Lecture et réussite scolaire

 

Les études sociologiques mettent en relief la baisse de la lecture, en particulier à partir de la fin du collège, chez les élèves quel que soit leur milieu social d’origine, mais plus particulièrement lorsqu’il s’agit de garçons. Néanmoins, il est possible de se demander si cette baisse de la lecture a le même impact quel que soit le milieu social d’origine.

 

La lecture: encore nécessaire à la réussite scolaire ?

 

Il est possible de constater que la baisse de la lecture ne semble pas avoir d’incidence sur la réussite scolaire des élèves garçons des classes moyennes supérieures qui s’orientent vers les sections scientifiques.

Il serait possible d’évoquer la place de la culture scientifique et technique, qui rend moins nécessaire la maîtrise d’une culture classique, en particulier littéraire.

De même, les études sur la réussite universitaire font apparaître un rapport différencié à la lecture en fonction des filières. Autant la réussite universitaire semble corrélée dans les sections lettres et sciences humaines avec des lectures personnelles, autant les filières scientifiques semblent plutôt faire appel à un travail personnel centré sur le fait de refaire les exercices.

 

La lecture comme facteur de compensation des inégalités sociales

 

Néanmoins, il est possible de se demander si ce qui est valable pour les garçons issus des classes moyennes supérieures l’est pour l’ensemble des groupes sociaux.

 

En effet, si on admet que la maîtrise sémantique constitue un facteur fondamental de la réussite scolaire, il est possible d'émettre l’hypothèse que dans les familles des classes moyennes supérieures, où il y a transmission du capital scolaire, il y a transmission d’un capital culturel linguistique, et en particulier sémantique. Les élèves acquièrent, par les discussions au sein de la famille et les fréquentations de celles-ci, la maîtrise d’un vocabulaire varié et précis.

 

A l’inverse, il est possible de supposer que pour les élèves issus des classes populaires, dans lesquelles un capital culturel scolaire ne peut pas être transmis par la famille, la lecture joue un rôle plus fondamental de compensation. La baisse du temps de lecture personnelle n’aurait pas alors un impact identique sur la réussite scolaire des élèves en fonction de leur milieu social.

 

Néanmoins, il n’est pas certain que la simple activité de lecture suffise toujours. J’ai pu constater que des élèves filles issues des classes moyennes déclarant lire beaucoup peuvent rencontrer de plus grandes difficultés dans la maîtrise du vocabulaire que par exemple des garçons issus des classes moyennes supérieures, ayant une moindre pratique de lecture.

La différence semble tenir dans la capacité à maîtriser le sens des mots. Ce n’est pas tant que le mot n’est pas connu, mais l’élève pense en connaître le sens, mais la définition qu’elle en propose est très approximative, voire à la limite du contresens.

Il semble donc qu’il ne faut pas seulement lire, mais qu’il faut également, au cours de la pratique de la lecture s’approprier la signification des mots employés, sans doute avec un usage du dictionnaire.

 

Des livres ou n’importe quelles lectures ?

 

Il est possible de penser que toutes les lectures personnelles se valent. C’est probable, mais peut-être jusqu’à un certain niveau. Il est sans doute exact que certaines lectures ne permettent pas de développer un vocabulaire aussi étendu que d’autres.

 

Mais au-delà de cela, il est possible de se demander si tous les types de lecture sont équivalents. Par exemple, un élève peut acquérir au collège un très bon niveau de maîtrise sémantique en lisant peu de romans, mais peut-être lit-il des articles d’encyclopédies, de revues ou d’autres textes informatifs courts.

 

En revanche, on peut se demander si à partir du lycée la lecture d’articles de presse ou de revues, de pages Internet a le même impact que la lecture d’un ouvrage sur le même sujet. Il est possible de supposer que la consultation, même sur un temps équivalent, de pages Internet, ne permet pas d’atteindre le même effet que la lecture d’ouvrages. En effet, la lecture d’un ouvrage demande une concentration, et possiblement par conséquent une réflexion plus approfondie, sur un même sujet.

 

 

De fait, on peut alors se demander si tous les types d’écrits permettent de développer à un même degré la maîtrise d’opérations intellectuelles supérieures. L’ouvrage demande de suivre un raisonnement plus longtemps, avec des informations plus précises et plus complexes que ne le permet la circulation hypertexte entre des pages Internet.   

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