De quelques impensés sociaux de la déscolarisation



Dans la lignée d’ Une société sans école d’Ivan Illich, de plus en plus de parents - aux idées alternatives - font le choix de la déscolarisation et de l’école en famille.


Il est néanmoins possible de s’interroger sur le caractère socialement situé d’une telle démarche. Les parents qui font le choix de la déscolarisation par refus de la forme scolaire, crainte du mal-être scolaire et adhésion aux principes de pédagogies alternatives, appartiennent le plus souvent aux classes moyennes supérieures au moins par leur capital culturel et social.


Si, parmi les parents qui font le choix de la déscolarisation, on trouve des familles qui ont des moyens économiques confortables ou qui exercent une profession à domicile, certains parents mettent en avant le fait qu’ils n’ont pas nécessairement des moyens économiques élevés. Pour autant cela signifie-t-il que la déscolarisation soit une option envisageable quel que soit le milieu social de la famille ?


Il existe chez certains parents adeptes de la non-scolarisation (courant de l’école en famille qui refuse la forme scolaire), l’idée que l’enfant a spontanément le désir d’apprendre et qu’il pourrait apprendre tout seul sans même de cours formalisés avec ses parents.


Si on entend par là un apprentissage en autodidaxie complète, c’est peut-être le cas pour de très rares enfants... Mais une telle forme d’apprentissage en famille réussi en réalité parce qu’elle repose sur des impensés sociaux.


En effet, apprendre tout seul est en réalité une activité très difficile et qui nécessite des compétences permettant d’apprendre à apprendre. Un certain nombre d’adultes - pourtant très motivés - éprouvent des difficultés à se former tout seuls. Il est d’ailleurs sans doute impossible d’être capable d’autodidaxie, sans médiation directe d’un tiers, pour tous les types d’apprentissage.


Par exemple, s’il est courant d’évoquer le cas de tel ou tel musicien qui a appris à jouer tout seul, à l’oreille, on ne met pas en avant de semblables cas dans les arts martiaux. Là, au contraire, c’est la figure du maître, expert en arts martiaux, qui apparaît comme un vecteur de formation.


En réalité, le meilleur moyen d’éviter le découragement consiste dans la médiation d’un expert. En effet, celui-ci évite aux novices les “erreurs du débutant” qui constituent des obstacles et bloquent les apprentissages jusqu’au découragement.


Cet expert va aider les enfants dans les apprentissages. Les familles qui pratiquent la déscolarisation, le trouvent soit en la personne des parents - qui sont dotés d’un capital culturel suffisant pour accompagner l’enfant dans ses apprentissages -, soit dans un capital social qui leur permet d’avoir dans leur entourage un adulte ayant l’expertise nécessaire pour aider l’enfant à s’initier, puis à apprendre ce qu’il désire, bien souvent dans le domaine artistique ou de l’artisanat.


Un enfant issu des classes populaires qui souhaite accéder à un apprentissage, si ses parents n’ont pas les moyens de lui payer des cours, sera justement bloqué dans cet apprentissage par défaut d’un expert qui puisse l’aider à progresser.  

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