Des limites de la transférabilité

 

 

L’intelligence générale et un apprentissage réussi semblent se caractériser par la capacité à repérer et à appliquer des raisonnements identiques à des situations analogues. Cette capacité de transfert consiste à éliminer les effets de surface superficiels afin de ne prendre en compte que la structure du problème. Néanmoins, est-il possible de supposer qu’il existe une capacité générale à raisonner qui pourrait être appliquée indépendamment de tout contenu ?

 

Intelligence Générale et éducabilité cognitive

 

L’existence d’une discipline telle que la logique formelle laisse supposer qu’il existe un ensemble de raisonnements formels qui peuvent s’appliquer universellement indépendamment de tout contenu.

 

La notion d’intelligence générale ou facteur G développée par Spearman consiste à supposer qu’il existerait une aptitude au raisonnement formel abstrait inné qui déterminerait la capacité à réaliser toutes les taches indépendamment du contenu. Un haut niveau de performance à des tests de raisonnement abstraits (genre matrice de Raven) déterminerait un haut niveau de performance aussi bien en raisonnement spatial, numérique ou verbal.

 

Les théories sur l’éducabilité cognitive se distinguent des théories sur l’intelligence générale innée en ce qu’elles supposent qu’il est possible d’augmenter par l'entraînement la capacité de raisonnement générale. Une fois l’aptitude générale au raisonnement entraînée, il serait possible de transférer cette aptitude à l’ensemble des tâches qui supposent le même type de raisonnement.

 

Néanmoins, les travaux visant à mesurer les résultats de l’éducabilité cognitive sont décevant. Si les sujets augmentent leur capacité à réaliser les raisonnements sur lesquels ils se sont entraînés, ils n’augmentent pas leur capacité à les réutiliser en les appliquant à d’autres tâches.

 

Les limites de la capacité de transfert

 

Des tests ont conduit à relativiser la capacité de transfert des opérations formelles indépendamment de tout contenu.

 

Ainsi, un expert du jeu d’échec habitué à mémoriser la disposition des pièces d’un jeu d’échec ne fait pas preuve d’une mémoire exceptionnelle lorsqu’il l’applique à d’autres domaines.

 

De même des experts habitués à certains types de raisonnements complexes dans leur domaine d’activité professionnelle peuvent commettre des erreurs de raisonnement lorsqu’ils doivent résoudre des problèmes liés à d’autres domaines d’activités alors même que ceux-ci font appel au même type de raisonnement.

 

Ce phénomène apparaît également concernant la compréhension de lecture. Pour comprendre un texte portant sur le base ball, il vaut mieux connaître le jeu de base ball que d’être un bon lecteur.

 

Mémoire sémantique et transférabilité

 

Alain Lieury a montré que la réussite scolaire était davantage corrélée à la mémoire sémantique qu’à une capacité générale de raisonnement.

 

En mathématiques, l’échec du programme logisciste a mis un coup d’arrêt à la prétention de réduire les mathématiques à la logique formelle. Aucune discipline scolaire n’est réductible à une simple activité de raisonnement formelle.

 

Ainsi, si l’on prend l’exemple d’un sujet de dissertation en philosophie, plus que la capacité à opérer une analyse logique de la question, le problème ne peut être dégagé que par une compréhension sémantique de la phrase.

 

Par exemple, le sujet: La liberté a-t-elle un prix ?

 

La difficulté de ce sujet provient de la polysémie de la notion de “prix”. L’interprétation de la notion de prix peut renvoyer certes à une valeur économique, mais elle peut également désigner une valeur morale. Si la liberté n’a pas de prix économique, a-t-elle au sens figuré un prix moral ?

 

 

Conclusion: L’expertise n’est pas liée avant tout à une compétence de raisonnement générale. Elle est liée une maîtrise approfondie du réseau sémantique propre à un domaine disciplinaire spécifique.   

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