Casati Roberto, Contre le colonialisme numérique



Albin Michel, 2013, 200 p., 17 euros


Le philosophe Roberto Casati, tout en récusant une position luddite et technophobe, revendique une lutte contre la colonisation par le numérique de l’enseignement.


L’essai de Roberto Casati avance plusieurs thèses concernant l’usage du numérique en situation d’apprentissage. Sans revenir sur l’ensemble de l’ouvrage, il s’agit, dans ce compte rendu, de mettre en lumière les thèses qui nous ont paru les plus intéressantes dans son propos.


- Contre le colonialisme numérique


Roberto Casati en tant qu’enseignant utilise le numérique, mais il préfère en restreindre l’usage par ses étudiants en dehors des heures de cours. Il propose néanmoins à ces étudiant des outils numériques, mais comme prolongement de son enseignement.


Ce qu’il dénonce ce n’est pas tant les outils numériques en soi, mais la colonisation par le numérique de l’existence. Même si Roberto Casati ne fait pas allusion dans son ouvrage à l’école de Francfort, le terme de colonisation numérique entretien des proximités avec la thématique présente chez Habermas de la colonisation du monde vécu par le système de la rationalité instrumentale dont les deux formes sont le marché et la bureaucratie.


L’auteur s’attaque donc aux colons du numérique: c’est-à-dire à ceux qui sont aveuglés par leurs enthousiasme technologique ou qui sont au service d’intérêts économiques et qui poussent à l’adoption des technologies numériques sans même apporter des preuves concluantes qu’elles améliorent les apprentissages des élèves et des étudiants.


Sur ce plan, Roberto Casati rappelle que les travaux ne montrent pas de différence significative et que, lorsqu’il y a amélioration, l’effet d’accoutumance aux nouvelles technologies fait que les effets positifs se perdent à moyen terme. En outre, il souligne qu’il est vain pour l’institution scolaire de chercher à rattraper son retard technologique: elle sera toujours à la traîne des innovations technologiques que les familles des milieux les plus favorisées auront déjà pu acquérir. En s’appuyant sur les études PISA, il montre ainsi que les élèves qui obtiennent les meilleurs résultats ne sont pas ceux qui utilisent le plus ces technologies à l’école, mais qui en disposent chez eux. Néanmoins, il ne conclut pas au fait que c’est l’usage de ces technologies à la maison qui favorise les résultats, mais il émet l’hypothèse que la présence de ces technologies reflète le niveau socio-économique des familles.


A l’inverse, Roberto Casati souligne deux dimensions du colonialisme numérique. La première consiste dans l’envahissement publicitaire au sein de l’école que génère l’usage des nouvelles technologies: en effet lorsque les élèves se connectent sur Internet durant le temps scolaire pour un travail dirigé, ils sont en contact avec un environnement publicitaire. L’auteur rappelle également comment l’utilisation des liseuses est génératrice d’un espionnage des nos comportements de lecteurs. Il va jusqu’à énoncer l’hypothèse qu’à l’avenir nombre d’ouvrages seront rédigés à partir des données recueillies sur les comportements des lecteurs afin d’adapter les livres publiés au goût du public. Il souligne également comment les environnements intelligents qui nous proposent automatiquement ce qui correspond à nos goûts, en fonction de nos recherches précédentes, constituent une forme d’enfermement qui n’incite pas à la recherche et à la découverte de nouvelles expériences intellectuelles.


Il met en exergue le fait que la lecture sur support électronique, du fait des multiples sollicitations auxquelles elle nous soumet, pourrait être destructrice, à terme, de l’attention profonde et donc de la lecture profonde. En effet, c’est à tort que l’on affirme que l’attention consciente peut être capable d’être multitâche, il s’agit plutôt d’une capacité à switcher très rapidement d’une activité à une autre. Néanmoins, le switch implique une perte de temps, fut-elle minime, entre les deux activités.


- Contre le mythe du digital natif


Roberto Casati s’attaque également au mythe du digital natif (1). Pour lui, cette notion lorsqu’elle est utilisée pour désigner le fait que les personnes nées depuis l’ère des technologies numériques auraient acquis à leur contact des capacités intellectuelles spécifiques est une mystification. En réalité, l’adaptation de ce qu’il appelle les digital papis montre qu’en réalité le maniement de ces technologies n’implique pas des capacités particulières. Au contraire, celles-ci sont conçues pour qu’elles puissent être maniées avec la plus grande facilité par tout le monde. Ainsi, les enfants peuvent réussir à les utiliser, mais les concepteurs ont tout intérêt également à ce que ces technologies soient aisément maniables par des personnes âgées. L’intérêt économique consiste à toucher tout le monde.


Ainsi l’auteur souligne l’insuffisance des réflexions actuelles pour déterminer quelles sont les capacités cognitives qui devraient être favorisées dans le cadre de la société du numérique. S’il n’est pas certain que le maniement des nouvelles technologies soit la clé de cette formation intellectuelle, il faut néanmoins déterminer ce qu’il est nécessaire d’apprendre aux élèves et aux étudiants pour qu’ils puissent être formés intellectuellement pour s’adapter à toutes les nouvelles technologies futures.


(1) Natif numérique : personne qui est née depuis le développement des nouvelles technologies, c'est-à-dire après le milieu des années 1990.


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Commentaires : 1
  • #1

    Fungus key (vendredi, 24 juin 2016 19:10)

    If you've got a chilly sore then, when you probably know already, you're infected with the hsv simplex virus,
    http://www.fungusfreeprotocolreview.com/