Ecologie, genre et constructivisme:



On assiste actuellement à une opposition entre les tenantes de la déconstruction des genres et les écologistes soucieux de la critique de l’enthousiasme technique.


Les tenants de la critique radicale de la technique soulignent les dérives de celles qui défendent la déconstruction des genres et qui en arrivent à une promotion a-critique des biotechnologies.


De leur côté, les techno-critiques courent le risque que, dans leur croisade anti-constructiviste, ils n’en arrivent aux mêmes positions réactionnaires que les opposants de “la théorie du genre”.


Dans le cas des constructivistes ou des défenseurs du naturalisme, les deux partent d’un combat contre le dualisme. Mais les premières en arrivent à dire que la nature est totalement construite par le social, tandis que les seconds re-naturalisent le social.


En réalité, le fond de la difficulté, n’est pas le constructivisme social, mais l’essentialisme.

En effet, plusieurs travaux issus de la biologie depuis le XIXe siècle remettent en question l’idée d’une nature fixe et immuable: l’évolutionnisme, l’épigénétique, la plasticité...


Le caractère malléable du social trouve donc déjà son origine dans la nature. Les tenants du constructivisme social font une erreur lorsqu’ils considèrent que c’est dans le social que se trouve l’origine de plasticité culturelle.


En outre, certains tenants du constructivisme social le rabattent sur le constructivisme technoscientifique dont pourtant ils ne partagent pas les prémisses. Le constructivisme technoscientifique s’appuie sur un réductionnisme méthodologique et une mathématisation du réel.


Le constructivisme social n’est pas réductionniste. Il est holiste. Il considère que la matière physique, le biologique et le social ne sont pas réductibles l’un à l’autre. Il consiste à admettre que l’univers humain est avant tout symbolique.


Philippe Descola montre comment la plupart des sociétés traditionnelles ont eu une conception constructiviste de la nature, mais pas de type technoscientifique. La science moderne a au contraire inventé l’opposition entre le sujet et l’objet et réduit la nature à un objet. Les sociétés traditionnelles ont inclut la nature dans la culture en en faisant un être symbolique comme par exemple avec la figure de la “Pacha Mama”.


Adopter un constructivisme symbolique ne signifie pas nécessairement revenir à une conception religieuse du monde. Dans une vision scientifique moderne, elle consiste à admettre qu’il existe des propriétés émergentes qui distinguent le social du biologique, le biologique de la matière physique. Ainsi, les sciences écologiques éco-systémiques adoptent un tel holisme méthodologique. Il s’agit surtout d’une opposition à une réductibilité de l’ensemble des propriétés du réel à une conception atomistique et de mathématisation quantitativiste.

Il s’agit surtout de ne pas confondre les différents types de constructivisme: le constructivisme technoscientifique et le constructivisme symbolique sont différents l’un de l’autre. Le constructivisme social qui conduit à la continuité entre l’humain et la machine rabat le constructivisme social sur le constructivisme technoscientifique.


Il est au contraire possible d’opposer au constructivisme technoscientifique, le constructivisme symbolique qui conduit à considérer que la nature et le social ne peuvent être réduits à un assemblage atomistique mathématisable.



Références:


Azam Geneviève, Osons rester humain

Escudro Alexis, La reproduction artificielle de l’humain

Haraway Donna, Féminisme cyborg

Preciado Beatriz, Testo Junkie


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