Métaphores pour une pédagogie critique de l'intersectionnalité

 

 

Publié dans Quaderns de Psicologia, 2014, vol.16, N°1, 55-72.

 

Comment didactiser des savoirs critiques ? C'est la question que se pose dans cet article Raquel (Lucas) Platero Mendez avec la notion d'intersectionnalité. Elle s'inscrit dans une approche déjà proposée auparavant par Paulo Freire : à savoir produire des métaphores pour rendre accessible des théories complexes. On peut remarquer qu'il s'agit d'ailleurs d'un ressort souvent utiliser dans la vulgarisation en physique : par exemple la comparaison de la théorie expansion de l'univers avec un ballon de baudruche que l'on gonfle. De fait, la didactique des savoirs critiques théoriques constitue un des aspects de la pédagogie critique.

 

(NB : l'article est accompagné d'une série d'illustrations que nous ne reproduisons pas, mais qui font partie de l'approche didactique de l'intersectionnalité proposée par l'auteure)

 

[…] Mon activité d'enseignante m'a affrontée à la tâche de rendre accessible le concept d' « intersectionnalité » qui génére des pédagogies critiques autour de la construction des identités, l'articulation de la discrimination et les sources de la résistance dans ce que l'on peut appeler un « enchevêtrement de relations complexes ». […]

 

Avant de discuter la perspective pédagogique, nous allons présenter le concept d'intersectionnalité. Pour définir l'intersectionnalité simplement, on pourrait dire qu'il fait prendre conscience de différentes sources structurelles d'inégalité (ou « organisateurs sociaux ») qui maintiennent des relations réciproques. C'est une perspective qui suggère que le genre, l'ethnie, la classe ou l'orientation sexuelle, comme d'autres catégories sociales, loin d'être « naturelles » ou « biologiques » sont construites et sont en interrelations. Il ne s'agit pas tant d'énumérer et de faire une liste interminable de toutes les inégalités possibles, une espèce de « jeux Olympiques de l'inégalité » (oppressions olympiques) en les superposant les unes derrière les autres, comme dans le fait de se figer dans ces manifestations et ces identités qui sont déterminantes dans chaque contexte, mais de montrer comment elles sont incarnées par des sujets pour leur donner une signification qui est temporelle. Cela fait allusion à certaines inégalités et « organisateurs sociaux », qui structurent la vie des personnes et qui se perdraient dans un « et cetera » à la fin de la liste. Cet « et cetera » représente l'image effacée d'un sujet politique qui n'est pas évident et qui se construit dans l'action.

 

L'intersectionnalité peut être comprise comme une étude des relations de pouvoir qui inclue également les espaces qui peuvent être signalés comme « abjects » ou « qui appartiennent aux marges » ou qui sont « dissidents ». Cependant, cela sert également à théoriser les privilèges et comment les groupes dominants organisent les stratégies de pouvoir (conscientes ou non) pour préserver leur position de suprématie. Cette définition, cependant, ne montre pas les origines de l'intersectionnalité et son évolution au long du temps, mais elle nous aide à donner un point de départ à la discussion. A partir de là, je présenterai certaines questions fréquentes sur l'intersectionnalité, suivie de certaines représentations métaphoriques qui peuvent être utiles à la pédagogie critique, pour finalement présenter certaines conclusions.

 

Questions incrédules

 

En retournant à la pratique pédagogique, les questions les plus fréquentes peuvent être classées en deux grands thèmes. Pour une part, la croyance de l'impossibilité de l'application pratique de l'intersectionnalité et la question de ce à quoi peut parvenir un ensemble méthodologique si divers (sic). Un second type de questions met en évidence une véritable difficulté pour aborder la complexité que suppose le concept de l'intersectionnalité au-delà de la notion intuitive de « double discrimination », et ainsi comment comprendre que les identités sont des constructions dynamiques, liées à certains « organisateurs sociaux » et inégalités.

 

En dehors de cette dualité, apparaissent d'autres voix qui s'interrogent sur si l'intersectionnalité est une perspective novatrice, sans connaître l'histoire des mouvements sociaux critiques des années 60 et 70 du siècle dernier. Face à ce courant, apparaissent d'autres voix qui affirment que l'intersectionnalité peut être une proposition qui risque de se démoder.[…]

 

J'ai aussi rencontré des gens qui m'ont dit parfois que l'intersectionnalité était une « proposition de l'élite » (sic). Ces affirmations décontextualisent la nécessité critique qu'ont rencontrés et que vivent encore les personnes face au manque de reconnaissance de leur situation personnelle intersectionnelle, comme le processus de réflexion lié à l'empowerment. Cela fait allusion aux personnes qui peuvent être situées dans des espaces minoritaires, depuis ceux qui font face aux normes sociales dominantes, ou pour le moins qui s'affrontent à un coût personnel et social important.

 

Peut-on l’opérationnaliser, ou est-ce seulement une théorie ?

 

La première question à laquelle il est fait allusion auparavant face aux questions les plus fréquentes, est d'ordre méthodologique et n'obtient pas une unique réponse, parce qu'il n'y a pas une seule méthodologie pour étudier l'intersectionnalité ( de même, il n'y a pas une seule méthodologie queer, féministe ou anti-raciste). Il existe plusieurs tentatives plurielles de générer des méthodologies critiques qui développent l'intersectionnalité en Espagne. Certaines approches proviennent des théories critiques féministes, antiracistes, sur la diversité fonctionnelle, la sexualité ou les perspectives décoloniales. Se sont des approches où l'on a dépassé la question de s'il existe « une recherche féministe » ou s'il y a un ensemble pluriel d'approches à cet effet, en optant pour cette dernière. D'autre part, il y a des approches qui essaient d'identifier des privilèges, ou bien des sources d'exclusion sociale, l’interaction entre inégalités sociales, les absences et les problèmes que l'on étudie par exemple […]

 

Dans mon propre travail, l'intersectionnalité se transforme en une méthodologie, non seulement pour l'analyse du discours où apparaissent certains concepts (ainsi comme le fait de mentionner différentes inégalités réciproques), mais également par le fait d'identifier au moins quatre clefs qui sont :

1) examiner de manière critique les catégories analytiques avec lesquelles nous interrogeons les problèmes sociaux

2) les relations mutuelles qui se produisent dans les catégories sociales

3) l'invisibilité de certaines réalités qui deviennent inconcevables

4) et la position située de celui qui interroge et construit la réalité qui est analysée.

 

Si on prend les premières propositions, cela fait allusion à l'exploration des catégories analytiques avec lesquelles nous construisons la réalité, car pour le moins il existe de faux consensus sur ce que l'on veut dire. Par exemple, si on prend la perspective de la sexualité et des relations de genre : qu'implique la catégorie de femme ? Inclue-t-elle les transexuelles et les lesbiennes ? Fait-elle allusion à celles qui sont encore des enfants ou qui ont plus de 65 ans ? La diversité fonctionnelle dessine-t-elle ce que signifie être femme ? La classe sociale modifie-t-elle les expectatives sociales à propos du fait d'être femme ? [….]

 

Nous interroger sur les catégories implique de questionner la naturalisation de l'existence d'un sujet hégémonique que, pour le moins, il s'agit d'analyser et de mettre en évidence. Il s'agit d'argumenter qu'il ne s'agit pas de processus « naturels », mais de processus sociaux et culturels qui nous amène à nous questionner sur les catégories que nous utilisons quotidiennement et d'analyser ce qu'elles signifient. En prenant les catégories concrètes, la tâche consiste à comprendre quelles significations implicites renferment ces substantifs qui peuvent privilégier un groupe au sein de cette catégorie. Je suggère que nous ne pouvons pas continuer à utiliser les catégories en pensant qu'il existe un consensus sur leur sens, mais que nous devons rendre concret ce qu'elles signifient ou pour le moins montrer les « faux consensus », en nous intéressant à ce qui naturalise et se donne pour un fait établi (L'idée de femme implique-t-elle nécessairement son hétérosexualité?). Ainsi, on met en évidence que ces catégories ne sont pas aussi monolithiques et universelle qu'on le prétend. Dans ce processus, on met en évidence que les identités ne sont pas établies et fixes comme nous le pensons et qu'elles doivent être comprises en lien avec d'autres formes de structure d'inégalité. Par exemple, nous ne nous fixons plus sur le fait qu'une personne soit transsexuelle ou qu'elle soit gitane, mais comment le fait d'être gitane ou transsexuelle entre en relation avec la classe sociale, l'âge ou le désir, générant certaines opportunités incarnées dans une personne concrète. Nous pouvons identifier les formes dans laquelle la discrimination se matérialise (Quelles exclusions produisons nous lorsque nous utilisons la catégorie de femme dans les politiques de l'égalité?). Dans ce sens, pour mettre l'intersectionnalité en pratique autour de la sexualité non normative, il peut être utile de penser à partir de ces questions :

 

- Dans un environnement social et historique donné, quelle identités et catégories sociales surgissent ? Quelles sont les relations entre ces catégories et les identités ?

 

- Comment se construisent les rôles de genre ? Quelles sanctions existent quand on produit une transgression dans la prescription de ces rôles ?

 

- Comment se construisent les identités et les groupes sociaux dans ce contexte ? Quelles relations de pouvoir et hiérarchies on établie ? Quelles conséquences cela a sur les personnes ?

 

- Certains groupes de personnes vivent une plus grande exclusion que le reste. Quels motifs sociaux et historiques soutiennent cette situation ? Comment on perçoit ces personnes qui manifestent des identités de genre alternatives à la normativité ou qui se montre avec des aspects et des attitudes distinctes de celles prescrites socialement ?

 

- L'orientation du désir se perçoit comme une catégorie pertinente dans cette société ? De quelle manière on construit et nomment ces personnes qui ont des relations affectives et sexuelles avec des personnes du même sexe ?

 

- Quelle relation il y a entre différentes formes d'organisation sociale et les catégories sociales ?

 

- A-t-on identifié les besoins des groupes les plus discriminés de cette société ? Ont-ils la possibilité de faire passer leur demande au reste de la société ? Existe-t-il des études ou des données à leur sujet ?

 

- Existe-t-il des formes d'auto-organisation de ces personnes exclues ?

 

- Existe-t-il une intervention sociale publique ou privée concernant les besoins de ces personnes ? Quelle type d'action ? Quelles effets ont-elles ?

 

- Existe-t-il des privilèges pour certains groupes de personnes au sujet de l'accès aux ressources ou à la représentation par exemple ?

 

- Existe-il des lois, des politiques et des cultures organisatrices qui privilégient ou excluent des personnes concrètement ? La sexualité, l'expression, la forme de relation ou l'identité de genre sont-elles une part de cette exclusion ou un privilège ?

 

Cela est seulement une suggestion de questions qui peuvent en inspirer d'autres, en vertu de chaque logiques et nécessités propres à chaque contexte et nécessité.

 

Par ailleurs, nous passons à la question clef suivante sur l'intersectionnalité, elle surgit de la nécessité de nous interroger sur les relations mutuelles qui se produisent entre les catégories sociales ou les « organisateurs sociaux », qui ne peuvent pas être compris seulement en termes d'exclusion sociale, mais également de privilège, d'agency et d'empowerment. Ce regard dynamique et relationnel est complet dans la mesure où il nous confronte avec les notions moins élaborées de l'identité et des processus sociaux. Et pour une autre part, cela s'oppose avec l'action des mouvements sociaux et des politiques publiques qui ont une histoire en Espagne en construisant les inégalités comme séparées, en facilitant une fiction de l'authenticité, de l’homogénéité et l’a-historicisme des identités. En outre, y compris quand apparaissent des situations identifiables, par exemple, des femmes gitanes ou des femmes avec une diversité fonctionnelle, ce regard atteint les inégalités, mais ne conduit pas toujours à une analyse avec d'autres formes d'inégalité ou d'organisation sociale et la manière dont elles s'articulent ensemble. Cela serait le cas de la classe sociale, de la sexualité, de l'accès à la culture, et d'autres, qui aussi bien pour les femmes avec la diversité fonctionnelle font directement allusions et sont directement imbriquées avec leur possibilités de vie. [...]

 

Certaines métaphores visuelles

 

Dans mon expérience d'enseignante et d'activité, il m'a été particulièrement utile de générer des métaphores visuelles qui accompagnent les différentes propositions théoriques sur l'intersectionnalité. […]

 

Par où commencer ? La simultanéité

 

Habituellement on précise que l'intersectionnalité a trouvé son origine dans le cadre des mouvements sociaux où se dégageait le travail du groupe nord américain « Combahee River Collective » […] qui constitue une référence fondamentale dans l'analyse de la manière dont les différentes formes de discrimination s'entrelacent, ce qui lui a permis d'énoncer cette « simultanéité des oppressions », rendent possible ainsi une analyse qui rompait avec l'homogénéité et unidirectionnalité présente dans la manière d'aborder les mécanismes de subordination. C'est précisément cette idée de simultanéité qui peut refléter le mieux ce commencement, que l'on peut comprendre comme un intérêt pour certaines formes de discrimination qui pourraient être le genre, la classe sociale et la race. Pour une autre part, cette idée de simultanéité fait allusion à la reconnaissance ce certaines inégalités existantes, qui reçoivent une importante attention, tandis que d'autres thèmes restent insensibilisés espérant être reconnus.

 

Ce retour sur l'origine nord américaine de l'intersectionnalité tend à laisser de côté l'activisme des féministes socialistes et marxises, qui ont conceptualisées les systèmes duaux. C'est à dire que parallèlement au Combahee River Collective on discutait l'interrelation entre le patriarcat et la classe sociale, qui discrimine en particulier les femmes. Ce sont des auteures et des activistes qui ont réalisées un « double activisme » aussi bien dans les syndicats, les partis et les organisations qui critiquent l'oppression de la classe travailleuse, en même temps qu'elle participent aux idées et aux organisations féministes qui dénoncent l’oppression des femmes. Il est également certain que ces féminismes marxistes et socialistes, habituellement, n'ont pas tenus compte du racisme et des besoins des femmes noires. Cet oubli de l'importance de la race (mais également de la sexualité non normative) dans la théorie de l'intersectionnalité gagne de l'espace au fil du temps. A mesure que nous approchons du moment actuel, cela a pris fin y compris dans les politiques publiques, mais en dé-radicalisant sa compréhension.

 

Comment peut-on présenter ces notions de simultanéité et de systèmes duales ? Peut-être, cela pourrait être quelque chose à mis chemin entre une poupée russe (dont les différentes couches font allusion à la classe, au genre ou à la race, […]) ou des ensembles superposés avec des aires communes qui pourraient être représentés par des diagrammes de Venn comme ceux que l'on étudie à l'école primaire. Ces images communes ne peuvent pas aider à comprendre toute la potentialité didactique de ces propositions initiales qui font allusion à ces concepts assez intuitifs comme la simultanéité et l'attention privilégiée à trois formes concrètes d'inégalité, comme le fait de visibiliser certains effets non désirés que certaines représentations contiennent et qui conduisent à ce que l'on propose de nouvelles approches comme on le verra.

 

Les croisements de Kimberle W Crenshaw

 

Depuis les débats des mouvements sociaux des années 1970, le second pas important, c'est comment l'université a ré-élaboré la notion de simultanéité des oppressions pour les concevoir comme des croisements d’oppression. Kimberlé Williams Creenshaw a théorisé l'intersectionnalité comme une manière d'étudier les expériences des femmes noires avec un intérêt concret sur les interaction entre la race et le genre. Il s'agissait d'aller plus loin que les politiques identitaires, qui souvent ignorent ou minimisent les différences entre les groupes, qui ont un regard mono-factoriel sur les discriminations. Il ne s'agissait pas d'un paradigme globalisant des identités, mais un regard complet qui prend en compte les stratégies de résistance et d'oppression des femmes. Elle a dénoncé que ni le féminisme, ni le mouvement antiraciste n'avaient été capables d'aborder les besoins des femmes noires. De fait, son regard intersectionnel permet que nous examinions l'impact de ces politiques qui sont conçus pour des « collectifs », des minorités ou des « groupes identitaires casi-ethniques », construits sur la base d'une inégalité individuelle, que ce soit le genre, la sexualité, la classe, la migration ou autre.

 

L'image que propose Crenshaw évoque l'image de l'intersection, la croisement de chemin, qui devient une représentation très éloquente et didactique pour comprendre la multiplicité des identités et les possibilités non seulement d'exclusions, mais également d'agency d'une personne ou des groupes sociaux déterminés. A partir de ce regard sur le croisement surgissent des questions : y-a-t-il des inégalités plus importantes que d'autres ? Certaines sont-elles plus structurantes ou mineures …. Et ainsi c'est lié à l'idée que les personnes sont organisées en « collectifs », « minorités » ou « secteurs » : quelque chose qui peut être utile pour les politiques publiques et les mouvements sociaux.

 

Cependant, avec le temps, cette image peut nous conduire à penser de manière erronée que ces catégories sociales (par exemple race, ethnie, classe sociale, genre, sexualité, capacités, entre autres) existent antérieurement dans le sujet et qu'elles sont indépendantes les unes des autres. D'une certaine manière, les indicateurs de ce carrefour représente différents lieux préfixés, antérieurs au sujet qui doit choisir entre eux, comme si en outre les choix n'avaient pas des conséquences différentes (on accepte mieux certains choix que d’autres : être hétérosexuel, blanc, monogame…)

 

Cette notion de croisement nous conduit également à penser qu'il est nécessaire de consolider une identité comme première étape pour pouvoir commencer une action politique comme l'affirme les politiques identitaires. Cependant, ce n'était pas la proposition que voulait faire Crenshaw avec sa théorie quand de fait elle nous invite à déstabiliser les idées essentialistes sur l'identité. D'un autre côté, dans la discussion sur s'il est nécessaire de ne pas faire des politiques identitaires pour parvenir à ces objectifs politiques, surgit également l'idée que le sujet se construit à travers l'action politique, mettant en avant que l'on n'a pas besoin d'un sujet préexistant.

 

Certaines personnes ont compris la proposition de l'intersectionnalité comme un effort pour montrer l’existence et l'impact des différentes inégalités face aux résistances des personnes qui les nient. Cependant, cet effort se présente presque comme s'il y avait un effet consistant à additionner les inégalités les unes autres […] Cette idée des différentes inégalités que l'on ajoute les unes aux autres conduit à la discussion sur l'importance que prend chaque inégalité face aux autres, établissant une certaine hiérarchie, y compris avec la notion de « jeux olympique de l'inégalité ». Un autre exemple, serait l'illustration sur les privilèges où l'on additionne et on enlève des points en fonctions d'une série de catégories donnée qui offre un résultat au sein d'un continuum de privilèges (Chart : How privileged are you ? 2012 . [URL : http://www.blameitonthevoices.com/2012/10/chart-how-privileged-are-you.html ]) .

 

La discrimination multiple

 

Un regard critique sur les notions de double ou de triple discrimination, nous a conduit à conceptualiser comme une intersection de type additionnelle ou monofocale […] qui peu à peu à laisser place à une nouvelle approche : « la discrimination multiple » ou les « inégalités multiples ». Cette perspective devient plus dynamique, en considérant que ce n'est pas une seule cause de discrimination, mais un enchevêtrement d'interrelations qui façonnent les expériences complexes des personnes et les structures sociales qui organisent nos vies.

 

Son objectif est de transcender le pouvoir descriptif et sommatif lié au fait de rendre compte de discriminations traversant un sujet, un type de liste interminable d'inégalités pour se concentrer sur comment chacune des expériences d'une personne est le fruit de l'interrelation de beaucoup de structures socialement construites. L'image la plus évocatrice de ce regard serait littéralement l'enchevêtrement [...], une figure qui tridimensionnelle fait rupture avec les binarismes et les regards linéaires et qui permet d'introduire une complexité nécessaire pour concevoir aussi bien les identités que les privilèges.

 

Cette notion de discrimination multiple est celle qui fait partie des politiques publiques tant au niveau européen qu'étatique, spécialement en ce qui concerne le handicap. Cette entrée s'est faîte au prix de ne pas expliciter son lien avec l'intersectionnalité qui est liée à une critique raciale importante. Cela se présente comme un regard aimable sur l'inclusion de la diversité présent dans la société, dans quelque chose que l'on pourrait appeler ironiquement le « syndrome YMCA » [allusion à la chanson du groupe Village People].

 

Régulièrement on oublie que l'intersectionnalité surgit comme une théorie critique depuis les mouvements sociaux anti-racistes et féministe, de manière que les discours académiques (et légaux) tendent a neutraliser les apports des mouvements sociaux plus critiques. Parfois ce langage inclusif dans lequel apparaît le terme intersectionnalité est seulement rideau de fumée rhétorique qui cache l'absence d'une analyse intersectionnelle qui es remplacée par une représentation de la diversité. [...]

 

[L'auteure continue son texte en examinant d'autres propositions théoriques concernant l'intersectionnalité et de manière de les représenter sous une forme visuelle]

 

Quelques remarques conclusives

 

[…] Dans le cadre d'une pédagogie critique, il est important de respecter cette vocation transformatrice, en se méfiant des visions commodes et aimables de l'intersectionnalité pour revenir à ses origines radicales qui appellent à repenser les simultanéités, les croisements et les silences, les relations de pouvoir, les privilèges et l'empowerment.

 

Connaître les différentes propositions théoriques et également comment les représenter peut aider à comprendre les généalogies de la pensée critique, en offrant une série de connaissance qui peuvent être utiles pour l'activisme, la pratique enseignante et la politique. Cela peut contribuer à ne pas réinventer la roue à chaque assemblée, débat ou relecture de textes du black feminism, par exemple en contribuant à continuer à ajouter de nouvelles avancées théoriques que l'on peut insérer dans un contexte de résistance globale.

 

 

Finalement, je voudrais rappeler que les métaphores que j'ai présenté sont seulement une manière de stimuler et de partager une expérience pédagogiques concrète, avec la volonté de connecter beaucoup d'autres manières de rendre accessible des concepts complexes et de disséminer les idées critiques. Dans ce sens, je désire que cet article soit une base pour espace ouvert au débat sur comment enseignons nous et diffusons nous nos idées critiques.  

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