Enseignant: un manque de formation ?



Suite à l’attentat contre les journalistes de Charlie Hebdo et aux discussions que celui-ci à générées dans les établissements scolaires, les enseignants ont mis en avant leur manque de formation. Cette réaction peut néanmoins surprendre…


On peut être surpris à deux titres que les enseignants invoquent leur manque de formation pour répondre à leurs élèves. Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’individus qui ont au moins une licence - et même désormais un bac +5 - et que les élèves qu’ils ont devant eux n’ont même pas encore le bac. En outre, on ne cesse de mettre en avant le fait que toute l’information est disponible sur Internet et qu’il s’agit seulement de savoir chercher l’information. Mais peut-être cela ne suffit-il pas…


Apprendre à apprendre


Il ne s’agit pas de fétichiser la formule “apprendre à apprendre”. Car la capacité à apprendre suppose un esprit déjà bien formé, ayant des connaissances suffisantes pour comprendre l’information qu’il va trouver.

Néanmoins, il est possible de se demander si la formation scolaire axée sur la forme transmissive qui prévaut dans le système français, en particulier par exemple dans les classes préparatoires, n’induit pas chez les enseignants du secondaire eux-mêmes une difficulté à pratiquer l’auto-formation.


Un manque de maîtrise des méthodes critiques


On peut également s’étonner du fait que des enseignants aient du mal à répondre à leurs élèves concernant les théories du complot ou par exemple les thèses développées par Dieudonné. On peut alors s’interroger sur le manque de formation des enseignants aux méthodes critiques scientifiques. Cela est d’autant plus le cas qu’ils tendent à transmettre des connaissances constituées aux élèves. Mais l’enseignement français insiste relativement peu sur la manière dont ces connaissances se sont constituées.


La place grandissante de l’industrie du divertissement


Les Français consacrent de plus en plus de place dans leur loisir à l’industrie du divertissement, que ce soit la télévision ou les jeux vidéo. A l’inverse, la lecture de livres ne cesse de diminuer.

Il en va ainsi également pour les enseignants. Chez cette catégorie professionnelle, la place de la lecture de livres diminue également au profit du temps consacré à l’industrie du divertissement. Cette culture du divertissement de masse permet de constituer une culture commune entre les enseignants et les élèves, qui peuvent partager des références télévisuelles par exemple.

Mais il en résulte que cela peut conduire à ce que les enseignants recourent à ces supports sans introduire une réflexion critique aux modes de production de ces contenus.


La peur des discussions d’actualité


Ainsi, le manque d’assurance dans ses capacités à s’auto-former, le manque de maîtrise des méthodes critiques scientifiques et l’éloignement d’un certain nombre d’enseignants de la culture intellectuelle contribue à générer chez certains d'entre eux la crainte d’aborder les sujets d’actualité avec les élèves.

En effet, il craignent de manquer de culture générale sur des sujets sortant de leur champ disciplinaire, de ne pas savoir répondre aux objections des élèves….


Conclusion: Si on peut invoquer un manque de formation continue des enseignants, il est donc possible de voir que les problèmes qui sont posés par les discussions sur des questions vives d’actualité avec les élèves amènent à des interrogations plus profondes sur la posture professionnelle des enseignants.

Nombre d’entre eux répètent dans leur rapport au savoir en tant qu’enseignants des postures acquises durant la scolarité à partir d’un modèle transmissif. Ils sont donc peu à l’aise pour appréhender une posture qui suppose des capacités d’auto-formation en dehors des pratiques d’apprentissage qu’ils ont intériorisés durant leur scolarité.


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