Psychologie et pédagogie



On assiste aujourd’hui à un envahissement des problèmatiques psychologiques dans les questions pédagogiques.


La médicalisation de l’échec scolaire


La place problématique occupée par la psychologie relativement à la pédagogie a été soulignée à travers les travaux qui s’inquiètent de la médicalisation de l’échec scolaire comme l’ouvrage de Stanislas Morel, La médicalisation de l’échec scolaire.


Ce qui est ici souligné ce sont les risques liés à un traitement de l’échec scolaire sous l’angle de l’approche médicale et non pas des méthodes pédagogiques d’apprentissage. De fait, c’est au personnel médico-psychologique que se voit délégué le traitement de la difficulté scolaire.


Le bien-être au détriment de la pédagogie de l’apprentissage


Il existe un autre discours qui a également beaucoup d’impact aujourd’hui, c’est celui qui concerne la psychologie du bien-être et l’éducation positive. Une finalité associée à l’éducation peut être l’épanouissement de la personnalité de l’enfant. Sous l’effet des approches thérapeutiques, par exemple psychanalytique, il s’agit alors de rechercher le bien-être psychologique de l’enfant.


Cette finalité trouve un second souffle à travers les recherches en neurosciences qui insistent sur le rôle des émotions positives, de la relation affective et du plaisir, dans les apprentissages.

Cette thématique trouve en particulier un echo dans l’éducation positive et bienveillante.


Néanmoins là encore, une telle orientation comporte des risques. L’enseignant ne se centre plus sur ce qui fait le coeur de son activité, mais se centre sur ce qui relève de la psychologie. Le bien-être psychologique de l’enfant devient la condition de possibilité de l’entrée dans les apprentissages. Le risque est alors que cette entrée dans les apprentissages soit différée.


Or il est possible au contraire de se demander dans quelle mesure les apprentissages eux-mêmes n’ont pas un effet sur le bien-être de l’enfant. Ce ne serait pas le bien-être qui serait la condition de possibilité des apprentissages, mais au contraire les apprentissages qui sont un facteur de bien-être en rétablissant une estime de soi-même.


Il est possible de souligner un autre risque associé à la tendance à centrer sur la relation affective entre l’enseignant et les élèves, c’est que les élèves accordent plus de valeurs à cette relation qu’aux apprentissages eux-mêmes. De fait, un élève qui centre sa motivation à apprendre sur les apprentissages eux-mêmes sera moins sensible à la variation de la relation affective avec l’enseignant.


Une analyse transactionnelle des relations en classe


Nombre d’enseignants tendent à maintenir avec leurs élèves des relations qui sont celles de “parent/enfant” au sens de l’analyse transactionnelle.


L’enseignant va se comporter en parent nourricier (ou bienveillant) ou en parent normatif.

Certains pensent que la relation enseignante est une relation parent nourricier et enfant libre (ou joueur). Pour eux, le critère premier devient le fait que l’enfant soit épanouie.


Face à cette relation parent/enfant, les élèves peuvent adopter deux autres attitudes: l’enfant soumis et l’enfant rebelle.


Or pour l’essentiel, la relation d’apprentissage doit permettre à l’enfant d'accéder à un moi adulte capable de répondre de manière égalitaire à un autre adulte: être capable d’affirmer un avis, de l’argumenter, d’accepter des objections…


En enfermant, l’élève dans une relation “parent/enfant”, on ne l'entraîne pas à s’affirmer en tant qu’adulte et à pouvoir par la suite dans sa vie de citoyen et dans le monde professionnel d’être capable de se poser face à l’autorité en adulte c’est à dire d’être capable de contester l’autorité lorsque cela est légitime.


Une pédagogie des apprentissages bienveillante


Cela signifie-t-il que la bienveillance ne doit pas avoir sa place dans la salle de classe ?


Il est indéniable que l’institution scolaire est un lieu de violence et donc de mal-traitance. Mais la bienveillance ne doit pas être développée par elle-même et pour elle-même, mais en lien avec les apprentissages. Si la bienveillance est développée pour elle-même, il y a une confusion entre psychologie et pédagogie.


La pédagogie est tournée vers une finalité qui sont les apprentissages: il s’agit d’aider l’élève à apprendre. De fait, c’est la pédagogie en elle-même qui doit-être bienveillante sans renoncer à l’exigence qu’implique la réussite des apprentissages.


Un des principaux facteurs de violence, c’est la notation. Il s’agit alors d’adopter une notation qui valorise le travail et pas seulement la performance de l’élève.


La bienveillance réside également dans l’évaluation de l’enseignant qui doit valoriser les points positifs et proposer des pistes d’amélioration (évaluation positive et formative).


Il s’agit également du discours de l’enseignant sur l’intelligence des élèves. L’enseignant doit développer un discours qui fait apparaître l’intelligence non comme une réalité fixe et innée, mais comme modifiable par le travail.


Enfin, la bienveillance peut également se traduire par la manière dont l’enseignant accueille les questions. Les questions des élèves ne doivent pas être vues comme une gêne à l’avancement du programme et à la gestion de classe si on ne veut maintenir la curiosité intellectuelle des élèves et leur participation.  

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