaux en Amérique Latine. Elle constitue un outil pédagogique critique comme le développe l'article ci-dessous.

 

Traduction de Sabina Habegger y Iulia Mancila, « El poder de la Cartografía Social en las prácticas contrahegemónicas o La Cartografía Social como estrategia para diagnosticar nuestro territorio », Universidad estadual Paulista, 2006.

 

[…]

 

L'importance de la cartographie sociale dans les processus éducatifs.

 

[…] D'un côté, il s'agit de proposer un instrument au service de la citoyenneté et concrètement au service des groupes opprimés : pour visualiser des conflits, dénoncer des situations injustes, générer des améliorations. En même temps, d'un autre côté, il s'agit d'inciter à l'action et d'orienter les éducateurs sociaux et tout les professionnels engagés en faveur de la transformation sociale.

 

[… ]

 

Comment les cartes nous orientent aujourd'hui  ?

 

Nous devons nous arrêter sur la manière dont les sciences sociales appliquées et engagées sont en train de générer des stratégies méthodologiques participatives qui permettent de diagnostiquer des conflits et de générer des synergies transformatrices et d'un autre côté nous avons besoin de sauver en même temps la créativité des mouvements sociaux qui sont en train de mettre en pratique les productions cartographiques qui dénoncent les réalités injustes. Ces deux perspectives nous permettent de conjuguer ces propositions ainsi que de les reprendre pour construire à partir de la pédagogie sociale critique des éléments qui nous permettent d'avancer éducativement vers des transformations sociales. Dans le champ de la sociologie beaucoup de ces instruments sont au service du pouvoir, tandis qu'à partir des sciences sociales engagées, nous allons rencontrer une série de stratégies méthodologiques basées sur le dialogue, accordant du pouvoir au sujet d'étude.

 

[….]

 

A partir de cette perspective de la production de connaissance et des résultats scientifiques sont réalisés participativement avec la communauté. Parmi les instruments utilisés ont peut en détacher certains (bien que ce ne soit pas le sujet de notre article) comme les fluxogrammes, les DAFO (NB ci-dessous:FMFO) participatifs, les ateliers de créativité sociale, la socialisation des informations et les cartes de réseaux. En échange, la production cartographique n'a pas été considéré comme un élément à partir duquel on pourra représenter le diagnostique.

 

Désormais, à partir des mouvements sociaux, les cartes ont un net caractère politique basé sur la dénonciation. Les cartes sont des pratiques contre-hégémoniques. A travers elles, on met en relief des situations d'injustice sociale, on visibilise les acteurs, les processus et les discours néolibéraux qui influent sur l'aménagement des territoires. Leurs dessins, avec des formats créatifs, sur papier et numérique, ont l'habitude d'être descriptifs, analytiques et certaines ont également un caractère de proposition. A partir des mouvements sociaux, on organise le caractère dynamique et interactif à travers les formats numériques, multimédias, en proposant l'ouverture et la socialisation des cartographies. L'intention de transformer les usagers d'Internet en cartographes constitue un nouveau défi. La nécessité d'actualiser les cartes oblige à maintenir une relation engagée et active de la part des nouveaux cartographes. Comment ? En permettant de configurer la réalité changeante à partir de l'insertion et de la modification d’icônes, d'hyperliens, de photographies, en entourant, en effectuant des nœuds avec des vidéos, des nouvelles, le Web…)

 

Cartographie sociale et pédagogie du territoire

 

Comme nous l'avons exprimé avant, cet article est tiré de notre désir de développer une pédagogie du territoire. Au travers d'une construction symbolique du territoire (en comprenant celui-ci tant par l'espace que par les relations qui interagissent sur lui) on ouvre des perspectives pour une meilleure compréhension de la réalité territoriale, de comment nous vivons le territoire que nous habitons, et de comment nous construisons le futur territoire que nous désirons.

 

[…]

 

Si nous essayons d'avancer une définition de la cartographie sociale, elle est la suivante : la cartographie sociale est une méthodologie neuve, alternative, qui permet aux communautés de connaître et de construire une connaissance intégrale de son territoire pour qu'elles puissent choisir une meilleure manière de le vivre. C'est un type de recherche humaniste et humanisatrice. C'est une proposition conceptuelle et méthodologique nouvelle qui fait usage d'instruments techniques et conviviaux. Ce type de cartes (en opposition avec les cartes traditionnelles est un processus d'organisation participative qui met en commun le savoir collectif (horizontal) et qui de cette manière le légitime. C'est un processus démocratique de construction de la connaissance à travers la transcription de l'expérience de lieux qui ne sont pas nommés. Les membres de la communauté analysent collectivement les problèmes sociaux, dans un effort pour les comprendre et les solutionner. C'est une métaphore qui part d'une situation connue ou insuffisamment connue, vers une situation plus abstraite, symbolique, qui saute à la vue et traduit la complexité du cadre social.

 

[…]

 

Éléments constitutifs du processus. Nous dessinons la cartographie sociale.

 

En reprenant les stratégies des sciences appliquées, les stratégies utilisées par les mouvements sociaux, et en partant de la proposition de Freire sous forme de recherche-action, nous passons à la première phase du processus d'élaboration de la cartographie : le diagnostique. Le diagnostique comprend la construction de trois cartes : les cartes de conflits, les cartes de réseau et les cartes de ressources (loin de donner des recettes, elles proposeront certaines orientations). Elles comprennent ces différentes composantes de la cartographie sociale : les situations problématisées, les parties impliquées (les acteurs et les idées forces respectivement, planifie la tâche éducative). L'inter-relation de ces trois cartes offre un diagnostique du territoire, à partir duquel nous pouvons dégager dans une seconde phase : la construction de plans stratégiques de changement.

 

Dans la suite, nous décrirons brièvement l'élaboration de chacune des cartes :

 

1- Les cartes de conflit : elles représentent à travers des images, des icônes, des textes, des discours narratifs,… des situations problématisées qui obéissent à des expériences rendues silencieuses par l'oppression. Celles-ci peuvent être des cartes thématiques comme par exemple : « immigrations et frontières » , « genre et travail  précaire », « violence et jeunesse ».

Les étapes de la construction des cartes de conflits :

- Phase de diagnostique : recueil de l'information (à travers des fluxogrammes, des dérives, des ateliers, des entretiens, des groupes de discussion, des observations, l'analyse de documentations) par la systématisation et la triangulation.

- Phase de production cartographique : transcription des faits triangulés dans le dessin des cartes sous format numérique, papier, vidéo… (à travers des icônes, des couleurs, des légendes, des textes, des visages, des voix…)

- Phase de restitution : où l'on reconnaît les conflits, leurs interrelations (à travers des débats et des ateliers de créativité sociale).

 

2. Les cartes de réseaux comprises comme la représentation de relations entre des acteurs – des personnes, des groupes, des organisations, des institutions… - qui selon leur liens relativement à un conflit (liens forts, liens faibles, inexistence de relations) et leurs positions relativement au conflit (degrés d' « affinité », de « proximité », d'« indifférence » ou d'« opposition ») nous permet d'articuler conjointement une intervention face au conflit. […]

 

La construction d'une carte de réseaux suit le même processus que l'élaboration de la carte de conflits :

- Phase de diagnostique : recueil d'information (à travers des cartographies avec les acteurs ou des cartographies à partir des entretiens, des observations…), la systématisation à partir des caractéristiques de chaque acteur (par exemple on différencie si l'acteur est une « institution », une « association » ou des « groupes non-organisés » au travers de formes géométriques et des types de relations que cela peut donner (liens forts, faibles, de confrontation, absences de liens) en suivant les indications d'une légende.

- Phase de production cartographique : de manière dialogique, on établit les relations entre les acteurs (selon la légende : intensité, type de relations) et on l'analyse selon ces perspectives : relationnelles, positionnelles, et l'ensemble des actions.

- Phase de restitution : dans le cas où la carte a été initiée par les chercheurs sans que les acteurs soient présents, la carte sera disponible pour validation ou de possibles changements, pour rendre possible un travail ultérieur en réseaux.

 

La carte de réseaux résulte d'un outillage stratégique pour transformer des situations existantes. En partant des représentations graphiques des relations sociales qui se donnent à chaque moment, nous pouvons faciliter les négociations, réaliser des diagnostiques communautaires, évaluer les effets d'une intervention, observer l'évolution dans l'articulation des réseaux, fortifier le tissu associatif…

 

3- Les cartes de ressources comme représentation des moyens matériels (infrastructures, économiques…) ou humains que l'on considère comme des éléments potentiels au travers desquels commencer à affronter les conflits et à organiser l'intervention. Cela a à voir avec la disponibilité ou le manque de ressources, c'est-à-dire, il faut prendre en compte ce que nous avons déjà et ce qu'il nous manque pour développer l'intervention.

 

- La phase de dialogue : en utilisant la technique du FMFO (Faiblesses, Menaces, Forces et Opportunités), des réseaux (organisations et acteurs), du territoire,…

- Production cartographique : localiser les ressources sur un plan à travers des symboles et des icônes.

 

[…]

 

Les avantages de la cartographie sociale.

 

Elle permet de réduire la quantité immense, le grand volume d'information et les faits recueillis en gardant seulement ceux qui servent pour l'accomplissement des objectifs. En utilisant ces stratégies, l'information de la recherche qui sous une forme narrative peut comprendre des pages et des pages, peut être présentée d'une manière convenable sous une forme visuelle. De cette manière, on peut faciliter les processus comparatifs. Les résultats de la recherche présentés sous cette forme peuvent être restitués aux participants de la recherche. L'information est plus facile à comprendre, à changer si nécessaire. C'est un outil qui permet de visualiser comment dans nos espaces, on est en train de matérialiser des relations économiques, politiques, culturelles, éthiques, raciales et de genre, résultant des transformations par lesquels passent le monde actuel. Mais, cela permet également d'analyser ses conséquences. Les cartes de conflits ont une grande utilité pour les parties immergées dans un conflit qui transforment le problème en une opportunité pour la reconstruction des relations interpersonnelles et des relations entre les différents acteurs (le pouvoir) et la production de solutions créatives. Ce processus de construction cartographique du territoire, nous le considérons comme un processus éducatif, parce que durant ce processus les participants réfléchissent sur leur praxis, ils évoluent et changent (au niveau endogène). Le produit cartographique génère également des changements dans le territoire (au niveau exogène).

 

 

Le défi : que pourrait-il devenir ?

 

A notre avis, on peut considérer que la cartographie sociale est l'intégration, sans discontinuités, de ce que l'on organise habituellement comme recherche, éducation et action avec un regard vers la transformation sociale. Nous la concevons comme un processus et non comme un plan, une attitude vers le futur, réfléchissant sur les opportunités et les défis émergeants, créant des réseaux d'agents de changement face à une situation problématisée dans un territoire. La cartographie sociale pourrait se convertir en un catalyseur de processus de changement, elle pourrait encapaciter les individus, fortifier les communautés et libérer des voix auparavant non-écoutées. Il en résulte le défi de passer de cartes descriptives analytiques à des cartes de propositions d'intervention qui engagent des stratégies collectives de transformation sociale. La cartographie sociale peut se transformer en un outillage puissant, dont la diversité est la richesse et les stratégies permettent l'inclusion des différences.

 

Les limites de la cartographie sociale

 

Sa complexité rend très difficile l'interprétation pour les participants qui ne sont pas familiarisés avec cette méthodologie. Pour palier cette limite, il est nécessaire de la compléter avec d'autres stratégies : des explications additionnelles dans le processus de réalisation, la lecture des cartes par couches. Les représentations par des icônes et des symboles peuvent être socialisés couches par couches, catégories par catégories, en se touchant les unes avec les autres et en analysant peu à peu leurs interrelations (cela pourrait se faire avec un support informatique et la visualisation sur un grand écran). Étant donné que les cartes sont des produits symboliques et culturels, l'utilisation et la fonction des cartographies a rapport avec la structure discursive dominante dans un champ culturel et historiquement déterminé. L'interprétation de la cartographie suppose un large débat qui n'est pas l'objet de cet article, mais nous devons noter cet aspect parce que bien que l'interprétation ne peut pas modifier la structure ou le contenu de la carte, elle peut lui donner de nouveaux sens. […]

 

La cartographie sociale comme outil de la pédagogie critique

 

La cartographie sociale est une pratique d'éducation populaire qui s'est développée en lien avec les mouvements sociaux en Amérique Latine. Elle constitue un outil pédagogique critique comme le développe l'article ci-dessous.

 

Traduction de Sabina Habegger y Iulia Mancila, « El poder de la Cartografía Social en las prácticas contrahegemónicas o La Cartografía Social como estrategia para diagnosticar nuestro territorio », Universidad estadual Paulista, 2006.

 

[…]

 

L'importance de la cartographie sociale dans les processus éducatifs.

 

[…] D'un côté, il s'agit de proposer un instrument au service de la citoyenneté et concrètement au service des groupes opprimés : pour visualiser des conflits, dénoncer des situations injustes, générer des améliorations. En même temps, d'un autre côté, il s'agit d'inciter à l'action et d'orienter les éducateurs sociaux et tout les professionnels engagés en faveur de la transformation sociale.

 

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Comment les cartes nous orientent aujourd'hui  ?

 

Nous devons nous arrêter sur la manière dont les sciences sociales appliquées et engagées sont en train de générer des stratégies méthodologiques participatives qui permettent de diagnostiquer des conflits et de générer des synergies transformatrices et d'un autre côté nous avons besoin de sauver en même temps la créativité des mouvements sociaux qui sont en train de mettre en pratique les productions cartographiques qui dénoncent les réalités injustes. Ces deux perspectives nous permettent de conjuguer ces propositions ainsi que de les reprendre pour construire à partir de la pédagogie sociale critique des éléments qui nous permettent d'avancer éducativement vers des transformations sociales. Dans le champ de la sociologie beaucoup de ces instruments sont au service du pouvoir, tandis qu'à partir des sciences sociales engagées, nous allons rencontrer une série de stratégies méthodologiques basées sur le dialogue, accordant du pouvoir au sujet d'étude.

 

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A partir de cette perspective de la production de connaissance et des résultats scientifiques sont réalisés participativement avec la communauté. Parmi les instruments utilisés ont peut en détacher certains (bien que ce ne soit pas le sujet de notre article) comme les fluxogrammes, les DAFO (NB ci-dessous:FMFO) participatifs, les ateliers de créativité sociale, la socialisation des informations et les cartes de réseaux. En échange, la production cartographique n'a pas été considéré comme un élément à partir duquel on pourra représenter le diagnostique.

 

Désormais, à partir des mouvements sociaux, les cartes ont un net caractère politique basé sur la dénonciation. Les cartes sont des pratiques contre-hégémoniques. A travers elles, on met en relief des situations d'injustice sociale, on visibilise les acteurs, les processus et les discours néolibéraux qui influent sur l'aménagement des territoires. Leurs dessins, avec des formats créatifs, sur papier et numérique, ont l'habitude d'être descriptifs, analytiques et certaines ont également un caractère de proposition. A partir des mouvements sociaux, on organise le caractère dynamique et interactif à travers les formats numériques, multimédias, en proposant l'ouverture et la socialisation des cartographies. L'intention de transformer les usagers d'Internet en cartographes constitue un nouveau défi. La nécessité d'actualiser les cartes oblige à maintenir une relation engagée et active de la part des nouveaux cartographes. Comment ? En permettant de configurer la réalité changeante à partir de l'insertion et de la modification d’icônes, d'hyperliens, de photographies, en entourant, en effectuant des nœuds avec des vidéos, des nouvelles, le Web…)

 

Cartographie sociale et pédagogie du territoire

 

Comme nous l'avons exprimé avant, cet article est tiré de notre désir de développer une pédagogie du territoire. Au travers d'une construction symbolique du territoire (en comprenant celui-ci tant par l'espace que par les relations qui interagissent sur lui) on ouvre des perspectives pour une meilleure compréhension de la réalité territoriale, de comment nous vivons le territoire que nous habitons, et de comment nous construisons le futur territoire que nous désirons.

 

[…]

 

Si nous essayons d'avancer une définition de la cartographie sociale, elle est la suivante : la cartographie sociale est une méthodologie neuve, alternative, qui permet aux communautés de connaître et de construire une connaissance intégrale de son territoire pour qu'elles puissent choisir une meilleure manière de le vivre. C'est un type de recherche humaniste et humanisatrice. C'est une proposition conceptuelle et méthodologique nouvelle qui fait usage d'instruments techniques et conviviaux. Ce type de cartes (en opposition avec les cartes traditionnelles est un processus d'organisation participative qui met en commun le savoir collectif (horizontal) et qui de cette manière le légitime. C'est un processus démocratique de construction de la connaissance à travers la transcription de l'expérience de lieux qui ne sont pas nommés. Les membres de la communauté analysent collectivement les problèmes sociaux, dans un effort pour les comprendre et les solutionner. C'est une métaphore qui part d'une situation connue ou insuffisamment connue, vers une situation plus abstraite, symbolique, qui saute à la vue et traduit la complexité du cadre social.

 

[…]

 

Éléments constitutifs du processus. Nous dessinons la cartographie sociale.

 

En reprenant les stratégies des sciences appliquées, les stratégies utilisées par les mouvements sociaux, et en partant de la proposition de Freire sous forme de recherche-action, nous passons à la première phase du processus d'élaboration de la cartographie : le diagnostique. Le diagnostique comprend la construction de trois cartes : les cartes de conflits, les cartes de réseau et les cartes de ressources (loin de donner des recettes, elles proposeront certaines orientations). Elles comprennent ces différentes composantes de la cartographie sociale : les situations problématisées, les parties impliquées (les acteurs et les idées forces respectivement, planifie la tâche éducative). L'inter-relation de ces trois cartes offre un diagnostique du territoire, à partir duquel nous pouvons dégager dans une seconde phase : la construction de plans stratégiques de changement.

 

Dans la suite, nous décrirons brièvement l'élaboration de chacune des cartes :

 

1- Les cartes de conflit : elles représentent à travers des images, des icônes, des textes, des discours narratifs,… des situations problématisées qui obéissent à des expériences rendues silencieuses par l'oppression. Celles-ci peuvent être des cartes thématiques comme par exemple : « immigrations et frontières » , « genre et travail  précaire », « violence et jeunesse ».

Les étapes de la construction des cartes de conflits :

- Phase de diagnostique : recueil de l'information (à travers des fluxogrammes, des dérives, des ateliers, des entretiens, des groupes de discussion, des observations, l'analyse de documentations) par la systématisation et la triangulation.

- Phase de production cartographique : transcription des faits triangulés dans le dessin des cartes sous format numérique, papier, vidéo… (à travers des icônes, des couleurs, des légendes, des textes, des visages, des voix…)

- Phase de restitution : où l'on reconnaît les conflits, leurs interrelations (à travers des débats et des ateliers de créativité sociale).

 

2. Les cartes de réseaux comprises comme la représentation de relations entre des acteurs – des personnes, des groupes, des organisations, des institutions… - qui selon leur liens relativement à un conflit (liens forts, liens faibles, inexistence de relations) et leurs positions relativement au conflit (degrés d' « affinité », de « proximité », d'« indifférence » ou d'« opposition ») nous permet d'articuler conjointement une intervention face au conflit. […]

 

La construction d'une carte de réseaux suit le même processus que l'élaboration de la carte de conflits :

- Phase de diagnostique : recueil d'information (à travers des cartographies avec les acteurs ou des cartographies à partir des entretiens, des observations…), la systématisation à partir des caractéristiques de chaque acteur (par exemple on différencie si l'acteur est une « institution », une « association » ou des « groupes non-organisés » au travers de formes géométriques et des types de relations que cela peut donner (liens forts, faibles, de confrontation, absences de liens) en suivant les indications d'une légende.

- Phase de production cartographique : de manière dialogique, on établit les relations entre les acteurs (selon la légende : intensité, type de relations) et on l'analyse selon ces perspectives : relationnelles, positionnelles, et l'ensemble des actions.

- Phase de restitution : dans le cas où la carte a été initiée par les chercheurs sans que les acteurs soient présents, la carte sera disponible pour validation ou de possibles changements, pour rendre possible un travail ultérieur en réseaux.

 

La carte de réseaux résulte d'un outillage stratégique pour transformer des situations existantes. En partant des représentations graphiques des relations sociales qui se donnent à chaque moment, nous pouvons faciliter les négociations, réaliser des diagnostiques communautaires, évaluer les effets d'une intervention, observer l'évolution dans l'articulation des réseaux, fortifier le tissu associatif…

 

3- Les cartes de ressources comme représentation des moyens matériels (infrastructures, économiques…) ou humains que l'on considère comme des éléments potentiels au travers desquels commencer à affronter les conflits et à organiser l'intervention. Cela a à voir avec la disponibilité ou le manque de ressources, c'est-à-dire, il faut prendre en compte ce que nous avons déjà et ce qu'il nous manque pour développer l'intervention.

 

- La phase de dialogue : en utilisant la technique du FMFO (Faiblesses, Menaces, Forces et Opportunités), des réseaux (organisations et acteurs), du territoire,…

- Production cartographique : localiser les ressources sur un plan à travers des symboles et des icônes.

 

[…]

 

Les avantages de la cartographie sociale.

 

Elle permet de réduire la quantité immense, le grand volume d'information et les faits recueillis en gardant seulement ceux qui servent pour l'accomplissement des objectifs. En utilisant ces stratégies, l'information de la recherche qui sous une forme narrative peut comprendre des pages et des pages, peut être présentée d'une manière convenable sous une forme visuelle. De cette manière, on peut faciliter les processus comparatifs. Les résultats de la recherche présentés sous cette forme peuvent être restitués aux participants de la recherche. L'information est plus facile à comprendre, à changer si nécessaire. C'est un outil qui permet de visualiser comment dans nos espaces, on est en train de matérialiser des relations économiques, politiques, culturelles, éthiques, raciales et de genre, résultant des transformations par lesquels passent le monde actuel. Mais, cela permet également d'analyser ses conséquences. Les cartes de conflits ont une grande utilité pour les parties immergées dans un conflit qui transforment le problème en une opportunité pour la reconstruction des relations interpersonnelles et des relations entre les différents acteurs (le pouvoir) et la production de solutions créatives. Ce processus de construction cartographique du territoire, nous le considérons comme un processus éducatif, parce que durant ce processus les participants réfléchissent sur leur praxis, ils évoluent et changent (au niveau endogène). Le produit cartographique génère également des changements dans le territoire (au niveau exogène).

 

 

Le défi : que pourrait-il devenir ?

 

A notre avis, on peut considérer que la cartographie sociale est l'intégration, sans discontinuités, de ce que l'on organise habituellement comme recherche, éducation et action avec un regard vers la transformation sociale. Nous la concevons comme un processus et non comme un plan, une attitude vers le futur, réfléchissant sur les opportunités et les défis émergeants, créant des réseaux d'agents de changement face à une situation problématisée dans un territoire. La cartographie sociale pourrait se convertir en un catalyseur de processus de changement, elle pourrait encapaciter les individus, fortifier les communautés et libérer des voix auparavant non-écoutées. Il en résulte le défi de passer de cartes descriptives analytiques à des cartes de propositions d'intervention qui engagent des stratégies collectives de transformation sociale. La cartographie sociale peut se transformer en un outillage puissant, dont la diversité est la richesse et les stratégies permettent l'inclusion des différences.

 

Les limites de la cartographie sociale

 

Sa complexité rend très difficile l'interprétation pour les participants qui ne sont pas familiarisés avec cette méthodologie. Pour palier cette limite, il est nécessaire de la compléter avec d'autres stratégies : des explications additionnelles dans le processus de réalisation, la lecture des cartes par couches. Les représentations par des icônes et des symboles peuvent être socialisés couches par couches, catégories par catégories, en se touchant les unes avec les autres et en analysant peu à peu leurs interrelations (cela pourrait se faire avec un support informatique et la visualisation sur un grand écran). Étant donné que les cartes sont des produits symboliques et culturels, l'utilisation et la fonction des cartographies a rapport avec la structure discursive dominante dans un champ culturel et historiquement déterminé. L'interprétation de la cartographie suppose un large débat qui n'est pas l'objet de cet article, mais nous devons noter cet aspect parce que bien que l'interprétation ne peut pas modifier la structure ou le contenu de la carte, elle peut lui donner de nouveaux sens. […]

 

 

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