Travail et sociétés traditionnelles 


Quelles sont les caractéristiques du travail dans les sociétés traditionnelles ?



I- L’artisan, le paysan et le chasseur


  • Le travail de l’artisan


En faisant du travail de l’ouvrier dans la grande industrie le sujet révolutionnaire, Marx a appuyé sa conceptualisation du travail sur l’activité de fabrication d’objets. Le travail de l’ouvrier constitue la continuité du travail de l’artisan. Mais alors que l’artisan ne produit pas en série, qu’il possède un savoir-faire manuel, qu’il détient ses outils et le fruit de son travail, l’ouvrier est dépossédé de l’ensemble de ces éléments. Son travail est aliéné et exploité. En appuyant sa conceptualisation du travail sur le travail de fabrication de l’artisan, le travail des classes laborieuses accède à une dignité que ne possède pas le travail de l’esclave. En effet, l’artisan (c’est le modèle du compagnonnage) est le producteur d’une oeuvre, voire d’un chef d’oeuvre. Cela rapproche l’artisan d’une autre figure dont il est étymologiquement proche : l’artiste. Le travail de l’ouvrier est un travail créatif comme l’est celui de l’artiste. L’artisan transforme la matière première naturelle afin de créer un objet artificiel.


  • Le travail du paysan


Le paysan peut se servir d’outils fabriqués par l’artisan, mais son activité est autre. A la différence de l’artisan, ce qu’il produit n’est pas un objet artificiel. Le paysan prend soin de la vie végétale et animale afin de la rendre productive par elle-même.

Néanmoins, le travail de paysan intervient sur cette vie végétale et animale dans la mesure où il effectue une sélection qui conduit à produire des êtres vivants qui sont le produit de l’activité agricole - les cultivars - et le produit de l’élevage - les races domestiques-.


  • Les chasseurs/cueilleurs


Les sociétés de chasseurs/cueilleurs sont des sociétés dont le développement technique correspond à ce que l’on appelle “l’âge de pierre”: absence d’agriculture, de métallurgie, voire de poterie…

Les anthropologues ont en revanche mis en relief le fait que ces sociétés peuvent se caractériser par la maîtrise de savoirs complexes et très élaborés portant sur les taxonomies végétales ou/et sur les représentations symboliques mythologiques. Les deux peuvent d’ailleurs être intimement liées comme dans le totémisme. Celui-ci implique une association entre des êtres humains et d’autres êtres naturels (animaux, végétaux…).

Les sociétés de chasseurs/cueilleurs peuvent être ainsi considérées comme des sociétés qui ont axé leur organisation non pas sur la maîtrise technique de la nature, mais sur le développement d’une maîtrise symbolique. C’est ce que l’on appelle parfois la pensée magique.


II- Le travail domestique


Le travail domestique désigne un ensemble d’activités se déroulant dans l’espace domestique et le plus souvent confié aux femmes: entretien du foyer, pratiques culinaires, éducation des enfants… On peut prendre comme exemple de recension de savoir-faire domestique au XXe siècle le Larousse Ménager de 1926.


Certaines activités de l’économie domestique relèvent de l’économie paysanne: entretien d’un jardin potager, d’animaux de basse-cour... Ces activités sont plutôt mixtes: elles peuvent être traditionnellement confiées aux femmes ou aux hommes.


Le travail domestique comprend un ensemble d’activités de transformation que l’on peut qualifier d’artisanales et qui, lorsqu’elles ne sont pas effectuées dans l’espace domestique, relèvent de l’artisanat alimentaire: boulangerie, pâtisserie, restauration, conserverie… Ces activités sont traditionnellement confiées aux femmes. L’ensemble de ces activités matérielles donne lieu à toute une activité de création, comme la création de recettes de cuisine… Comme dans le cas de l’artisanat, à la différence de la reconnaissance sociale de la personne de l’artiste, ces activités de création sont anonymes.


Néanmoins, il est possible de remarquer que l’activité de bricolage renvoie plus spécifiquement à des savoir-faire techniques relatifs à la transformation de la matière inerte. Celle-ci est plus traditionnellement une activité masculine. On peut donc s’apercevoir que ce qui semble distinguer traditionnellement le travail de transformation effectué par les femmes c’est qu’il porte bien souvent sur la transformation de produits naturels d’origine animale ou végétale liés à la consommation alimentaire et à l’habillement. Tandis que sont confiés plus spécifiquement aux hommes la transformation des matières premières minérales ou le travail du bois.


L’espace d’activité domestique comprend en outre un ensemble d’activités de service liées à l’entretien, à l’hygiène, à la santé (“remèdes de grand-mère”) et à l’éducation. Ces activités sont traditionnellement, parce que liées aux services à la personne, considérées comme serviles. Ce sont des activités confiées aux esclaves, aux domestiques ou aux femmes. Lorsque Marx conceptualise la notion de travail, c’est en rattachant le travail à la production d’une oeuvre, et non au service d’autrui, qu’il fait échapper le travail des classes laborieuses à la servilité.

Dans la conceptualisation contemporaine des sociologues féministes, ce travail est désigné sous le nom de travail de care. Être au service d’autrui, ce n’est pas alors être servile, mais altruiste. On comprend alors le renversement théorique qui est opéré par rapport à la tradition philosophique occidentale.


Il est possible de relever une caractéristique du travail éducatif qui se rapproche de la production symbolique des sociétés de chasseurs/cueilleurs. Il s’agit des contes traditionnels. Le travail éducatif des femmes comprend un travail symbolique d’apprentissage de la langue maternelle et de transmissions de normes issues de la société. L’invention de contes traditionnels renvoie à ce que la pensée grecque qualifiée de muthos, devenu ensuite mythos. Le travail éducatif des femmes comprend ainsi toute une activité de transmission d’un monde de significations symboliques relevant de ce que nos catégories actuelles classerait dans la création littéraire.


Conclusion:


L’économie domestique traditionnelle était une économie d’auto-subsistance basée sur l’auto-production. Elle assurait en grande partie les conditions matérielles d’une autonomie économique. De ce fait, les activités au sein de l’espace domestique relevaient d’une activité complexe comprenant l’ensemble de ce que l’économie moderne distingue dans le secteur primaire, secondaire et tertiaire. Cette économie domestique peut être en revanche nettement distinguée de l’économie industrielle qui produit en série de manière standardisée. Les savoirs populaires domestiques vont des soins permettant la reproduction de la vie, aux techniques de transformation des produits naturels, jusqu’à des activités de production d’un monde symbolique à travers les contes et histoires populaires. Il est possible en outre de constater que la pensée savante occidentale, issue des Lumières, a dévalorisé la connaissance scientifique empirique ou le monde de signification créé au sein de l’espace domestique. L'extension du marché, de la production industrielle et de la grande distribution ont conduit a diminuer fortement la part de l’économie domestique dans la vie économique.

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Commentaires : 1
  • #1

    Kasha Felch (dimanche, 22 janvier 2017 07:49)


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