Bien être ou résilience ?

 

L’école doit elle se donner pour objectif de favoriser avant tout le bien-être ou les capacités de résilience des élèves ?

 

Le bien-être, finalité première de l’école ?

 

Sous le double effet de la psychologie positive et de l’économie du bien-être, ce dernier critère se trouve promu comme condition sine qua non des apprentissages à l’école.

 

Il ne s’agit certes pas de promouvoir une école malveillante, mais de s’interroger sur le fait de donner comme finalité première à l’école le bien-être des élèves.

 

Voici deux arguments qui peuvent amener à discuter une telle finalité:

 

  • l’économie du bien-être: il s’agit d’une branche de l’économie néo-libérale. En soi, il ne s’agit pas d’une conception de l’économie qui rompt fondamentalement avec l’économie capitaliste. Il s’agit simplement d’humaniser la croissance capitaliste

 

  • le meilleurs des mondes: dans cet ouvrage de science fiction, Aldoux Huxley pose l’hypothèse d’une société qui se donne pour finalité première le bien-être. Dans une telle société, l’éducation a renoncé à développer toute capacité critique des élèves. A quoi cela sert-il ? Cela ne fait qu’augmenter la conscience du malheur.

 

Par conséquent, il est possible de se demander si le bien-être doit être la finalité suprême de l’existence. Cela revient en réalité à reposer la question classique en philosophie : doit-on rechercher le bonheur ou la liberté ?

 

De la pédagogie noire à la pédagogie de la bienveillance

 

Les classes dominantes traditionnelles s’appuyait sur une conception de l’école conservatrice. Alice Miller avait nommé cette pédagogie, la pédagogie noire (Alice Miller, C’est pour ton bien). Ce type de pédagogie est une adéquation avec la mise en place d’un régime politique autoritaire et une soumission à un système hiérarchique. Cette pédagogie noire se révèle efficace pour former les “personnalités autoritaires” (Adorno, Etudes sur la personnalité autoritaire). Elle a été le lit des régimes fascistes.

 

Les nouvelles classes dominantes libérales valorisent pour leur part un type d’éducation souple qui est sensé produire selon eux des personnalités ayant l’esprit d’innovation et d’entreprise. Une pédagogie bienveillante et positive habitue l’individu à une forme de contrôle qui ne s’exerce plus par une contrainte directe, mais par une forme de contrôle souple.

 

Développer les capacités de résilience des élèves

 

Ceux qui considèrent que l’école doit avoir avant tout pour finalité le bien-être des élèves mettent l’accent sur l’importance d’un climat scolaire positif. La difficulté d’une telle position, c’est qu’elle ne prépare pas les élèves à affronter les épreuves de l’existence.

 

D’autres travaux en neurosciences, qui vont dans le sens du bien-être, considèrent que les enfants, lorsqu’ils sont soumis à une situation qui provoque chez eux de la souffrance, voient leur capacité d’apprentissage régresser. Néanmoins, ces travaux ne prennent pas en compte que le fait que les individus développent des capacités différentes à résister à des situations de stress. Il s’agit d’un facteur qui doit être pris en compte.

 

Cela signifie-il pour autant que, comme dans l’école traditionnelle, par exemple anglaise, il faille s’attacher à endurcir physiquement et moralement les élèves par des privations et des sévices ? Ce n’est évidemment pas de cela qu’il s’agit...

 

Le psychanalyste Boris Cyrulnik a développé des études sur les tuteurs de résilience, d’autres auteurs ont également étudié le rôle de l’école comme facteur de résilience face aux maltraitances familiale.

 

De fait, il est ainsi possible de se demander si la communauté éducative doit se centrer sur le fait de faire de l’école un espace de bien-être ou si elle ne doit pas chercher plutôt à développer chez les élèves des capacités à résister aux épreuves de l’existence.

 

Cette question est peut être d’autant plus centrale pour des élèves qui n’ont pas la chance de vivre dans un environnement social et familial préservé.

 

Les travaux sur la psychologie de la résilience mettent en avant des capacités des personnalités résilientes, comme la capacité à produire un dialogue intérieur positif plutôt que négatif.

 

Cette thématique du bien-être est mise en avant en particulier par les mères des classes moyennes supérieures comme un témoigne le succès de la littérature sur l’éducation positive. Pour autant, il n’est pas certain que cette centration sur le bien-être soit ce dont les enfants en difficulté sociale aient le plus besoin.

 

 

Annexe: Espace des controverses éducatives.

 

Il faut distinguer trois pôles: conservateur, libéral et socialiste libertaire

 

Education et pédagogie traditionnelle:

  • valorisée par les milieux conservateur comme permettant de développer le sens de la discipline et de l’obéissance à la hiérarchie

  • valorisée par les élites administratives républicaines comme valorisant un goût pour les savoirs désintéressés et détachés des orientations marchandes

-> vision de l’élite: les élites doivent savoir commander et se faire obéir en exerçant une contrainte verticale.

-> vision des subalternes: les subalternes doivent avoir le sens de l’obéissance à la hiérarchie.

 

Education et pédagogie nouvelle libérale:

  • valorisées par les élites libérales comme propre à former des compétences entrepreneuriales favorisant l’innovation.

-> vision de l’élite: elle doit savoir imposer son pouvoir par une autorité négociée en apparence douce. Il est préférable de remplacer le contrôle vertical direct par des dispositifs technologiques de contrôle

-> vision des subalternes: ils doivent intériorisés subjectivement la domination de manière à être prêt à donner d’eux-mêmes.

 

Comment expliquer cette modification de l’idéal éducatif ? Il est possible de dégager un facteur parmi d’autres. Les traits de la “personnalité autoritaire” (Adorno) sont opposés à ceux de la personnalité créative (Lubart). Or l’économie dans Le capitalisme projet met en avant comme facteur de croissance, les capacités d’innovation des salariés qualifiés. Or la personnalité autoritaire a été construite à travers une éducation autoritaire parentale et scolaire.

 

Education et pédagogie socialiste libertaire:

A l’inverse de ces conceptions, que peut-être une pédagogie qui lutte contre les rapports sociaux de domination ?

-> c’est une pédagogie qui lutte contre la reproduction des inégalités sociales à l’école (contre la domination des élites sociales traditionnelles ou libérales)

-> c’est une pédagogie qui favorise les capacités d’insoumission à l’autorité injuste (contre la pédagogie noire traditionnelle)

 

-> c’est une pédagogie qui développe l’esprit critique face aux normes sociales de domination (contre les formes de contrôles doux des nouvelles formes de domination).

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