Représentation, réalisme et constructivisme

 

- Un problème en théorie de la connaissance -

 

La tradition philosophique dominante, dite réaliste, a fait de la connaissance une représentation objective de la réalité, une copie. Les positions relativistes - dont l’une des formes récentes avait été défendue par Richard Rorty - ont consisté à remettre en cause la prétention à la vérité entendue comme adéquation à la réalité. Il s’agit ici de remettre en cause la légitimité d’une telle antinomie. Dire que la connaissance est une construction ne signifie pas nécessairement abandonner la prétention à une connaissance de la réalité.

 

L’épistémologie réaliste classique construit une fiction de l’activité de connaissance pour garantir l’objectivité scientifique. Le scientifique adopte un point de vue de nulle part et produit une copie exacte et neutre de la réalité.

 

Cette théorie est une fiction à plusieurs égards:

 

a) Le scientifique n’est pas transcendant à la réalité, mais il lui est immanent. Il a donc un point de vue sur cette réalité. Son point de départ n’est donc pas neutre et objectif. La neutralité scientifique ressemble à la transposition dans le champ scientifique de l’ethos religieux. Le scientifique se désengage du monde et se situe dans un retrait monastique. Il se transforme en contemplatif et en moine copiste de la réalité.

 

b) Or le scientifique ne produit pas une représentation ou une copie, mais il construit des connaissances en particulier par la production d’hypothèses et la construction de théories. Il a donc une part active dans la connaissance. Néanmoins cette construction vise à connaître la réalité de la manière la plus exacte possible.

 

c) L’idéal épistémique continue donc d’être l’adéquation entre cette construction et la réalité. C’est pourquoi cette construction implique des expérimentations visant à éprouver, en les confrontant au réel, les hypothèses c’est-à-dire les constructions produites par le scientifique. C’est donc cette confrontation qui conduit à éliminer les constructions imaginaires qui ne sont pas compatibles avec la réalité.

 

d) La vérité comme connaissance totale de la réalité implique la capacité à construire une image unifiée de la réalité. Néanmoins, il s’agit d’un idéal épistémique dans la mesure où une image totale de la réalité est impossible. En effet, elle devrait comprendre une connaissance de la connaissance elle-même. Or la connaissance de la réalité provoque une transformation de la réalité en lui ajoutant une nouvelle image de la réalité.

 

Conclusion: L’usage de la notion de constructivisme est ambigüe. Elle peut impliquer une stratégie qui vise à montrer que tout discours scientifique est une construction et ne peut donc pas être une copie fidèle de la réalité.

Une autre stratégie vise à montrer que toute copie est une construction, mais cela n’implique pas pour autant que cela doive conduire à renoncer à l’idéal épistémique de connaissance exacte et objective de la réalité.

 

Il s’agit sans doute à cet égard de changer l’éthique du savant. Il ne s’agit pas de faire croire que celui-ci est neutre en construisant une fiction d’un être désintéressé et sans inscription sociale. Néanmoins, le fait d’avoir une inscription sociale ne libère pas le scientifique du fait de s’efforcer à l’objectivité scientifique. Celle-ci n’est pas un état de fait idéal, mais une exigence éthique de l’activité scientifique.

L’objectivité scientifique n’est pas le produit d’un désengagement de la réalité-, mais au contraire le produit d’une mise à l’épreuve dans la réalité de ses hypothèses théoriques par l’expérimentation et la critique argumentée.  

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