Maîtrise du langage et réussite scolaire

 

 

La maîtrise du langage constitue probablement la caractéristique la plus fondamentale pour la réussite scolaire.

 

 

Parler: tous capables !

 

Une première question se pose. Elle consiste à se demander si tous les élèves, en particulier relativement à leur origine sociale, sont capables de réussir scolairement.

 

Jean-Pierre Terrail apporte dans ses travaux des éléments convaincants en s’appuyant de manière générale sur l’argumentation suivante: à partir du moment où les élèves qui arrivent dans l’institution scolaire savent parler, ils possèdent les capacités intellectuelles minimales pour accéder à l’ensemble des opérations intellectuelles supérieures. En effet, il semble contestable de supposer que les cultures sans écritures ont reposé sur des sociétés dont les individus étaient incapables de développer des opérations cognitives supérieures.

 

Néanmoins, lorsqu’on étudie la maîtrise du langage oral des enfants avant le début de l’école primaire et leur maîtrise à la fin, l’on constate qu’en fonction de leur milieu social, leur degré de maîtrise est inégal avant même le CP et que cela s’accentue au cours de l’école primaire: vocabulaire, complexité de la syntaxe…

 

Raisonnement général et mémoire sémantique

 

Une deuxième question qui se pose consiste à se demander si, dans la réussite scolaire, ce qui est le plus déterminant, ce sont des aptitudes innées de raisonnement (facteur G ou intelligence fluide) ou s’il s’agit de l’intelligence cristallisée (intelligence liée aux connaissances acquise).

 

Les travaux sur les enfants dits intellectuellement précoces affirment que 30% de ceux-ci seraient en situation d’échec scolaire. Comment un tel fait est-il possible?

 

Cela devient plus compréhensible si la réussite scolaire n’est pas avant tout corrélée avec la capacité générale de raisonnement, mais avec l’intelligence cristallisée. C’est ce que montrent les travaux d’Alain Lieury sur la mémoire sémantique. La réussite scolaire des élèves est corrélée à leur mémoire du sens des mots.

 

Il est possible de supposer, même si cette corrélation est moins forte en mathématiques, qu’elle intervient également dans l’inégalité sociale de la réussite scolaire en mathématiques. En effet, lors des évaluations vers la fin du collège par exemple, dans les comparaisons PISA, les élèves issus des classes populaires accusent de bien plus faibles performances que ceux issus des classes moyennes supérieures.

 

La lecture comme facteur de compensation

 

La troisième question que l’on peut alors se poser consiste à se demander si cette inégalité sociale dans la maîtrise du langage est une fatalité sociale.

 

Une étude publiée en Royaume Unis durant l’été 2013 met en lumière que le fait de lire par plaisir, en dehors donc des lectures obligatoires du système scolaire, constitue une variable plus importante dans la réussite scolaire des élèves que le capital scolaire de leur parent.

 

Par conséquent, il est possible de faire apparaître deux autres obstacles à la réussite scolaire. Le premier tient aux difficultés rencontrées par l’élève dans l’apprentissage de la lecture, en particulier les cas de dyslexie.

Le second tient à la baisse de la lecture dans toutes les couches sociales. Cette baisse est accentuée chez les garçons, en particulier des milieux populaires, car la lecture est associée à une activité féminine. A cela il faut ajouter le fait que les familles des milieux populaires possèdent moins de livres et ont une moindre pratique de fréquentation des bibliothèques.

 

 

Conclusion: Il est possible ainsi de constater qu’un ensemble de travaux souligne l’importance de la maîtrise du langage dans la réussite scolaire. Si tous les élèves possèdent des capacités qui leur permettent de réussir, en revanche la maîtrise des ressources sémantiques du langage est socialement inégalitaire. Or il s’agit d’une condition de possibilité d’acquisition des autres compétences, comme celles en mathématiques. En revanche, il n’y a pas de fatalisme sociologique: en effet les lectures personnelles peuvent agir comme un facteur de compensation.

 

Bibliographie:

 

Lieury Alain, Mémoire et réussite scolaire, Paris, Dunod, 2012.

Terrail Jean-Pierre, L'inégalité scolaire, Paris, La Dispute, 2002.

 

Référence de l'étude anglaise sur la correlation entre la lecture et la réussite scolaire:

http://www.campagnepourlalecture.ca/research/la-lecture-pour-le-plaisir-et-la-reussite-scolaire/ 

 

 

 

  

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