La machine et le care

 

 

Les années 1980 ont été marquées dans l’industrie par une période d'automatisation et de robotisation de tâches accomplies autrefois par des ouvriers dans le cadre d'une organisation taylorienne du travail. Actuellement, on assiste au remplacement d'activités de services, bien souvent exercées par des femmes, par des systèmes automatisés.

 

A partir des années 1970, émerge la thématique de la société de service et de l'économie post-industrielle. Celle-ci correspond au fait que les emplois dans les services deviennent plus nombreux que ceux dans l'industrie. Cela se traduit parallèlement par l'arrivée massive des femmes sur le marché de l'emploi. De fait, ces postes de services sont principalement occupés par des femmes. Ce sont des activités qui reposent, pour une partie d'entre elles, sur des relations de care : on peut citer en particulier les activités d'accueil.

 

On assiste actuellement à un remplacement progressif, dans un certain nombre de tâches, des femmes par des machines : remplacement des guichets par des automates dans les postes, les banques ou les gares, mise en place de caisses automatiques et de drives dans les supermarchés, automates de prêt et de retour dans les bibliothèques...

 

Le remplacement de ces activités par des machines montre comment ces activités étaient encore pensés souvent organisées sous une forme néo-taylorienne. L'exemple le plus significatif à cet égard constitue peut être celui des caissières de super-marché avec l'introduction du scanner: geste répétitif qui provoque une épidémie de troubles musculo- squelettiques .

 

Il est intéressant de constater que ce modèle de l'automatisation considère que les qualités de care, liées aux activités de service, n'ont pas en soi de valeur économique sous prétexte sans doute qu'il s'agit de dimensions sociales qualitatives plus difficilement quantifiables que le coût monétaire d'un salarié.

 

On peut ainsi se demander si la société de l'informatique et de la robotique n'est pas une société machiste. C'est-à-dire une société construite principalement par des hommes reposant sur les qualités socialement valorisées par le masculin : la recherche de l'efficacité plutôt que l'empathie, la maîtrise des machines plutôt que les relations humaines, les processus intellectuels logico-mathématiques utilisés dans le codage plutôt que les compétences verbales...

 

On sait en effet que les femmes sont sous représentées dans le monde des informaticiens (10 % de femmes dans les écoles d'informatique en 2009) et dans celui des emplois du numérique (¼ de femmes en 2013).

 

On peut se demander d'ailleurs s'il n'y a pas un lien entre la perte de prestige des humanités au profits des activités scientifiques et mathématiques, et le fait que les femmes obtiennent de meilleurs résultats aux test verbaux que les hommes, que ces activités sont davantage liées aux goûts socialement féminins (lecture de romans) et à la sur-représentation des femmes dans ces activités. C'est en effet une constante anthropologique que plus une activité se féminise, plus elle se dévalorise socialement et donc qu'elle perd de la valeur pour les élites masculines. Ce que traduisait sans doute Nicolas Sarkozy lorsqu'il avait critiqué l'intérêt d'interroger des candidats sur La princesse de Clèves. La féminisation de l’enseignement dans le secondaire se trouve quant à elle également corrélée à une perte de prestige de la fonction professorale

 

La logique de robotisation de notre société atteint ainsi son comble avec les recherches actuelles visant à faire reproduire, par des robots de compagnie, les qualités relationnelles qui caractérisent les échanges entre êtres humains et dans la production de robots sexuels virtuels ou humanoïdes.

 

 

Annexe :

 

« Emploi : pourquoi les femmes se détournent des métiers de l'informatique »

http://www.zdnet.fr/actualites/emploi-pourquoi-les-femmes-se-detournent-des-metiers-de-l-informatique-39388852.htm

 

« Les femmes prennent-elles encore leur revanche dans les emplois du numérique »

http://www.rslnmag.fr/post/2014/03/03/Les-femmes-prennent-elles-enfin-leur-revanche-dans-le-numerique-.aspx

 

« Les robots de compagnie »

http://www.generation-nt.com/robots-domestiques-robotique-innovation-innorobo-humanoide-article-1559201-2.html

 

« Sexe connecté, robots humanoïdes : la fin programmée de la prostitution »

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1125611-sexe-connecte-robots-humanoides-la-fin-programmee-de-la-prostitution-est-proche.html

 

 

 

 

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