La fonction de maintien de l'ordre de l'enseignant

 

 

Dans la forme scolaire, les enseignants sont des agents de maintien de l'ordre : ils doivent maintenir la discipline dans leur classe et maintenir l'ordre social en triant et en sélectionnant les élèves. Le mystère de l’école est de comprendre comment un espace conçu pour reproduire l’ordre social parvient parfois à produire de l’émancipation ?

 

Faire la police

 

Les enseignants se plaignent parfois du fait qu'ils ont l'impression de passer plus de temps à faire la police qu'à enseigner alors qu'ils voudraient accorder plus de temps aux apprentissages.

 

L'éducation libertaire et les pédagogies qui en ont été tirées avaient pour objectif d'essayer de penser une éducation qui abolisse la fonction policière de l'enseignant. Mais ces pédagogies, pour cela, doivent remettre en question la forme scolaire, par exemple l'obligation d'assiduité.

 

De fait, l'enseignant dans le cadre scolaire, peut difficilement remettre en question cette fonction qui lui est attribuée. D'où l'intérêt chez certains enseignants des méthodes de discipline positive. Ces méthodes intéressent également le management patronal. En effet, elles visent à faire en sorte que le sujet accepte de manière non-conflictuelle de se plier à l'ordre disciplinaire. La capacité de récupération des nouvelles idées par le capitalisme tient à ce que sa devise pourrait être: “il faudrait que tout change, pour que rien ne change” (Tancredi, Le Guépard). L’apparent progressisme du libéralisme économique masque un conservatisme social.

 

Ces pédagogies ne visent principalement qu'à adoucir l'ordre carcéral de l'école.

 

On assigne à l'école le rôle de socialiser les élèves. Il est bien prétentieux d’affi cela : un élève qui n'irait pas à l'école ne finirait pas comme un être profondément asocial.

 

En revanche, la forme scolaire a pour fonction d'habituer l'élève aux contraintes du travail salarié : horaire régulier, charge de travail, obéissance à des ordres…

 

L'école maternelle a principalement pour fonction d'habituer l'élève à l'ordre disciplinaire de l'école et ainsi, à le préparer au mieux à cet ordre pour la suite de ses apprentissages. C'est le devenir élève.

 

Le réel moyen de remettre en question l’ordre de disciplinaire que construit l’école, c’est en stimulant l’esprit critique des élèves. L’esprit critique consiste à leur apprendre à discerner lorsqu’il est légitime d’obéir à une règle sociale et lorsqu’il est légitime de la contester.

 

Reproduire les inégalités sociales

 

La seconde fonction de maintien de l'ordre des enseignants, c'est la reproduction des inégalités sociales, en particulier, de sexe et de classe sociale.

La forme scolaire française fonctionne comme une chambre d'enregistrement des inégalités sociales : elle sélectionne les élèves et les trie, principalement en fonction de leur origine sociale, en dépit d'une apparente compétition méritocratique.

 

S'il est illusoire pour un enseignant de vouloir lutter individuellement contre l'ordre disciplinaire de la forme scolaire, en revanche, il lui appartient d'essayer de tenter de subvertir l'ordre de la reproduction des inégalités sociales.

 

Pour cela, il doit mettre en œuvre un répertoire de tactiques qui lui permette de mener une micro-guerilla contre la reproduction de l'inégalité scolaire. Cette micro-guerilla vise à subvertir l’ordre scolaire et à instiller un esprit de révolte face aux injustices produites par les inégalités sociales. L’enseignant se situe au niveau de ce que Scott a appelé l’infrapolitque.

 

L’étude de cette infrapolitique de l’ordre scolaire peut être saisie par une microsociologie de la classe à travers des observations ethnographiques: comment l’enseignant reproduit l’ordre scolaire, comment l’élève résiste à la forme scolaire, comment l’enseignant tente de subvertir l’ordre scolaire...

 

Ce qui est attendu de l’enseignant, c’est qu’il dote les élèves des compétences nécessaires à leur employabilité (socle commun), mais sans aller jusqu’à leur donner les moyens de critiquer les inégalités sociales et de les combattre. Mais il n’en demeure pas moins que le fait d’apprendre à lire ouvre des possibilités d’émancipation qui s’avèrent parfois capables d’échapper à la logique sociale de la reproduction de la domination.

 

Il en va de même de ce qui est attendu de l’enseignant: il ne s’agit pas de lui donner les moyens de combattre les inégalités sociales, mais simplement de faire en sorte que les élèves acceptent l’ordre social tel qu’il est: apprendre à devenir élève, fournir une culture commune, mettre en avant le discours sur la laïcité plutôt que la question sociale.

 

 

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