La technocratie en France

Une nouvelle classe dirigeante ?


Ouvrage collectif sous la direction de Isabelle Grand, Salvador Juan et Vignet Julien.


Editions Le Bord de L'eau, 2015, 260 p., 22 euros.


Nous saluons la publication par le Groupe universitaire de Recherche sur les Valeurs et l'Idéologie Technocratiques comme Classe Hégémonique (GURVITCH), de l'Université de Caen, d'un ouvrage consacré à la technocratie comme classe sociale dirigeante.


Comme l'indique  le point d'interrogation présent dans le sous-titre, il s'agit de s'interroger sur la pertinence de considérer la technocratie comme une classe sociale. Dans cet ouvrage collectif, la technocratie est considérée comme une élite sociale qui se caractérise par sa continuité entre les secteurs privé et public.


Par cette interrogation, les auteurs de l'ouvrage entendent se situer dans la continuité de l'ouvrage collectif dirigé par Georges Gurvitch, Industrialisation et technocratie (1949).


Afin de mener à bien cette enquête, les auteurs de l'ouvrage commencent par une interrogation conceptuelle sur la notion de technocratie rédigée par Salvador Juan, "Symboles, idéologies et conceptualisation de la technocratie naissante".


Les enquêtent essaient ensuite de saisir la technocratie sur différents terrains: les grands corps de l'Etat - "les corposards"- (Isabelle Grand), le management (Maxime Cordellier et Simon Le Roulley), les services de l'eau (Mathieu Uhel), l'agriculture (Nicolas Legras), l’hôpital public (Thomas Denise), le secteur associatif (Julien Vignet)....


Une grande place est accordée dans l'ouvrage à l'analyse empirique de la technocratie comme classe sociale dirigeante à cheval entre le secteur privé et public: "du cabinet ministériel aux affaires" et la promotion Voltaire (Isabelle Grand), le secteur du nucléaire (Julien Vignet), le pantouflage (Salvador Juan) ....


Enfin, l'ouvrage comprend un chapitre, rédigé également par Salvador Juan, interrogeant la conceptualisation de la technocratie comme "nouvelle classe dirigeante". 


L'intérêt de cet ouvrage collectif est donc triple. Il constitue un apport à l'étude empirique de la sociologie des élites. Il connecte la sociologie des élites dirigeantes aux études techno-critiques. Enfin, dans le cadre des études sur l'emprise techno-scientifique, il ne considère pas la techno-science comme un système impersonnel, mais l'inscrit dans une sociologie des classes sociales et donc des rapports sociaux.  

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