De l'humain et de la société à l'ère du connexionnisme généralisé

De l'humain et de la société à l'ère du connexionnisme généralisé

 

 

La philosophie comme science-fiction :

de l'usage renouvelé du conte en philosophie

 

 

Le monde s'est trouvé progressivement enserré par une toile de flux d'informations : réseaux des médias de communication, transactions financières, internet.... Un ensemble de réseaux interconnectés, où se trouvent reliés les humains et les machines, recouvre le monde.

[Film : Matrix]

 

Le prix du bien-être technique et de la fascination pour la puissance technique

 

Dans le monde de la connexion généralisée, l'idéologie du bien-être domine. La puissance de la technique repose sur sa capacité à apporter facilité et confort. Éviter la souffrance et rechercher le plaisir, voici comment est décrit l'homo oeconomicus (l'homme économique), et c'est ce que lui offre la technique. « « Nous avons inventé le bonheur », diront les Derniers Hommes, en clignant de l'oeil. Ils auront abandonné les contrées où la vie est dure » (Nietzsche, « Le dernier homme », Ainsi Parlait Zarathoustra). - [Livre : Aldoux Huxley, Le meilleurs des mondes]

 

Mais la séduction technique ne repose pas seulement sur l'idéologie de la facilité, elle fascine également par ses promesses de puissance. Dans l'arène de compétition généralisée que constitue le marché néolibéral, il s'agit d'être le plus performant : le mouvement de dépassement des autres est également mouvement de dépassement de soi. La technique moderne nous promet l'augmentation de l'homme, son dépassement, son « obsolescence » (Gunther Anders). - [Film : Limitless] – [Documentaire : Un monde sans humains]

 

Cependant cette religion de la technique, qui unit le monde connecté, a ses revers. Car plus la machine est intelligente, moins nous avons besoin de l'être. Plus elle nous facilite l'existence, moins nous avons besoin en nous même et par nous même de développer nos capacités. L'aliénation technique par la mécanisation du travail était autrefois décrite comme mortification du corps et ruine de l'esprit. L'aliénation technique contemporaine est autre : sous ses dehors agréables, elle est affaiblissement du corps et de l'esprit. Ainsi voit-on apparaître des campagnes de santé publique contre le mode de vie trop sédentaire engendré par la voiture. La capacité des enfants à utiliser des tablettes tactiles ne tient pas tant à l'augmentation de leurs performances intellectuelles en soi, mais au caractère intuitif du fonctionnement de ces objets : ainsi cette capacité traduit davantage l'intelligence de la machine que celle de l'enfant. [Livre : H.G Wells, La machine à remonter le temps]

 

Plus la machine se perfectionne, moins nous avons besoin de nous perfectionner. Plus la machine nous rend service, plus nous en sommes dépendants. C'est la dialectique du maître et de l'esclave déjà décrite par Hegel. Mais cette dépendance, dans le monde de la connexion généralisée, prend un autre nom : c'est celui de l'hyperconnectivité, dont l'une des formes est la cyber-dépendance. Mais cette hyperconnectivité est l'effet de la transformation de la connexion en nécessité . C'est plus qu'un simple désir artificiel, c'est un besoin social. La déconnexion devient alors risque de marginalisation sociale : peut-on prétendre trouver un emploi sans téléphone ou connexion internet ? Peut-on encore se déconnecter lorsque la communication avec ses amis et sa famille passe en grande partie par les réseaux sociaux ? Ne pas pouvoir se connecter est un signe d'exclusion sociale. Ne pas vouloir se connecter est le luxe de personnes intégrées socialement qui sont conscientes du pouvoir sur elles du réseau. Alors que les hippies avaient dénoncés la société de consommation en retournant vivre dans la « nature », aujourd'hui la résistance consiste à vivre déconnecté du cyber-espace. [Film : Matrix]

 

Education cognitive : l'homologie entre le réseau informatique et le réseau neuronal

 

Le monde de la connexion généralisée s'est doté de son propre paradigme : le connexionisme. C'est l'affirmation par les sciences cognitives de l'homologie entre le fonctionnement de l'ordinateur et celui du cerveau : les deux sont des réseaux. Le cerveau est pensée sur le modèle d'un réseau de neurones.

A l'ère du capitalisme connexionniste, il est nécessaire que l'intelligence des futurs travailleurs soit adaptée à la forme réseau. La psychologie cognitive et ses théories de l'apprentissage définissent les caractéristiques de l'intelligence en réseau. L'un des outils de cette fabrication de l'intelligence reticulaire est le mind mapping. La carte heuristique ou mind map apprend à l'élève à organiser l'information sous forme d'un réseau sémantique conceptuel.

Bien évidement, l'introduction des Technologies de l'information et de la communication appliquée à l'enseignement (TICE) dans les classes constitue également un autre vecteur de construction de l'intelligence reticulaire : la connexion entre une flottille de tablettes tactiles manipulées par les élèves, un tableau numérique interactif de l'enseignant et l'Environnement numérique de travail, accessible également à la maison, en constitue un exemple. Déjà dans certains états des Etats-Unis, il ne s'agit plus d'apprendre l'écriture cursive aux élèves, mais de passer directement à l'écriture sur clavier. Il n'est plus nécessaire de s'encombrer avec les formes de savoir-faire issues de la culture anté-numérique. La nouvelle utopie éducative libérale réside dans le fantasme à terme de remplacer l'enseignant par la machine elle-même.

[L'hypnopédie dans Le meilleurs des mondes d'Aldoux Huxley]

Néanmoins, la pédagogie actuelle demeure en retard par rapport au paradigme de l'intelligence connexionniste : l'heure est à la mise en réseau des savoirs entre les différentes disciplines. Pour produire l'homme augmenté, il est nécessaire de connecter entre elles, la génétique, l'informatique, les neurosciences et les nanotechnologies. Seuls quelques visionnaires, comme Edgar Morin, dans « Les 7 savoirs nécessaires à l'éducation du futur » (UNESCO, 1999), le proclame comme étant une conséquence du paradigme connexionniste, autre nom de ce que cet auteur appelle « la pensée complexe » qui émergea avec la cybernétique. Le monde de la connexion généralisée n'est pas seulement un monde de la mise en relation des savoirs, c'est un monde d'ingénieurs. Il s'agit de reconstruire le monde à partir de ses briques : c'est par exemple la biologie de synthèse qui permet de combiner génétique et ingénierie. La pédagogie connexionniste invite ainsi à reconstruire notre perception du monde et à nous considérer comme les ingénieurs de la matière, du vivant et de l'esprit.

Mais le plus grand enjeu pour l'éducation du futur est encore autre. Il consiste à savoir quels seront les compétences que devront maîtriser les futurs travailleurs pour ne pas être rendus obsolètes dans la concurrence qui les oppose aux machines. Le calcul mental est depuis l'introduction massive des calculatrices dans les salles de classe en partie relégué au rang des curiosités archaïques. Les échecs étaient qualifiés de « roi des jeux et de jeu des rois » : les joueurs d'échec étaient admirés pour leur capacité de raisonnement logique. En 1996, l'ordinateur Deep blue a battu le champion du monde d'échec Youri Kasparov. Mais la machine et l'humain ne jouaient pas de la même manière. La machine calculait tous les coups possibles, l'humain ne jouait que les coups qui lui semblaient les plus pertinents. L'intuition - la rapidité de jeu du joueur d'échec - n'est pas l'effet d'une capacité de raisonnement logique supérieure comme celle de l'ordinateur. L'expertise intellectuelle humaine, dans un domaine donné, est acquise par une expérience répétée qui conduit l'individu à agir selon les modèles les plus éprouvés.

Mais même si le cerveau humain ne fonctionne pas comme un ordinateur, reste entière le difficulté de savoir quelles seront à terme les fonctions cognitives qui pourront échapper à une modélisation mathématique. Ainsi la capacité à traduire des textes ou à comprendre le sens des phrases dans une discussion entre des individus échappera-t-elle indéfiniment au pouvoir cognitif des machines ? La presse n'a-t-elle pas annoncé en juin 2014 que pour la première fois un ordinateur aurait passé avec succès le test de conversation entre l'humain et la machine, dit test de Turing. [ Film : Her]

 

 

Le travailleur cognitif et sa mise en concurrence avec l'intelligence artificielle

 

Les parents continuent aujourd'hui de penser qu'ils feront échapper leurs enfants à l'obsolescence en les dotant de diplômes caractérisés par un haut niveau de compétences cognitives. Dans la concurrence organisée depuis le XIXe siècle par le capitalisme entre le travailleur humain et le travailleur mécanique, c'est le travail faiblement qualifié qui a été le perdant. Aujourd'hui, les caissières de supermarché sont en passe d'être remplacées par des caisses automatiques et les vendeurs de billets, par des automates.

Mais la concurrence organisée sur le marché du travail entre l'homme et la machine est en train de devenir la lutte de performance entre l'intelligence humaine et l'intelligence artificielle. Dans le monde de la connexion généralisée, le temps s'est accéléré (Harmut Rosa) et l'humain est devenu trop lent. L'information s'est démultipliée (les big data – les grosses données -) et l'intelligence humaine est devenue incapable d'en synthétiser le traitement sans des machines. Sur le plan de la quantité d'information et de la vitesse de traitement, l'intelligence du travailleur humain a déjà perdu la bataille.

Dans le monde de la connexion généralisée, la frontière entre temps de travail et temps de loisir, entre l'espace de travail et l'espace du domicile, se trouve remise en question. Le travailleur est incité à être joignable et connectable 24h/24, 7/7 jours par semaine, 365 jours par an. Mais comment rivaliser avec la machine ? Car elle est le travailleur infatigable, rationnel et sans émotions, qui n'a pas de revendications à formuler sur ses conditions de travail et son niveau de salaire. [Série télé : 100 % Real Human]

 

Décision et responsabilité

 

A l'ère de la connexion généralisée, les questions de la décision et de la responsabilité sont en train d'être transformées. Désormais des machines pourront prendre des décisions à la place d'êtres humains et les humains se soumettre à des décisions issues des machines. Trading automatisé, voiture sans conducteur, ordinateur membre de conseils d'administration, « robots tueurs » … autant de questions d'actualité qui ne sont plus des hypothèses de science fiction, mais des réalités avérées ou en passe de se produire. Certes la décision assistée par ordinateur n'est pas un fait récent. Cela n'a pas commencé aujourd'hui... Par exemple, lorsque nous entrons des paramètres dans des ordinateurs pour décider de l'attribution d'un lycée pour des d'élèves (comme dans la procédure Affelnet), nous avons pris le choix de déléguer à un logiciel de calcul une décision qui était autrefois prise par des humains. L'ordinateur est considéré comme plus impartial et donc plus juste que l'humain. On ne va pas reprocher à l'ordinateur de faire du favoritisme. Il est le fonctionnaire idéal du système légal-rationnel : « La domination de l'impersonnalité la plus formaliste : sine ira et studio, sans haine et sans passion, de là sans « amour » et sans « enthousiasme », sous la pression des simples concepts du devoir, le fonctionnaire remplit sa fonction « sans considération de personne » ; formellement, de manière égale pour « tout le monde », c'est-à-dire pour tous les intéressés se trouvant dans la même situation de fait » (Max Weber). En acceptant le verdict de l'ordinateur, nous acceptons d'ériger l'ordinateur en modèle de vertu de justice : une justice purement quantitative et rationnelle. C'est la justice du jugement de Salomon...

Mais de nouveaux algorithmes permettent d'aller plus loin encore dans l'élimination du facteur humain. L'humain considéré comme moins rapide, comme moins performant, comme source d'erreur...[Livre : Ira Levin, Un bonheur insoutenable] C'est ce que le philosophe Gunther Anders a appelé l'obsolescence de l'homme.

 

Que signifie alors conférer à des machines un pouvoir de décision jusque là attribué à des êtres humains ?

 

La décision était traditionnellement associée au choix et à l'hypothèse d'un libre arbitre humain. Avec l'ordinateur, la décision devient l'effet d'un calcul de probabilité sur ce qu'il y a de plus avantageux à faire dans une situation précise relativement à des séries de données stockées dans la mémoire de la machine. C'est le triomphe de la raison calculante. Mais qu'adviendra-t-il lorsque l'ordinateur se trompera ? Qui sera responsable moralement et juridiquement ? L'acheteur du programme, son concepteur....

Confier la décision au robot, c'est abdiquer le poids de la décision, le risque et la responsabilité de l'erreur : situation sans doute plus confortable. Longtemps la critique de la technique a pensé la relation entre technique et liberté sous la modalité de la dépendance technique. Mais l'abdication de son pouvoir de décision interroge aujourd'hui la prétention à la liberté comme revers de la responsabilité. S'il n'y a pas de liberté sans responsabilité, peut-il y avoir encore sans responsabilité, une liberté ?

 

Mais là n'est pas la seule difficulté, lorsque la décision devient un simple problème technique, elle n'est plus alors un problème moral. Il ne s'agit plus de penser les situations que sous la modalité de leur faisabilité technique. Voilà au fond qui n'est peut-être pas si différent de l'être au monde d'Eischmann. Lorsqu'on lui demande ce qu'il a à dire de son rôle dans la solution finale, il rappelle que grâce à lui les trains partaient à l'heure. C'est ce que Hannah Arendt a appelé « la banalité du mal ».

Les travaux d'Antonio Damasio sur le cerveau ou ceux de Frans de Waal sur l'empathie mettent en lumière le rôle du sentiment dans la décision morale. Dans le monde de la connexion généralisée, l'émotion est assimilée au risque d'erreur : facteur de risque qui doit être éliminé [Film : Equilibrium].

Mais alors qu'à la machine est octroyée de nouvelles capacités de décision, des domaines dans lequel le choix des individus n'intervenait pas deviennent grâce à la technologie espace de choix : c'est le cas du choix du sexe de l'enfant (comme cela est déjà pratiqué moyennant finance aux Etats-Unis par exemple). C'est ce qu'Habermas nomme l'eugénisme libéral : l'enfant à venir n'est plus une personne en soi, mais comme un objet de consommation, il peut être choisi sur un catalogue. C'est l’extension du modèle de l'économie libérale appliqué à l'être humain [Film : Bienvenue à Gattaca].

 

Les loisirs à l'ère de la connexion généralisée

 

Mais la connexion généralisée n'enserre par l'individu seulement dans ses rapports sociaux de travail, elle est devenue également le filet à l’intérieur duquel se déroule ses loisirs et sa vie privée : musique, photographie, video d'animation, jeu video, art numérique... Mais plus que des pratiques de travail et de loisirs, c'est une culture en elle-même que prétend générer le réseau. C'est tout d'abord une novlangue qui se développe, non seulement faîte de son vocabulaire spécialisé, mais également de ses abréviations et de son argot. Ce sont des productions où s'efface la frontière entre industrie culturelle – les jeux videos – et l'art savant – l'art numérique. [Jeu video en ligne: Collectif Molleindustria , Mc Donald's video game].

Tout se trouve relié dans l'hyper-réseau. Une grande partie de l'existence des individus se déroule désormais dans le monde virtuel du réseau [Jeu en ligne : Seconde life]. Lorsque des paysages naturels auront été détruits du fait des ressources énergétiques et en matières premières absorbées pour faire fonctionner le réseau, il sera toujours temps de les recréer et de les admirer grâce à la réalité augmentée comme déjà des tablettes, lors de ballades culturelles, nous permettent d'admirer le patrimoine détruit par les générations antérieures.

La puissance d'attraction du monde virtuel du réseau est entretenu par les entreprises de l'économie réelle. Car pour elles, l'individu, est avant tout un consommateur. Sous l'apparente gratuité sur internet, se trouve bien souvent des modèles de rentabilité économique. Attirer le consommateur dans le monde virtuel du réseau, le séduire en lui faisant accéder virtuellement à tous ses désirs, pour lui soutirer un argent qui correspond à un travail humain bien réel. Pour cela, les techniques de manipulation inventées par le marketing prétendent directement s'adresser à l'inconscient de l'individu à travers les images, les sons et les textes du monde virtuel. Se développe alors une économie de la captation de l'attention (Stiegler).

Dans le monde de la connexion généralisée, l'industrie du jeu video est devenu la première économie culturelle en chiffre d'affaire. Plus l'existence réelle de l'individu est décevante, plus son existence virtuelle devient le lieu fantasmatique de la réalisation de soi. Je suis chetif : le jeu video me rend puissant. Ma vie est sédentaire : le jeu video m'offre l'aventure. C'est parce que je n'existe que comme consommateur que dans cet société, le travail n'est valorisé que comme source de revenu. C'est parce que je réalise ma puissance par la machine que le travail, comme effort pour perfectionner ses capacités, apparaît comme au mieux fastidieux, au pire inutile. En définitive, le jeu video est le lieu de l'apprentissage des valeurs du capitalisme en réseau : le rapport de compétition avec les autres, la relation humaine comme échange économique...

Dans le monde du jeu video, mon avatar est immortel et l'avatar d'autrui peut-être détruit sans dommage. Mais derrière son avatar, sa personnalité et sa psychologie sont elles réelles : les insultes qui lui sont proférées peuvent le détruire dans la réalité. C'est la conséquence que peut entraîner le cyber-harcellement. Dans cet effacement entre la réalité et le virtuel, il devient plus difficile encore d'établir la limite entre la chose que l'on peut traiter comme un objet et la personne humaine qui doit être respectée, entre le ludique et le sérieux. Tout devient sujet d'ironie, de moquerie: après tout, on peut rire de tout. Entre le jeu de simulation de vol et le pilotage de drone, il y a peu de différence, si ce n'est que la séance de tir dans le cas du drone occasionne des morts à des milliers de kilomètre de là.

 

La plus grande illusion qu'entretient le monde virtuel des jeux videos et du cyber-espace est celui de l'invisibiliation de la réalité. Précarisé économiquement, je peux me donner l'identité d'un nabab dans le jeu video. Le monde virtuel simule une toute puissance à effacer la réalité. Mais il n'en est rien : ce sont les rapports sociaux inégalitaires et les rapports de force politique hors du cyber-monde qui continuent à être déterminant. Les cyberguerres ne sont pas là où se jouent les conflits meurtriés. Car dans le cybermonde, les morts continuent à être virtuels : l'avatar qui meurt dans le cybermonde n’entraîne pas encore la mort réelle du joueur.

 

L'omni-surveillance : l'intimité à l'heure des big data.

 

Le monde analogique, celui de la télévision, avait prétendu faire éclater la frontière de l'intimité et de l'espace public avec la télé-réalité [Documentaire : Le temps de cerveau disponible].

Le web 2.0 a démultiplié les possibilités d'accéder à de l'information et du contenu. L'économie contributive (Stiegler) permet à chacun d'être source de profit, objet de profit, source d'information et récepteur d'information. Les médias non-participatifs se trouvent détrônés de leur centralité. Là encore, c'est le triomphe du réseau sans centralité et où chaque individu peut avoir l'impression d'être lui-même un pôle narcissique, d'avoir son ¼ d'heure warholien de gloire. Mais bien évidement dans le filet du réseau certains nœuds ont plus de poids que d'autres et attirent dans leurs rets davantage de trafic. Néanmoins, le réseau se proclame comme le triomphe d'une liberté d'expression qui échappe au contrôle de la centralité étatique. Liberté d'expression qui est là encore le revers du relativisme libéral (Michea) et postmoderne : toutes les interprétations constituent une perspective possible dans le monde connecté – si toutes les pensées se valent, alors aucune n'a de valeur, si ce n'est la valeur économique que lui confère le marché.

Mais le revers de cette liberté de s'exposer et de s'exprimer est celle des traces laissées sur la toile. Sont ainsi créées des milliers de données qui pour la NSA ou les entreprises du Net n'ont plus rien de privée : données qui sont d'autant plus nombreuses et recelent d'autant plus de possibilité qu'elles sont générées par tous les appareils connectés au réseau que nous utilisons. Ainsi s'efface encore la frontière de l'intime et du public. A travers, l'ensemble de ses données, le marketing ciblé définit le profil (l'identité commerciale personnelle) de chacun. [Georges Orwell : 1984]

 

Le croisement par l'analyse statistique de toutes ses données permet de nous connaître mieux que chacun ne se connaît lui-même. L'analyse prédictive prétend aller jusqu'à prévoir nos comportements générant déjà un usage par la police criminelle de ces technologies. [Film : Minority Report]. Alors dans le monde de la connexion généralisée, les droits des Etats nations deviennent impuissants à garantir leur souveraineté étatique sur les données privées de leurs propres ressortissants.

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