L’équité numérique en éducation

 L’équité numérique en éducation

 

La notion anglo-saxonne d’équité numérique s'intéresse aux enjeux de justice sociale posés par l’introduction du numérique à l’école. Elle est abordée sous l’angle de la multiplicité des inégalités: de sexe, de racisation, de classe sociale, liée au handicap.

 

Le problème de la justice sociale dans le numérique à l’école

 

La question de la justice sociale face au numérique comprend différents aspects. Les études se sont initialement concentrées sur les inégalités numériques générées par la fracture numérique économique. Mais le taux d’équipement laisse apparaître parfois un suréquipement dans les foyers des milieux populaires par rapport aux classes moyennes supérieures. De ce fait, les études sur la fracture numérique tendent à se centrer sur la question des usages socialement différenciés.

 

Il existe un usage différencié entre filles et garçons. Cet usage peut être induit tout d’abord par une éducation sexuée différenciée: les jouets qui ont trait à la robotique sont considérés comme masculins. Cela se traduit également par des différences concernant les jeux vidéo pratiqués par les filles et les garçons et les supports utilisés pour jouer. Les filles ont un usage plus scolaire des outils numériques que les garçons. Néanmoins à l’école, elles s’orientent moins vers les enseignements proposant une formation en informatique, comme la filière SI (Sciences de l’Ingénieur). Cela se retrouve dans la très faible orientation des filles vers les écoles d’ingénieur en informatique et puis dans les professions liées au milieu de l’informatique (moins de 30%). L’image sociale du geek et du hacker, voir du programmeur, est un adolescent, puis un homme adulte jeune.

 

Sur le plan de la classe sociale, il est possible de constater que les familles n’ont pas le même rapport aux outils en fonction de leur milieu. Les familles des milieux populaires ont un usage qui est davantage ludique et commercial de l’outil informatique. En dehors des consommations de divertissement, il est plus probable que les parents de classe moyenne supérieure aient un usage professionnel des outils informatiques. Les familles de classes moyennes supérieures se caractérisent en outre par un contrôle plus grand du temps passé sur les outils numériques de leurs enfants et des pratiques d’accompagnement des usages.

 

 

Recommandations pour l’équité

 

Paul Gorski, dans un article de 2009, insiste sur les préconisations relativement à l’équité numérique:

 

“Premier objectif: Il ne faut jamais écrire, parler, ou encourager le développement de liens entre l’éducation et la technologie sans une reconnaissance multiculturelle (1) des inégalités numériques. Par exemple, nous devons reconnaître que les usages innovants des technologies en éducation multiculturelle sont innovants seulement pour les gens qui ont un accès à internet au sens large.

 

Deuxième objectif: Nous devons refuser de plaider pour le rôle croissant des ordinateurs et de l'Internet en l'éducation jusqu'à ce que tous les enseignants, quelle que soit la composition des élèves, avec lesquels nous travaillons, soient formés pour intégrer ces technologies de manière pédagogiquement progressiste.

 

Troisième objectif: Nous devons discuter des inégalités numériques, non comme des phénomènes individuels, mais comme les symptômes d'inégalités systémiques. Et nous devons remettre en question les stratégies visant à "combler" la fracture numérique qui ne prennent pas en considération les inégalités numériques à partir d’une analyse large du contexte social.

 

Quatrième objectif: Nous devons défendre l’existence de prix encadrés sur les ordinateurs, logiciels éducatifs, l'accès à Internet, et les nouvelle technologies.

 

Cinquième objectif: Nous devons encourager les systèmes scolaires à nommer dans chaque école des spécialistes de pédagogie numérique. Et nous devons insister pour que ces spécialistes soient des éducateurs formés, et non pas seulement des techniciens ou des professionnels de l'informatique.

 

Sixième objectif: Nous devons refuser de faire connaître les portails Web populaires tels que Yahoo! jusqu'à ce qu'ils fournissent davantage de contenus dans d’autres langues que l’anglais.

 

Septième objectif: Nous devons critiquer publiquement l'idée que le progrès technologique est nécessairement synonyme de progrès social, culturel et humaniste, ce que Smith (1994) et M. Jackson (2007) appellent le «déterminisme technologique”. Et nous devons étudier davantage et produire une connaissance plus profonde des relations entre le progrès technologique, la mondialisation, l'entreprenariat, l'impérialisme, et d'autres moyens de pouvoir et de concentration des privilèges.

 

Huitième objectif: Enfin, et surtout, comme avec tout le travail que nous appelons éducation multiculturelle, nous devons nous être vigilant à transcender et à valoriser la diversité, au-delà à favoriser la connaissance des différentes cultures, et nous demander, nous comment pouvons utiliser ces technologies pour faire avancer la cause de l'équité et de la justice sociale dans les écoles et la société.”

 

(1) Paul Gorski prône une perspective critique dans l’éducation multiculturelle, dont il se plaint de la dépolitisation.

 

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