Imaginaire techno-capitaliste et bio-exploitation



Le philosophe Michel Foucault a théorisé le concept de bio-politique pour expliquer comment c’était la vie elle-même qui était devenue l’objet de la gestion du libéralisme politique. Il s’avère nécessaire, à l’ère du techno-capitalisme, de s'intéresser au concept de bio-exploitation. Celui-ci fait partie de la réalité et de l’imaginaire capitaliste.


Le fantasme du contrôle intégral de la production et de la reproduction du vivant


Dans le techno-capitalisme, c’est la vie elle-même qui devient objet d’exploitation. La force de travail (ou énergie vitale humaine) n’est plus qu’une des dimensions de cette exploitation.


Afin de procéder à la bio-exploitation, le techno-capitalisme développe le projet de parvenir à un contrôle total du vivant afin de pouvoir le réduire à un bien marchand.


Ce contrôle passe par la maîtrise génétique du vivant. Cette maîtrise consiste tout d’abord dans la production d’organismes génétiquement modifiés (OGM).


Mais elle consisterait plus radicalement dans la production d’êtres vivants nouveaux par la biologie de synthèse.


Ce contrôle sur le vivant s’effectue également par la maîtrise de la sélection génétique, de la reproduction artificielle du vivant et irait jusqu’à la procréation artificielle grâce à un utérus artificiel.


Sur ce chemin de la transformation du vivant en bien de consommation, la gestation pour autrui (GPA) et donc l’exploitation du travail reproductif, ne serait qu’un passage obligé qui pourrait être remplacé à terme par la reproduction artificielle.


De la bio-exploitation à l’externalisation du travail reproductif


Ce contrôle de la production et de la reproduction du vivant a pour objet de le mettre intégralement au service des désirs humains stimulés par la logique de profit capitaliste.


Tout ce qui est objet de désir deviendra possible: le vivant se trouve alors réduit à un objet asservi aux fantasmes de ceux qui peuvent les payer.


Mais tandis que les potentialités du vivant se trouvent exploités à leur maxima, le travail reproductif se trouve externalisé par la technique.


En effet, le techno-capitalisme serait en mesure de produire et de reproduire le vivant, y compris les êtres humains. Ceux-ci pourraient être sélectionnés sur catalogue à la demande des parents. C’est ce que le philosophe Jurgen Habermas a appelé l’eugénisme libéral.


Une fois l’enfant né, l’éducation en serait en partie confiée à un robot compagnon domestique capable de simuler les interactions humaines. Après tout, l’interaction avec un robot compagnon serait plus riche que celle que procure une télévision ou une tablette numérique.


Dans le cadre de l’emploi salarié, le techno-capitalisme par la robotisation et l’intelligence artificielle cherche à remplacer le travail vivant par un travail mort capable de simuler des caractéristiques du plus en plus complexes du travail vivant.


Il s’agit pour le techno-capitalisme de parvenir à une maîtrise intégrale du vivant de manière à en simuler l’ensemble des capacités: intelligence, créativité, empathie...


Le remplacement du travail vivant humain par le simulacre que constitue le travail mort de la machine s’avère le corollaire, dans l’imaginaire capitaliste, de la possession d'une main d’oeuvre servile susceptible de remplacer une main d’oeuvre humaine indocile.


Conclusion: l’imaginaire social techno-capitaliste


Dans l’imaginaire transhumaniste techno-capitaliste, deux classes sociales subsisteraient. Les premiers seraient les humains augmentés servis par leur robots domestiques et relativement protégés de la crise environnementale par les énergies vertes. Le reste de la population ne serait même plus digne d’être exploitée et elle se trouverait à la merci de la crise énergétique et climatique.  

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