Le mépris des savoirs domestiques



La religion, la science, la philosophie, l’école… ont construit implicitement leurs discours sur un mépris des savoirs domestiques issus de l’expérience pratique. A travers cela, ce qui transparaît, c’est un mépris du monde vécu quotidien qui est celui des classes populaires et des activités confiées aux femmes.



1- La vie contemplative (la theoria) contre les savoirs domestiques


Les traditions religieuses, dont la tradition chrétienne, opposent le sacré au profane. Les femmes sont considérées comme impures et exclues de l’espace du sacré, en particulier de la fonction de prêtrise dans la tradition judeo-chrétienne. Elles sont soumises à l’autorité d’un mari auquel elles doivent obéissance. Les savoirs détenus traditionnellement par les femmes sont assimilés à la sorcellerie.


La science moderne se constitue par opposition aux savoirs issus de l’expérience pratique en revendiquant de se fonder sur une rationalité abstraite de type mathématique. Les savoirs pratiques traditionnels détenus par les femmes sont renvoyées à l’obscurantisme.


La tradition philosophique dominante, idéaliste et rationaliste, s’oppose à la nature et aux savoirs du quotidien. Le philosophe entend se situer en rupture avec les savoirs du sens commun. Il théorise la rupture anthropologique entre l’humain et la nature. Le féminin est renvoyé du côté de la nature, du sentiment. C’est le masculin qui se situe du côté de la culture et de la raison.


2- Le travail productif de l’usine contre le travail reproductif de l’espace domestique


La tradition socialiste a revalorisé le labeur des classes populaires en faisant du travail une source de dignité. Les théoriciens du mouvement ouvrier ont vu dans le travail une tendance naturelle et dans la nature une source de créativité. Mais cela n’a été ensuite que pour affirmer la supériorité du travail productif de l’ouvrier. De fait, le travail reproductif des femmes s’est trouvé renvoyé à la nature comme domaine de la nécessité et non de l’émancipation.


Or le travail domestique pourrait aujourd’hui constituer le modèle conceptuel d’une autre conception du travail reposant non pas sur une économie industrielle, mais sur une économie compatible avec un rapport écologique au monde. En effet, l’économie domestique constitue la base des savoir-faire nécessaires à l’autonomie. Les écologistes remettent au goût du jour l’économie vivrière: jardin potager, apprendre à faire soi-même (do it yourself)...


3- L’école et le mépris des savoirs domestiques


L’école républicaine s’est également inscrite dans la rupture avec l’espace domestique. Les savoirs transmis par l’école sont ceux qui ont trait au sciences ou aux lettres. Les savoirs domestiques n’y sont plus enseignés et quand ils l’étaient, ils étaient réservés aux femmes. L’égalité juridique entre hommes et femmes s’est traduit par l’accès aux femmes aux matières les plus intellectuelles et non pas par le fait que les garçons se voient enseignés également les savoirs domestiques. On ne s’interroge guère dans le système scolaire sur l’importance de l’enseignement mixte de ces savoirs afin d’éviter la reproduction genrée de l’inégalité du travail domestique.



Écrire commentaire

Commentaires : 0