La pensée critique selon Proudhon

La pensée critique selon Proudhon

 

Proudhon est un des grands penseurs critiques du XIXe siècle qui exercent une influence importante dans la politisation du mouvement ouvrier de leur époque. Nous nous attacherons ici à éclairer quelques aspects de la manière dont Proudhon conceptualise dans son oeuvre la pensée critique.

 

Dans différents textes, Proudhon effectue une analyse philosophique de ce qu’est la pensée critique.

 

La pensée critique telle qu’elle apparaît chez Proudhon est une pensée dialectique.

 

Le caractère dialectique de la pensée critique doit être mis en lien avec plusieurs dimensions de son oeuvre:

  • Tout d’abord, la conflictualité est une hypothèse ontologique de la réalité matérielle et du vivant. Cette hypothèse est en particulier affirmée dans son ouvrage La guerre et la paix.

  • Ensuite, la conflictualité est un fait social. C’est la lutte des classes. Le mouvement ouvrier est en lutte pour la reconnaissance de son égale dignité.

  • Enfin, la conflictualité se manifeste dans le dissensus qui produit la raison collective

 

En élaborant la théorie de la dialectique sérielle, en opposition avec Hegel, il produit une conceptualisation de la pensée critique. La dialectique sérielle consiste à établir:

  • qu’il est possible d’organiser une connaissance de la réalité en dégageant des séries (idée inspirée de Fourrier) qui s’appuient sur des antinomies

  • mais à la différence de Hegel, pour Proudhon, ces antinomies ne peuvent pas se résoudre dans une synthèse

  • elles donnent lieu à une équilibration des contraires. Cette équilibration ne fait pas disparaître, dans une synthèse supérieure et définitive, les contradictions. Celles-ci demeurent présentes, mais se trouvent équilibrées entre elles. Cet équilibre peut être remis en question. La justice constitue ce moment d’équilibre, le déséquilibre produit l’injustice.

 

Remarques:

 

Il est intéressant de remarquer que l’on retrouve également chez le psychologue Jean Piaget l’idée d’équilibration comme moment de construction de la pensée. Chez Piaget, on trouve à l’origine de l’apprentissage un conflit cognitif. L’esprit essaie d’assimiler les nouvelles connaissances. Celles-ci créent un déséquilibre avec les connaissances anciennes avec lesquelles elles sont en rupture. Le conflit est dépassé par une équilibration majorante qui permet de reconstruire un équilibre entre les connaissances antérieures et les nouvelles connaissances. Ce processus s’appelle l’accommodation.

 

On peut se demander par ailleurs si la disparition actuelle de la dialectique dans la pensée, y compris dans la pensée marxiste, ne tient pas, en partie, à une invisibilisation de la conflictualité dans le social. En effet, accepter de penser la réalité sous la forme de la dialectique, c’est accepter de penser la réalité sociale et la pensée sous l’angle de la conflictualité. C’est remettre en question l’existence d’une réalité sociale pacifiée.

 

Proudhon propose un renouvellement de la dialectique hegelienne, non seulement parce qu’il renonce à la thématique de la totalisation, mais également parce qu’il ne met pas l’accent sur l’existence d’une contradiction principale. Il existe une pluralité de série qui s’appuient sur des antinomies.

 

 

Cette dimension dialectique de la pensée est par exemple reprise dans l’entraînement mental, une méthode d’éducation populaire élaborée, par des résistants, durant la seconde guerre mondiale.  

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