Les enjeux sociaux de la créativité en pédagogie

 

 

Des analyses sociologiques et économiques ont mis en avant l'importance de la créativité dans nos sociétés. Cela implique des conséquences en termes d'éducation.

 

Classe créative et créatifs Culturels

 

L'économiste Richard Florida a théorisé la notion de « classe créative ». Selon ses analyses, dans les sociétés économiques développées, largement désindustrialisées, c'est de la classe créative que provient la croissance économique.

 

Cette classe créative comprend plusieurs sous-groupes. Une frange de cette classe est constituée par les artistes et ceux qui travaillent dans le domaine de la culture. Une autre portion est constituée par les scientifiques et les chercheurs. Un autre sous-groupe encore est composé par les concepteurs et les programmateurs informatiques.

 

Si l'on accepte une telle thèse, il va de soi que l'enjeu économique devient alors la formation de cette élite économique créative.

 

Cette classe créative recoupe au moins en partie un autre groupe social, celui des créatifs culturels. Ce groupe a été théorisé par Paul Ray et Sherry Anderson. Il joue selon ces deux auteurs un rôle important dans le changement social. Il se caractérise par des valeurs spécifiques : a) l'ouverture aux valeurs féminines b) l'intégration des valeurs écologiques c) l'implication sociétale d) le développement personnel. Dans les sociétés du capitalisme avancé, les créatifs culturels jouent un rôle dans la transformation des idées et des modes de vie.

 

De ce fait, les créatifs culturels ont des conceptions particulières en matière d'éducation. Ils promeuvent des éducations qui s'opposent aux pédagogies traditionnelles : éducation bienveillante et positive, éducation favorisant l'activité et la créativité de l'élève, épanouissement de la personnalité intellectuelle, manuelle et artistique…

 

Le nouvel esprit du capitalisme et la pédagogie

 

Le nouvel esprit du capitalisme, théorisé par Luc Boltanski et Ève Chiapello, se caractérise par la récupération des thématiques de la critique artiste. Le capitalisme par projet est un capitalisme de l'innovation.

 

De fait, le MEDEF, dans son projet de refondation de l'école, met en avant l'importance d'un enseignement actif qui favorise la créativité.

 

Les pédagogies issues de l'Education nouvelle présentent les caractéristiques valorisées par le nouvel esprit du capitalisme : autonomie, méthodes actives, travail en groupe, situation-problème et études de cas, pédagogie par objectif et par projet, auto-évaluation et évaluation par compétence, créativité…

 

Ces méthodes sont souvent utilisées dans la formation professionnelle pour adultes.

 

De fait, les créatifs culturels en promouvant ce type de pratiques éducatives alternatives auprès de leurs enfants, les préparent paradoxalement à intégrer la classe créative.

 

Les pédagogies traditionnelles encore largement utilisées par les enseignants fabriquent des élèves adaptés à la réussite dans les institutions d'élite traditionnelles. Mais elles ne construisent pas les compétences qui sont celles de la classe créative. Cela explique en partie le changement de programme dans l'IEP de Paris, en 2011, avec l'introduction d'un enseignement de projets artistiques.

 

De fait, cela explique pourquoi la bourgeoisie issue de cette classe créative peut se montrer méfiante vis-à-vis des pédagogies traditionnelles et préférer des écoles pratiquant des pédagogies alternatives. Ainsi, cela peut expliquer par exemple le succès des Ecoles Steiner-Wardoff. Les Ecoles européennes, qui accueillent les enfants des personnels des institutions européennes, mettent en œuvre également des pédagogies inspirées de l'Education nouvelle.

 

Compétence de bas niveau et compétence de haut niveau

 

Les travaux sur l'enseignement efficace ont montré que ces pédagogies alternatives n'étaient pas nécessairement les plus efficaces, en particulier avec les enfants des classes populaires. Il faudrait au contraire favoriser des pédagogies explicites. En effet, du fait de la différence de style éducatif des familles, les enfants des classes populaires n'ont pas développé les compétences qui leurs permettent d'être autonomes fassent aux pédagogie de découverte.

 

Les pédagogies explicites sont au contraire efficaces pour l'acquisition des compétences intellectuelles de bas niveau : mémoriser, comprendre, appliquer… D'une certaine manière, il est possible de penser que de telles pédagogies sont adaptées pour des enfants qui sont destinés à intégrer des fonctions d'exécution.

 

Néanmoins, si on considère que l'enseignement doit donner la possibilité également aux enfants des classes populaires de développer des compétences intellectuelles de haut niveau - analyse/synthèse, évaluation critique, créativité – alors se pose le problème de savoir quel type de pédagogie est adapté.

 

Dans une certaine mesure, il est possible de considérer que c'est le projet que s'est donné Célestin Freinet. Il a mis en œuvre un pédagogie nouvelle pour les enfants des milieux populaires. Ce projet s'explique par la finalité de son œuvre. Pour le communiste libertaire qu'est Freinet, il s'agit qu'un jour les enfants des classes populaires soient en capacité d'autogérer eux-même les entreprises en se passant des patrons et de l'encadrement. Ils doivent par conséquent avoir développé les compétences de haut niveau intellectuel qui leur permettent de n'être pas seulement des exécutants, mais également des concepteurs et des décideurs.

 

Bibliographie: 

 

Taddei François, "Former des constructeurs de savoirs collaboratifs et créatifs: un défi majeur pour l'éducation du 21e siècle", OCDE, 2009.

URL: http://cri-paris.org/wp-content/uploads/OCDE-francois-taddei-FR-fev2009.pdf

 

Tremblay Remy et Diane-Gabrielle, La classe créative, un paradigme urbain plausible ?, Presses universitaires de Quebec, 2010. 

 

MEDEF, "Pour une école exigeante, personnalisée et créative", 2012.

URL: http://www.medef.com/fileadmin/www.medef.fr/documents/Ecole/PropositionsMEDEF-Ecole.pdf

 

 

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