Les finalités de l’enquête en sciences sociales

 

 

Il est possible de distinguer des finalités différentes aux enquêtes en sciences sociales. Selon les finalités recherchées, les méthodes privilégiées seront différentes.

 

1- Finalités

 

a- La finalité descriptive

 

Le but de l’enquête consiste à décrire un phénomène avec le plus de précision possible.

 

C’est la voie privilégiée par l’anthropologie descriptive.

 

Dans ce cas, l’une des méthodes privilégiées est l’enquête ethnographique. L’enquêteur tient un journal ethnographique où il consigne avec le plus de précision ses observations. Pour gagner en objectivité, il peut privilégier les méthodes de comptage: durée, nombre de participants, récurrence des activités durant le phénomène…

 

Référence: Peneff Jean, Mesure et contrôle des observations dans le travail de terrain. L’exemple des professions de service, In: Sociétés contemporaines N°21, 1995. Les mondes des jeunes. pp. 119-138, - www.persee.fr/doc/socco_1150-1944_1995_num_21_1_1423.

 

b- La finalité modélisatrice

 

Cette description peut de manière plus élaborée prendre la forme d’une modélisation, d’une organisation ou de comportements par exemple.

 

La modélisation peut consister à décrire les logiques d’action. Il est possible par exemple d’utiliser des méthodes expérimentales comme le breaching (perturbation d’une routine) pour pouvoir mettre à jour l’existence de cette routine.

 

c- La finalité compréhensive

 

L'enquête cherche à comprendre le sens que les acteurs attribuent aux phénomènes, à leurs actions ou à celles des autres. C’est la sociologie compréhensive théorisée par Max Weber.

 

Dans ce cas, la méthode privilégiée est l’entretien qualitatif. Il peut aller du questionnaire à questions ouvertes à l’entretien clinique, en passant par l’entretien semi-directif.

 

Afin d’objectiver l’analyse d’un corpus qualitatif (entretiens, textes…), on procède à un codage d’éléments sélectionnés dans le corpus (https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/657490/filename/Pages_33-46_-_Ayache_M._Dumez_H._-_2011_-_Le_codage_dans_la_recherche_qualitative._-_Libellio_vol._7_nA_2.pdf )

 

d- La finalité explicative

 

Dans l’enquête explicative, il s’agit de pouvoir d’établir l’existence de corrélations entre deux phénomènes et, au-delà, d’essayer de produire des explications. C’est la sociologie explicative théorisée par Emile Durkheim.

 

La méthode privilégiée est statistique. Elle vise à établir, à partir de questionnaires à questions fermées administrés à un échantillon représentatif ou aléatoire, des informations à partir desquelles il est possible d’établir des statistiques et des corrélations statistiques.

 

Il est possible d’effectuer une analyse quantitative de données qualitatives (de textes, d’entretiens) à partir de logiciels d’analyse de contenu.

 

Lorsque ces corrélations apparaissent comme significatives, et pas seulement liées au hasard, d’établir un lien de causalité et d’établir le mécanisme de causalité.

 

Référence: Méthodes quantitatives- http://ute.umh.ac.be/methodes/partie4.htm

 

e- La finalité déconstructionniste

 

La finalité déconstructionniste de l’enquête en sciences sociales vise à montrer comment un fait a été socialement construit et ne relève pas d’une essence transhistorique ou d’une réalité naturelle biologique. Elle vise à montrer qu’il s’agit d’un fait social.

 

Cette visée déconstructionniste peut être établie par des méthodes diverses telles que l’étude historique, l’ethnographie ou l’analyse statistique.

 

2- La montée en force de la finalité évaluative

 

a- La finalité évaluative

 

La finalité évaluative consiste à tester un phénomène de manière à vérifier son efficacité.

 

La méthode est d’ordre expérimental. Il s’agit de construire des groupes comparables et de comparer, à partir d’un groupe test, l’effet d’une dispositif.

 

Référence: Philippe ZAMORA, « La méthode d’évaluation aléatoire : apports et limites », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], #11 | 2011, mis en ligne le 01 décembre 2013, consulté le 04 août 2016, URL : http://traces.revues.org/5321 ; DOI : 10.4000/traces.5321.

 

b- L’influence des nouvelles politiques publiques

 

La montée en force de ces méthodes est en lien avec les nouvelles politiques publiques liées à l’introduction de normes issues du management privé. Celles-ci se caractérise en particulier par une tendance renforcée à l’évaluation quantitative de la réalité (cette tendance à l’évaluation s’est par exemple accrue dans le travail: Christophe Dejours, L’évaluation du travail à l’épreuve du réel. Critique des fondements de l’évaluation, Paris, INRA Editions, 2003).

 

c- Les limites de la démarche d’évaluation

 

Il existe plusieurs limites épistémologiques à la démarche d’évaluation:

  • La tendance à produire des évaluations sur des phénomènes qui sont difficiles à conceptualiser clairement. On peut donner l’exemple des test de QI. Ceux-ci sont largement utilisés, mais sans que l’on sache exactement ce qu’ils mesurent. En effet, pour pouvoir prétendre mesurer l’intelligence encore faudrait-il avoir un concept clair de ce qu’est l’intelligence.

  • L'introduction de valeurs implicites dans l’évaluation. En effet pour pouvoir évaluer, par exemple, l’efficacité d’un dispositif, il faut effectuer des choix axiologiques sur la finalité du dispositif. Tel dispositif est efficace pour produire tel effet.

  • Enfin, une fois l’efficacité d’un dispositif évaluée, il faut juger de la pertinence de sa mise en application. Le jugement d’efficacité ne suffit pas à contenir l’ensemble des enjeux qui se posent lors de la mise en place d’un dispositif. Il serait peut être efficace d’euthanasier les personnes âgées pour réduire le problème du vieillissement de la population, mais on peut douter que l’efficacité de cette mesure soit suffisante.

 

Annexes: Quelques types de raisonnement en sociologie

 

a- Le raisonnement fonctionnaliste

 

Il cherche à mettre en évidence la fonction sociale d’une institution.

 

b- Le raisonnement intentionnaliste

 

Il prête telle ou telle intention aux acteurs pour dégager le sens de leurs propos ou de leurs actions.

 

c- Le raisonnement explicatif

 

Il cherche à établir la cause sociale d’un phénomène.

 

d- Le raisonnement structuraliste

 

Il met en lumière l’existence d’homologies structurales entre différents phénomènes. Le sens apparaît par la mise en évidence de ces structures qui organisent la réalité.

 

e- Le raisonnement dialectique

 

Il cherche à mettre en évidence les conflits et les contradictions qui s’expriment dans le social.

 

 

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