Quatre conceptions de la mondialisation

Quatre conceptions de la mondialisation


Si la mondialisation est acceptée comme un fait par un certain nombre d’analystes, sa conceptualisation fait l’objet de controverses. Il est possible de distinguer entre autres quatre conceptions principales de la mondialisation.


La mondialisation libérale et néo-libérale: Les conceptions libérales et néo-libérales de la mondialisation partagent la thèse selon laquelle la mondialisation est un fait naturel consubstantiel à l’économie de marché. L’être humain se caractérise par une activité anthropologique d’échanges économiques. Par conséquent, ces échanges sont naturellement conduits à faire advenir la prospérité et la paix au niveau mondial. En effet, les échanges économiques impliquent une interdépendance plus grande au sein de l’humanité et une division internationale du travail. Le commerce suppose la paix pour pouvoir se maintenir. Le libéralisme politique insiste pour sa part sur le fait que la mondialisation économique serait consubstantielle à l’avènement d’un cosmopolitisme politique.


La mondialisation postmoderne: La conception postmoderne considère la mondialisation actuelle non en continuité avec l’économie capitaliste industrielle, mais comme l’avènement d’une nouvelle forme d’économie et de société. Les nouvelles technologies de l’information et la financiarisation de l’économie seraient la marque de cette transformation profonde de la nature du capitalisme. Ce ne sont plus les produits industriels qui seraient dominants, mais les services culturels. Selon les auteurs, la mondialisation serait consubstantielle à l’avènement d’un capitalisme informationnel, immatériel, culturel ou encore cognitif. Sur le plan culturel, la mondialisation ne serait pas un facteur d’unification apauvrissante, mais donnerait lieu à de nouvelles hybridations culturelles.


La critique économique hétérodoxe de la mondialisation néo-libérale: Les économistes institutionnalistes et keynesiens remettent en question la naturalisation de la mondialisation néo-libérale. Celle-ci ne serait pas simplement l’effet d’une expansion des échanges économiques, ni de l’avènement de nouvelles technologies. La mondialisation néo-libérale serait liée à des choix politiques d’orientation néo-libérale effectués à partir des années 1970-80 qui trouvent leur origine en particulier dans le colloque Lippmann (1938) et la création d’institutions qui en constituent les conditions de possibilité: accords de libre-échange, FMI, Banque mondiale, OMC… Il serait alors nécessaire d’impulser d’autres orientations politiques pour pouvoir revenir à une économie du plein emploi, résorber les inégalités sociales par une redistribution sociale… Il peut être possible à cette fin de revenir à des politiques économiques protectionnistes de manière à pouvoir assurer une souveraineté politique sur l’économie.


La critique marxiste de la mondialisation néo-libérale: La mondialisation libérale n’est pas un fait naturel, mais historique. Elle ne conduit pas à une unification de l’humanité, mais maintient et accentue la division en classes sociales inégalitaires qui s’organisent non seulement à l’intérieur de chaque pays, mais également entre les régions du monde. La mondialisation n’est pas un facteur de paix mais, du fait des inégalités sociales, elle entraîne nécessairement des guerres. Les conflits à l’époque de la mondialisation néolibérale, qui se présentent comme religieux, comme un choc des civilisations (1), masquent en réalité des enjeux économiques géopolitiques, en particulier en ce qui concerne la maîtrise de ressources stratégiques telles que le pétrole. En revanche, sur le plan culturel, la mondialisation néo-libérale se caractériserait par une hégémonie idéologique de l’industrie de l’entertainement (2) américaine.


  1. Référence à l’ouvrage de géopolitique de Samuel Huntington, Le choc des civilisations.

  2. Industrie du divertissement



Conclusion: On peut remarquer que les controverses autour de la mondialisation s’organisent à partir d’une série de problématiques:

  • La mondialisation: évolution naturelle ou construction historico-politique?

  • L’économie de la mondialisation: une économie encore industrielle ou un nouveau type d’économie (numérique et financière)?

  • La mondialisation: source de paix et d’unification ou source d’inégalités sociales et de conflits militaires?

  • La mondialisation: hégémonie culturelle ou source de nouvelles hybridations?

  • La mondialisation: facteur d’unification politique ou maintien des divisions nationales/régionales?

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