La cré'action de guerilla sociale et artisitique (Deuxième partie)

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Deuxième partie:

 

3) Le travail comme création :

 

Les SR (dans leur version intellectuelle, Sorel, Berth...) sont très intéressés par les théories du philosophe Bergson.

Pour ce dernier, la vie, et donc l'action humaine, est création. La création est source de joie.

En outre, Bergson affirme que le possible ne préexiste pas au réel: il y a toujours plus dans le réel que dans le possible. On demande à Bergson : « vous qui êtes philosophe est-ce que vous pourriez nous prédire la prochaine oeuvre de génie ». Réponse : « si je le savais, je le ferais moi même ». Puis Bergson explique que la question présuppose l'idée que le futur pré-existerait déjà quelque part. Or pour lui, l'action crée radicalement le futur. Il y a une imprévisible création de nouveauté.

 

Néanmoins, la plupart du temps, on n'agit pas. On est englué dans l'habitude d'un moi superficiel qui est notre moi qui s'est solidifié dans des habitudes. L'évènement créateur suppose de sortir des habitudes, et implique le jaillissement de notre moi profond, de notre énergie vitale. Cette situation se traduit dans l’histoire par l'évènement.

 

Quel que soit notre travail, que l'on soit artiste, ou militant – car il y a aussi un travail militant – cela suppose d'être capable de sortir des habitudes pour créer l'évènement.

 

  1. 4.      Le rôle du mythe dans l'action de transformation sociale

 

            Le philosophe Georges Sorel considère que son rôle n'est pas de jouer le guide de la révolution, mais simplement de produire une théorie qui rende compte de la manière dont agit le mouvement révolutionnaire, le mouvement syndical.

            Il s'oppose à ceux qu'il appelle les docteurs du socialisme, toujours prêts à critiquer les militants SR et à expliquer comment il faut faire la révolution, et surtout comment il est encore trop tôt car les forces productives ne sont pas prêtes. Pour les SR, ces scientifiques ne peuvent rien prédire car justement, l'action est création.

 

Sorel s'intéresse particulièrement au rôle que joue l'appel à la grève générale.

 

La grève générale lui apparaît comme un mythe mobilisateur : les mouvements d'action collective ont besoin d'un imaginaire qui les incite à l'action. L'imaginaire est une des dimensions du caractère créateur de l'action. L'imaginaire nous dit que ce qui est pourrait être autrement.

 

On se souvient par exemple du rôle important qu'a joué en Mai 68 la thématique de l'imagination : « l'imagination au pouvoir ».

 

On pourrait également citer l’exemple du mouvement du Contrat Première Embauche (CPE)  qui a été, il me semble, l'un des mouvements les plus intéressants en France dans les années 2000 et qui a été un mouvement victorieux: le Collectif d'artistes graphistes “Ne pas plier”  a produit un autocollant qui joue sur la force du mythe révolutionnaire de La grève générale, avec “Rêve général”.

A chaque fois, qu'il y a un mouvement important en France arrive un moment où se pose la question de la grève générale. C'est-à-dire la question du blocage de l'économie, du surgissement de l'évènement qui arrête la production et modifie les relations interpersonnelles, la sortie de la vie quotidienne.  La grève générale, c'est le rêve d'« on arrête tout et on recommence » (L'an 01 de Gébé).

 

Mais avec la grève générale, on n'est plus dans la guérilla, mais dans la grande guerre, dans l'affrontement à un niveau national.

 

Néanmoins, avec les grèves partielles, on était pour Sorel dans des actions de guérilla qui préparaient et entraînaient les militants SR à la grève générale. Les moyens d'amélioration immédiats sont des moyens en continuité avec une transformation radicale de la société.

 

5) L'action de guerilla : la situation et l'abduction

 

L'imagination intervient à un autre moment dans l'action pragmatiste, c'est dans le rapport à la situation.

Pour sortir des habitudes, il faut faire preuve d'imagination. Mais il faut également que l'action soit efficace. Pour cela, elle suppose d'être adéquate à la situation. Cela signifie qu'il n'y a pas de recettes toutes faites.

Marx disait que tout événement historique se rejoue deux fois: une fois sur le mode sérieux de la tragédie et l'autre sur le mode de la farce. Pas pour les pragmatistes.

Les étudiants en 2008 ont voulu rejouer la lutte du CPE en 2006 : rejouer cela veut dire appliquer les mêmes méthodes alors que les circonstances n'étaient plus les mêmes. Même quand ils voient que cela ne marche pas, ils restent bloqués sur des positions de principes.

 

Le philosophe pragmatiste Charles Sanders Pierce a théorisé un mode de raisonnement en science qui est l'abduction. Le scientifique, pour faire des découvertes, ne se contente pas de faire des observations. Il ne s'appuie pas non plus sur des déductions qui supposent d'avoir déjà été trouvées pour être réalisées. Pour effectuer des découvertes, le scientifique doit imaginer des hypothèses générales à partir de la situation qu'il a observée et ensuite il doit vérifier ces hypothèses. Il n'y a donc pas d'opposition entre le scientifique et l'artiste, mais des continuités entre ces deux activités.

 

L'action militante suppose elle aussi la capacité à imaginer les hypothèses les plus adéquates à la situation que l'on va expérimenter. Ces hypothèses doivent mettre en lien la situation immédiate et le projet de transformation sociale que l'on s'est fixé.

 

Etre pragmatique, cela consiste donc à être capable d'imaginer des hypothèses qui aillent dans le sens d'une transformation radicale tout en permettant des améliorations immédiates. C'est ce que les syndicalistes révolutionnaires appellent la double besogne. Elle consiste pour eux dans les améliorations immédiates quotidiennes (ex: la lutte pour la journée de 8h) et dans la grève générale expropriatrice.

 

Exemple: Le Guerrilla Gardening: initié dans les années 1970 par l'artiste Liz Christy à New York,  son idée était d'abord de semer de manière illégale des graines  dans des friches urbaines. L'idée conduit à la constitution de jardins collectifs qui constituent des espaces d'expérimentation de nouvelles formes de vie.  Cette action conduit à effectuer une critique de la vie quotidienne qui interroge: a) la réalité urbaine b) la place de l'environnement naturel dans l'espace urbain c) mais au-delà également, la survie alimentaire et environnementale d'une humanité qui est devenue majoritairement citadine.

Il s'agit donc d'une action qui se trouve à la croisée entre la performance artistique et le militantisme écologiste. Il s'agit d'une forme d'artivisme.

 

Néanmoins, la réalité en France du Guerrilla gardenning montre les dangers idéologiques auxquels se trouve exposée la critique artiste puisque c'est un mouvement qui s'est retrouvé récupéré comme  concept de communication pour une ville durable (je reviendrai sur la question de la récupération de la critique artiste à la fin de ma présentation).

 

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