La pédagogie féministe comme pragmatisme critique

 

 

La pédagogie féministe fournit des éléments pour penser un pragmatisme critique en pédagogie.

 

La pédagogie féministe

 

La pédagogie critique féministe comporte des points communs avec la pédagogie critique. Elle s’appuie sur l’expérience des apprenantes et sur des groupes de conscience et de parole.

 

Cela renvoie à cette remise en question qu’a effectuée le féminisme, dans les années 1970, entre savoirs expérientiels et savoirs savants. Les savoirs expérientiels n’ont pas été niés par les militantes féministes. Mais le croisement de ces savoirs a permis de mettre en commun des expériences perçues comme individuelles pour les conscientiser comme des expériences communes à toutes”. Ces savoirs d’expérience ont pu ainsi servir de base à de nouveaux savoirs scientifiques face à une science académique qui invisibilisait les oppressions et la réalité sociale vécue par les femmes. Cette conscientisation a permis également de faire émerger des revendications collectives.

 

La notion de “care” a pu être également mise en valeur pour appuyer l’idée que la salle de classe féministe doit être un espace safe où les apprenant-e-s se sentent en sécurité. Cela conduit ainsi à promouvoir la communication non-violente dans les échanges, garantissant une bienveillance entre les sujets.

 

La salle de classe féministe doit permettre à chacun de faire entendre sa voix et de faire entendre une voix différente. Par le dialogue, les relations hiérarchiques dans la salle de classe se trouvent horizontalisées.

 

La critique féministe de la pédagogie féministe

 

Néanmoins, dans la continuité de La tyrannie de l’absence de structure de Jo Freeman, les enseignantes féministes ont pris conscience que ces pratiques peuvent également permettre la reproduction des inégalités sociales et des rapports de force au sein de la salle de classe.

 

Ainsi, le caractère mixte des salles de classe, à la différence des groupes de parole féministes des années 1970, peut conduire au fait que le dialogue favorise l’hégémonie de la prise de parole des étudiants hommes. Parfois même, ces pratiques favorisent le fait que les étudiants hommes prennent la parole pour contester les violences que subissent les filles. Celles-ci sont alors dans une situation où elles subissent de nouveaux une violence morale liée aux dénégations de leurs condisciples masculins.

 

C’est pourquoi les féministes ont mis en place tout d’abord des outils leur permettant d’observer comment s’effectuait la prise de parole “spontanée” dans un groupe mixte (1) en étudiant des grilles d’observation et de comptage (2).

 

Ces observations qui visent à analyser les rapports sociaux de genre dans la salle de classe permettent une prise de conscience qui conduit à pouvoir utiliser des outils afin de réguler les interactions dans la salle de classe. Par exemple, en mettant en place une double liste afin de donner la parole aux personnes qui n’ont pas encore pris la parole. Mais également, en faisant attention à ce que l’enseignant-e ne reproduise pas des inégalités filles/garçons dans la salle de classe par des interactions différenciées (par exemple en mathématiques et en français), voire même lutte contre les attitudes genrées des élèves: renforcer la confiance en soi chez les filles ou le care chez les garçons.

 

 

Conclusion:

 

C’est à la fois les pratiques pédagogiques féministes et le retour critique que les enseignantes féministes sont en mesure d’avoir sur leur propre pratique que nous appelons “pragmatisme critique”. Le pragmatisme constitue le projet émancipateur de la pédagogie, qui s’appuie sur les capacités d’agency des acteurs et des actrices. La dimension critique est l’analyse réflexive-critique que porte l’enseignante sur les pratiques pédagogiques d’horizontalité pour que celles-ci ne réitèrent pas les rapports sociaux inégalitaires.

 

(1) La langue macho - http://1libertaire.free.fr/Languemacho.html

 

(2) Grille d’observation -

 

http://www.egalite-filles-garcons.ac-creteil.fr/IMG/pdf/Grille_observation_genres_en_classe_Creteil_septembre2012.pdf

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