Eléments sur la réussite scolaire (IV)

 

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Remarques :

 

Les limites du système d'enseignement actuel quant à ces dimensions de la réussite scolaire

 

Points généraux: 1) un système qui n’utilise pas assez comme ressource les centres d’intérêts, le désir de savoir ou le questionnement des élèves 2) un système qui ne les aide pas assez à construire un rapport signifiant pour eux aux savoirs 3) un système qui ne développe pas suffisamment l’autonomie (recherches et lectures complémentaires) 4) un système qui ne vise pas suffisamment le développement de la créativité et de la réflexion personnelle

 

- La place de la motivation intrinsèque : Favoriser la motivation intrinsèque des élèves, suppose d'être capable de donner une place dans le rapport aux savoirs à la construction du désir d'apprendre et à la capacité à donner un sens aux savoirs.

Il est sans doute nécessaire de pouvoir réserver un temps avant chaque apprentissage nouveau à la construction de ses dimensions subjectives par les élèves. Ce qui supposerait de disposer de temps consacré à des discussions d’ordre métacognitif avec les élèves.

Il serait sans doute également nécessaire de prendre du temps ensuite pour faire faire des TPE (travaux pratiques encadrés) aux élèves dans lequel ils mettent en lien les savoirs acquis avec des sujets qui font sens pour eux.

Il semblerait intéressant ainsi de prendre le temps de s’éloigner du traitement au pied de la lettre des programmes officiels pour mieux pouvoir les traiter en définitif. L’exigence de traitement du programme chez les enseignants les conduit à ne pas pouvoir s’appuyer sur le désir d’apprendre des élèves lorsqu’il existe et à développer un rapport utilitariste aux savoirs chez les élèves, plutôt qu’un authentique désir d’apprendre. L’obnubilation des exigences de traitement formel du programme se fait au détriment, chez les élèves, d’une recherche de maîtrise réelle des contenus du programme.

 

- L'engagement dans la tâche : Trop souvent domine encore dans le discours des enseignants, l'idée que la réussite scolaire est liée à un potentiel que le travail même ne saurait produire. Il y aurait deux types d'élèves. Les élèves qui n'ont pas de potentiel : ils peuvent travailler, mais ils ne pourront jamais atteindre l'excellence. Les élèves qui ont du potentiel et qui ne l'utilisent pas nécessairement. Néanmoins, le jour où ils s'y mettront, ils pourront atteindre l'excellence.

Il y a un sous-entendu discutable : c'est la fixité des capacités qui seraient déterminées par un potentiel donné avant le travail lui-même. Or rien ne prouve que les capacités ne puissent pas être produites au cours de l'activité. Plus on s’engage dans une tâche, plus il est possible que l’on développe les capacités cognitives que requiert cette tâche.

 

- Le métier d’élève: Des travaux (Perrenoud) ont montré que le métier d’élève tel qu’il s’élabore actuellement dans la pratique repose sur l’apprentissage d’un ensemble de savoirs-être et faire informels à visées utilitaristes: faire semblant d’avoir fait le travail, tricher pour améliorer ses résultats, travailler juste ce qu’il faut….Dubet a souligné les traits utilitaristes des nouveaux lycéens: rapport instrumental au savoir scolaire, préférence pour un enseignant efficace plutôt que pour un enseignant compétent dans sa discipline….Or cet ethos utilitariste n’est pas celui qui est le plus propice à favoriser la réussite scolaire.

 

- La place de la secondarisation : Elle suppose sans doute d'avoir le temps de discuter avec les élèves de leur rapport aux savoirs de manière à les aider à construire une attitude réflexive. Ce temps accordé à la métacognition est nécessaire si l’on veut pouvoir travailler sur les obstacles qui se situent au niveau du rapport au savoir des élèves, en particulier lorsqu’ils sont en échec scolaire.

 

- L'apprentissage autodéterminé : Parvenir à former des apprenants auto-déterminés suppose sans doute de pouvoir accorder davantage de place à des pédagogies auto-régulées. Là encore le fait de développer le travail sous forme de TPE permet aux élèves d’apprendre à effectuer des recherches documentaires et des lectures plus personnelles sur un sujet donné. Il est sans doute nécessaire de développer ce type de pratiques pour limiter l’échec à l’université. Les élèves de lycée ne sont pas suffisamment préparés à l’avance aux études universitaires. Même les meilleurs élèves qui se dirigent vers les classes préparatoires y vont parce qu’ils y sont plus encadrés qu’à l’université.

 

- Créativité et talent :

L’importance accordée par les enseignants à ce que les élèves maîtrisent les réquisits formels des épreuves les conduit à exiger d’eux d’effacer toute implication subjective et créatrice dans le travail scolaire.

Les formes de l'excellence scolaire en France (classes préparatoires) reposent sur le développement de deux aptitudes : la capacité de travail et la capacité à suivre des règles. Il s'agit d'un modèle de l'excellence que l'on pourrait qualifier de traditionnel. Ce qui est paradoxal, c'est que ce système d'excellence ne s’intéresse pas à développer les capacités de créativité qui sont pourtant fortement valorisées par le nouvel esprit du capitalisme.

Cela est d'autant plus étonnant que les pratiques de management actuelles essaient de mettre en place des techniques de repérage des talents et de “hauts potentiels”. Or cette notion de talent dans le système du néo-management semble liée à la créativité car il s'agit de produire de l'innovation. Il est intéressant à cet égard de noter les liens qui existent entre la démarche de la psychologie du haut potentiel intellectuel (HPI) et la recherche de talent dans le management. Ces psychologues soutiennent le présupposé d'un lien entre le haut potentiel et le talent : le haut potentiel serait, certes non suffisant, mais néanmoins une condition nécessaire pour l'existence du talent, c'est à dire de la haute performance dans un domaine donné.

Néanmoins, le peu de reconnaissance dont bénéficie en France au sein de l’entreprise, le doctorat, semble indiquer que c’est l’ensemble du système français - même professionnel- qui est peu ouvert à l’innovation. Car si les étudiants n’apprennent pas à être des esprits créatifs en classe préparatoire, cette qualité peut être davantage appréciable en doctorat (si elle n’a pas été totalement inhibée avant par la classe préparatoire).

 

- Travailler dans l'urgence : Les importantes capacités de travail qui sont requises en classe préparatoire ne visent pas à favoriser l'engagement authentique dans la tâche. La classe préparatoire ne vise pas le loisir de penser, mais à apprendre à travailler dans l'urgence. Il s'agit là d'une capacité recherchée dans le capitalisme par projet. Il s'agit par exemple d'être capable de gérer le stress et l'intensité d'un « rush ». Bourdieu avait déjà mis en valeur ce décalage entre l’ethos de la classe préparatoire et celui du scientifique.

 

 

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