Norme scolaire, neurodiversité et aliénation cognitive

 

 

La norme scolaire impose des standards de fonctionnement cognitif et de rapport au savoir. Ces standards montrent que l’échec scolaire n’est pas lié à des incapacités des élèves en soi, mais peut être dû à un desajustement entre le rapport au savoir des élèves et la norme scolaire.

 

Elèves intellectuellement précoces (EIP): de quelle normativité scolaire sont-ils le nom ?

 

Au-delà de s’interroger sur la validité des tests de QI, ce qui peut être intéressant, c’est de se demander que révèle cette catégorie sur le fonctionnement du système scolaire.

 

La catégorie d’EIP désigne des élèves qui se caractériseraient par une sur-efficience intellectuelle. Or en dépit de capacités intellectuelles remarquables, une partie de ces élèves est en échec scolaire.

 

La catégorie EIP fait donc apparaître que le système scolaire peut fonctionner en mettant en échec scolaire des élèves dont la difficulté ne réside pas comme l’idéologie du don l’affirme dans un manque de capacités intellectuelles personnelles.

 

Le système scolaire mettrait en échec ces élèves parce qu’ils ne seraient pas adaptés à leur fonctionnement cognitif.

 

Rapport au savoir dans la norme scolaire et aliénation cognitive

 

Néanmoins, il est possible de faire une expérience de pensée qui permet de réfléchir au type de rapport au savoir défini par la norme scolaire.

 

Imaginons un-e élève qui n’aurait que des buts de maîtrise et non des buts de performance. Cet élève s'intéresserait à maîtriser des savoirs en profondeur et non pas à avoir des bonnes notes.

 

Il est fort probable qu’un-e tel-le élève soit qualifié d’ascolaire et orienté vers des filières dites de “relégation scolaire” car cet élève ne se plie pas au “jeu scolaire”.

 

Cela peut conduire à penser que ce qui se joue dans le cadre scolaire n’est pas uniquement l’acquisition de savoirs, mais la capacité à restituer ces savoirs à travers des formes standardisées qui sont imposées par le système scolaire.

 

L’objectif est d’obtenir une capacité de conformation de la force de travail cognitive à des cadres externes qui lui seront imposés dans le système productif. Le système scolaire évalue donc la capacité des individus à s’adapter à des règles “arbitraires” qui lui sont imposés de l’extérieur. C’est cette capacité d’adaptation qui est qualifiée d’intelligence. Le manque de capacité à s’adapter serait la marque d’un manque d’intelligence.

 

Ainsi, un des apprentissages que doit effectuer l’élève consiste au collège à suivre aux attentes différentes de chaque enseignants par exemple en matière de support de prise de cours: cahier petit ou grand, classeur...

 

Le prestige des classes préparatoires ne tient pas seulement dans le fait qu’elles sélectionnent des individus avec un haut niveau académique, mais cela tient au fait qu’elles permettent de sélectionner des individus qui ont une grande capacité à s’adapter aux systèmes de règles arbitraires qu’on leur demande de suivre et d’atteindre un haut niveau de productivité dans un cadre arbitraire donné.

 

Un aspect tout à fait spécifique à la culture scolaire française dans les comparaisons internationales de cette aliénation cognitive est sa culture du silence - les élèves n'osent pas prendre la parole - et la peur de se tromper - qui traduit une peur d'oser prendre des risques. La culture du silence constitue un obstacle à un enseignement moins transmissif, dialogique et critique. La peur d'oser semble entrer en contradiction avec le fait de favoriser l'empowerment des sujets et en particulier celui des minorités discriminées qui souffrent d'un moindre sentiment de confiance personnelle. 

 

Néanmoins, cette force productive devient plus problématique pour le système de production lorsqu’elle se permet également d’interroger le cadre de production de règles. De fait, ce que ni le système scolaire, ni le système économique productif n’acceptent, c’est que l’individu interrogé les règles arbitrairement posées, le cadre qui les produit et désire les changer.

 

Celui qui se permet de se situer à un niveau méta- d’interrogation sur les règles risque de se voir disqualifié. On lui rétorque que ce n’est pas la question, que c’est comme ça et que de toute façon, on ne peut rien y faire. Il faut suivre les règles et jouer le jeu. Il ne s’agit pas de s’interroger sur: pourquoi le jeu fonctionne de cette manière ? quelles sont les conditions sociales qui produisent les règles du jeu ? peuvent-elles être changées pour produire un fonctionnement plus juste ?

 

Interroger les règles du jeu scolaire

 

Interroger les règles du jeu scolaire consiste à les dénaturaliser et les rendre moins évidentes. Tout dans le jeu scolaire n’est après tout qu’une production sociale: elles sont ainsi susceptibles de changer.

 

Ce qui doit attirer le plus l’attention dans le fonctionnement du jeu scolaire: c’est que l’idéologie républicaine affirme que l’école est un système méritocratique qui légitime une distribution équitable des individus dans les places sociales. Mais lorsqu’on regarde le fonctionnement du système scolaire, on constate qu’il ne fait que reproduire le fonctionnement de l’ordre social dominant en reproduisant la domination du groupe social dominant: l’homme “blanc” de classe moyenne supérieure et de classe supérieur, valide, hétérosexuel et cisgenre.

 

ll convient donc d’interroger le fonctionnement du système scolaire pour comprendre comment il parvient à reproduire cette norme par: les règlement intérieurs, les programmes scolaires, les filières d’orientation, le système d’évaluation, les pratiques et les discours des enseignants…

 

 

Dans un second temps, cela conduit à s’interroger sur la manière dont il est possible de lutter contre le fait que le système scolaire fonctionne uniquement comme une chambre d’enregistrement des inégalités et des discriminations sociales. Il s’agit en particulier de se demander comment les enseignants à leur niveau peuvent trouver des marges de manoeuvre pour subvertir le fonctionnement de cette machine à reproduire les normes de domination sociale.  

Écrire commentaire

Commentaires : 2
  • #1

    Maelle (mercredi, 11 janvier 2017 13:46)

    Bonjour, comment est-il possible de contacter l'auteur de cet article dont je ne vois pas le nom, et qui va tout à fait dans le sens de mes recherches en doctorat, avec l'utilisation de termes similaires. Je serais ravie de cette mise en contact.
    Je vous remercie.

  • #2

    Analisa Ogilvie (mardi, 31 janvier 2017 17:54)


    After I initially left a comment I seem to have clicked on the -Notify me when new comments are added- checkbox and from now on whenever a comment is added I get four emails with the same comment. Is there an easy method you are able to remove me from that service? Many thanks!