La pédagogie entrepreneuriale et Freinet

 

 

Ou pourquoi et comment le centre de formation de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Paris s’interesse à la pédagogie de Celestin Freinet.

 

De l’autogestion coopérative à la pédagogie entrepreneuriale

 

Lorsqu’on regarde les éléments qui composent la pédagogie Freinet, on peut s’apercevoir qu’elle forme les élèves à prendre en charge la gestion d’une activité économique. Avec la pratique du journal de classe, l’élève prend en charge une activité productive de sa conception à sa réalisation. Avec la coopérative et le conseil coopératif, il apprend à gérer l’argent lié aux activités productives qu’il réalise dans le cadre de ces apprentissages.

 

Le projet de Freinet consiste à construire chez les élèves issus de milieux populaires l’ensemble des compétences qui les rendraient aptes à assumer un jour la gestion d’une société communiste libertaire. Les enfants du peuple ne doivent pas être simplement des ouvriers productifs, mais ils doivent être également en capacité d’autogérer les activités économiques. L’apprentissage doit être coopératif car il s’agit de mettre en place un jour une société basée sur l’économie coopérative. Le mode d’organisation doit être démocratique car les ouvriers devront décider à égalité après s’être débarrassés des patrons et des contre-maîtres. Cette aspiration du monde ouvrier est déjà présente chez Proudhon.

 

Néanmoins, avec l’émergence d’une économie post-industrielle, le management capitaliste commence à récupérer à son compte les idées participatives issues de l’autogestion. Dans l’économie de la connaissance, de nouvelles idées font leur chemin. Il s’agit de faire de chacun un entrepreneur de lui-même. Pour cela, former les élèves par la pédagogie entrepreneuriale serait une bon moyen: leur apprendre par une pédagogie de projet à gérer une entreprise. Afin d’obtenir l’implication plus grande des salariés dans leur activité, le management libéré s’avèrerait une bonne solution. Après l’échec du management participatif, il s’agirait de passer au management coopératif. Ainsi, la pédagogie Freinet semble présenter des caractéristiques avantageuses pour former les élèves aux nouvelles compétences attendues par le monde de l’entreprise dans la nouvelle économie.

 

Ces nouvelles théories du management (management par l’enthousiasme, libéré et coopératif…) semblent porter en elles les illusions d’une libération de la servitude capitaliste. Mais on peut craindre au contraire qu’elles ne conduisent à une nouvelle forme de servitude, que le monde de l’entreprise espère volontaire. En effet, l’on peut craindre que le fait de rechercher un engagement subjectif optimal du salarié dans son travail ne conduise à de nouveaux dégâts peut être encore d’autant plus profonds que l’individu se sera engagé plus intégralement dans son emploi ou dans son activité au service de l’économie capitaliste. Cette forme de nouvelle servitude est visible chez les intellectuels précaires, chez qui l’engagement vocationnel côtoie l’acceptation d’horaires de travail sans limites, de flexibilité… à un coût modique, par passion pour son activité.

La notion de compétence dans le monde de l’entreprise s’associe à l’idée d’un salarié hyperflexible dont la valeur reposerait sur ses savoirs-faire et ses savoirs-être. Dans le monde de l’économie de la connaissance, toutes les connaissances sont sur Internet, il ne serait alors plus besoin de les maîtriser. Il suffirait d’avoir appris à apprendre. Ensuite, ces savoirs-faire et ces savoirs êtres transversaux seraient transférables dans n’importe quel secteur indépendemment de son contenu. Néanmoins, la psychologie cognitive vient quelque peu limiter ce rêve de transférabilité universelle: en effet, un expert se caractérise par la quantité de ses connaissances structurées dans un domaine et elles sont peu transférables à d’autres domaines.

 

La pédagogie Freinet comme pédagogie critique

 

Il est certain que si l’on veut rester fidèle à l’esprit communiste libertaire initial de la pédagogie Freinet, celle-ci ne peut être considérée uniquement comme un ensemble de techniques d’apprentissage de la démocratie et de la coopération.

 

Il faut qu’elle soit mise en oeuvre comme une pédagogie critique. C’est-à-dire une pédagogie qui:

  • s’appuie sur les connaissances issues des sciences sociales critiques pour analyser la société

  • qui développe les capacités de critique, de résistance au conformisme de groupe et de désobéissance à l’autorité injuste

  • qui s’appuie sur les analyses des sciences sociales critiques pour penser des projets de transformation sociale.

 

Conclusion:

Il est à la mode aujourd’hui de favoriser par des pédagogies de projet les capacités de créativité et d’engagement des élèves en faveur d’un monde meilleur. Ils doivent déterminer des besoins de leur communauté et trouver des solutions originales.

On ne voit que trop comment ces capacités seront dans quelques années mises au service du monde de l’entreprise afin de dégager un profit grâce à des innovations, pour lesquelles on aura trouvé le business model adéquat. Profit qui ira probablement enrichir une minorité au détriment de la plus grande majorité de la population

Ainsi, pour que ces compétences ne servent pas qu’à développer l’employabilté, il est nécessaire de développer chez les élèves d’autres axes tels que l’analyse sociale critique.

 

Références:

 

Le préau - Centre de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris - http://www.preau.ccip.fr/

 

Du management participatif au management coopératif:

http://www.creg.ac-versailles.fr/du-management-participatif-au-management-cooperatif

 

Les quatre piliers du management collaboratif

 

http://www.journaldunet.com/management/expert/52542/les-4-piliers-du-management-collaboratif.shtml

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