Elements sur la réussite scolaire II

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4) Les processus de secondarisation : abstraction et réflexivité

 

L'attitude active en cours et dans l'apprentissage en général est importante car apprendre n'est pas une activité passive, mais implique des processus de secondarisation.

 

Acquérir une connaissance, ce n'est pas seulement être capable de la répéter sans en comprendre le sens ou être incapable de la réutiliser dans un autre contexte.

 

La réutilisation dans un autre contexte suppose un processus d'abstraction : dégager la règle générale ou une hypothèse à partir de cas particuliers.

 

Comprendre le sens consiste à dégager les enjeux qui se trouvent au-delà des mots. Cela implique par exemple d'être capable de faire des liens entre ce qui est appris en cours et le monde extérieur.

 

C'est ce que le sens commun illustre par le proverbe chinois : « lorsque le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt ». « L'idiot » serait celui qui est incapable de percevoir le sens qui se trouve au-delà du son émis par les mots.

 

Ces processus impliquent des processus de méta-cognition, c'est à dire le fait d’avoir une attitude réflexive par rapport à ses apprentissages. C'est la condition de possibilité de ce qu’on appelle dans le langage courant l'esprit critique. Il s’agit par exemple d’être capable de saisir les enjeux d’un savoir.

 

De ce point de vue quel intérêt présente l’enseignement de la philosophie en classe terminale ?

 

La philosophie est considérée comme une discipline qui suppose la mise en œuvre de capacités d'abstraction et de réflexivité importante. Elle permet donc de préparer les élèves aux opérations mentales que l'on attend d'eux dans l'enseignement supérieur.

 

Elle est sensée selon les textes officiels contribuer à développer l’esprit critique citoyen des élèves.

 

5) La mémoire sémantique

 

Des travaux scientifiques (Lieury) ont montré que mis à part en mathématiques où c'est le raisonnement qui domine, la réussite scolaire est surtout corrélée à la mémoire sémantique.

 

Les psychologues distinguent deux types d'intelligence.

 

L'intelligence fluide est liée aux capacités de raisonnement des individus indépendamment de leur culture générale.

 

L'intelligence cristallisée désigne l'intelligence qui s'appuie sur les connaissances acquises.

 

La mémoire sémantique est une forme de mémoire à long terme qui se caractérise par la compétence à retenir le sens des mots.

 

L’intérêt intrinsèque porté aux savoirs, l’attitude active en cours, la compréhension préalable et l’organisation intellectuelle préalable des savoirs favorisent l’apprentissage mieux que ne le fait un simple apprentissage par coeur.

 

Les études scientifiques montrent que la faible estime de soi et en particulier le fait d'attribuer ses échecs à un manque d'intelligence inné est un facteur négatif dans la réussite scolaire (sentiment d’efficacité personnelle). C'est en outre une attitude qui touche davantage les filles que les garçons.

 

Parmi les élèves ayant de fortes capacités de raisonnement (QI élevé), seul un 1/3 est en réussite scolaire et 1/3 est en échec scolaire. Cela s'explique sans doute par l'importance de la mémoire sémantique plus que du raisonnement pur dans la réussite scolaire. Ce qui conduit ainsi à relativiser la part du “don” dans la réussite scolaire: le lien entre “facilités” (entendu comme don inné) et réussite scolaire.

 

Lorsque l’on sait que la différence la plus grande dès le début de la scolarité entre enfants d’ouvrier et de classes supérieures se situe au niveau de la logique verbale, on peut être conduit à être assez sceptique sur le caractère inné de l’intelligence testé par le QI. Comment des psychologues peuvent-ils avoir la naïveté de croire que les excellents résultats obtenus par ces enfants, qui sont souvent issus de la classe moyenne supérieure et obtiennent des scores élevés surtout au test de raisonnement verbal, soit le fait d’une aptitude innée ? Peut-on raisonnablement s’extasier sur le haut QI d’un élève de CP qui dit “il bruine” plutôt qu’”il pleut” sans lier cela à son milieu familial ? On peut en effet largement douter que ce soit dans une famille de la classe ouvrière qu’un enfant ait pu acquérir ce type de vocabulaire.

 

L'étude d'Ann Roe sur des scientifiques (considérés comme des personnalités talentueuses dans leur domaine) montre là également que ce n'est pas l'intelligence générale (facteur G- intelligence fluide) qui les caractérisent. Mais pour la plupart des disciplines, c’est la capacité de raisonnement verbal (y compris par exemple en physique fondamentale).

 

Enfin, les psychologues ne s'accordent pas sur le caractère inné ou pas des capacités de raisonnement en général. En effet, certains considèrent qu'il s'agit d'aptitudes qui peuvent être développées par des entraînements cognitifs par l'usage par exemple des logigrammes. Cette position rejoint les travaux actuels sur la plasticité du cerveau.

 

6) L'importance des lectures personnelles

 

Les lectures personnelles sont une méthode excellente pour travailler plusieurs compétences qui augmentent la réussite scolaire :

 

Les lectures personnelles permettent:

- de travailler la mémoire sémantique

- de travailler la littératie. Ce terme désigne « l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d'étendre ses connaissances et ses capacités. » (OCDE)

- d'approfondir et de compléter le cours.

- de travailler la culture générale sur d'autres sujets que ceux abordés durant le cours en fonction d'autres centres d'intérêt personnels.

Enfin, les lectures personnelles impliquent la capacité à effectuer une recherche documentaire de manière à trouver les informations pertinentes.

 

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