Quel avenir pour le nucléaire ?


A la suite des accidents nucléaires survenus au Japon, la question de l’avenir du nucléaire se trouve reposée. Il est intéressant à cet égard de revenir sur certaines réflexions de la  philosophie de la technique.

L’arraisonnement de la nature

Le philosophe Martin Heidegger a développé dans la “Question de la technique”, la critique de l’arraisonnement de la nature. Cette notion désigne un certain rapport que l’espèce humaine a progressivement instauré avec son environnement. Il s’agit d’amener la nature à “rendre raison”, c’est-à-dire de mettre en place un rapport à la nature fondé sur une domination rationnelle.

Cette thématique se trouve reprise par les philosophes de l’Ecole de Franckfort (Adorno/Horkheimer, Marcuse, Habermas).  Ce qui est mis ici en avant c’est la domination de la raison instrumentale. En instaurant une domination technicienne de la nature nous mettons en place les conditions de possibilité d’une telle forme de domination sur l’espèce humaine elle-même. Cette perspective conduit à traiter les êtres humains, avec leur subjectivité et leur spécificité d’êtres vivants, comme s’ils étaient des mécaniques. Le seul point de vue qui est pris en compte est celui de l’adaptation la plus efficace des moyens à une fin qui est celle de l’accumulation du profit pour le profit, qui caractérise le système capitaliste.

Ainsi Herbert Marcuse, dans L’homme unidimensionnel, avance que l’époque moderne, avec le projet énoncé par Galilée d’une mathématisation de la nature, conduit selon lui à la domination de la rationalité instrumentale et à l’exploitaiton de l’homme et de la nature. Cette orientation apparaît par exemple dans le projet cartésien de se “rendre comme maître et possesseur de la nature”.

Ce qu’interrogent en définitive les philosophes de l’Ecole de Franckfort, c’est le sens pris par notre développement technique. Alors que celui-ci avait pour fonction l’émancipation des êtres humains, il s’est transformé en instrument de domination. Il s’agit ainsi pour Jürgen Habermas dans La technique et la science comme idéologie, pour les êtres humains, de redevenir maîtres du développement technique en redonnant une place plus grande à la discussion dans nos sociétés des finalités sociales et morales qui doivent orienter nos décisions et non pas de se laisser guider par une rationalité technocratique.

Vers une technique conviviale

Dans une certaine mesure, il est possible de considérer qu’Ivan Illich avec la notion d’”outil convivial” tente de produire une réponse à ce problème. Il s’agit ainsi de repenser le développement technique de manière à ce qu’il ne soit plus un instrument de domination ou de destruction, mais qu’il redevienne un instrument d’émancipation.

Il s’agit ainsi, dans La convivialité, de penser des techniques dont les individus gardent la maîtrise, de privilégier celles qui sont un instrument d’autonomie. Les techniques conviviales privilégient ainsi l'échelle locale plutôt que les grandes infrastructures industrielles et énergétiques.  

Il ne s’agit pas ainsi de tourner le dos au progrès technique au nom d’une idéologie primitiviste, mais de retrouver et de penser d’autres formes et d’autres principes de développement technique.

De manière générale, il est possible de constater que les décroissants, dont Illich est l’une des références au même titre que Gandhi, proposent des pistes intéressantes pour repenser la technique. Privilégier une production technique orientée vers des objets réparables, ré-utilisables, recyclables. Il s’agit par exemple également de s’interroger sur la pertinence de nos choix en matière de technologie : une technique qui supprime la pénibilité peut être une avancée, mais l’on peut s’interroger sur l’opportunité d’adopter une technique qui est destructrice d’emplois et qui ne supprime pas de pénibilité s’il s’agit uniquement de faire des économies de personnel et donc d’augmenter les profits générés.  

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