Epistémologie, nature et écologie

 

Les théories de la connaissance sont des indicateurs de notre rapport au réel et plus particulièrement à la nature. Il est possible de distinguer ces différents rapports en fonction des types d’activités sociales. Mais quel serait alors le type d’activité sociale qui, dans sa pratique, implique une épistémologie écologique ?

 

- Le rapport artisanal à la nature: Un premier type de rapport à la nature est celui de la technique traditionnelle ou artisanale. La technique est liée à une recherche d’efficacité et d’utilité. Elle induit un rapport instrumental aux objets naturels. Mais dans la technique traditionnelle, il n’y a pas de rupture avec la nature. La technique peut être pensée comme un prolongement de la nature, comme une prothèse. C’est le cas de l’outil qui prolonge la main.

 

- L’humanisme religieux et la nature: L’humanisme religieux conçoit l’être humain comme un esprit qui transcende la nature. Il y a une dualité entre le sujet connaissant (esprit) et l’objet connu (la nature matérielle). La personne humaine se situe au-dessus des choses naturelles. Elle se donne pour objectif de la contempler et d’en réfléchir l’image

 

- La raison scientifique face à la nature: Le rationalisme de la science moderne se caractérise par son arraisonnement de la nature: toute chose doit avoir une raison ou une cause. Il faut faire rendre raison à la nature. En outre, la nature est transformée en réalité matérielle mathématisable, donc quantifiable et calculable. Cette approche hérite de l’humanisme religieux l’idée selon laquelle la réalité matérielle peut être traitée comme un objet.

 

- Le rapport techno-scientifique: Pour faire rendre raison à la nature, il ne faut pas se contenter de la contempler, mais il faut utiliser des instruments techniques susceptibles d’arracher une connaissance au-delà de l’apparence. C’est le rôle de l’expérimentation scientifique.

 

- Le rapport marchand à la nature: Le libéralisme économique hérite de ces traditions. Le sujet est au-dessus de la nature, qu’il peut traiter comme un objet. La nature peut être traitée comme un réservoir de matière première au service des êtres humains, comme un instrument au service du bien-être matériel. La réalité naturelle peut faire l’objet d’une quantification marchande de manière à en fixer le prix.

 

- L’épistémologie de la création artistique: Avec la distinction entre l’art et la technique, l’art devient création originale. Une épistémologie de la création artistique ne conçoit pas la connaissance comme contemplation et représentation. La connaissance scientifique devient alors création de théories.

 

- L’épistémologie du producteur: L’activité scientifique est un travail productif. Il ne s’agit pas de contempler la réalité pour la connaître. Il faut la transformer de manière à la rendre connaissable.

 

- L’écologie ou une épistémologie domestique: La modernité, sous différentes formes, a rejeté le rapport domestique au monde. L’économie moderne est l’économie marchande et non l’économie domestique. L’ethos extra-mondain de la religion a rejeté les intérêts sensibles - les besoins liés à la subsistance quotidienne - attachés au monde domestique. La science moderne a renvoyé le monde domestique à un savoir du sens commun, à des arts du quotidien, qu’il fallait dépasser. L’économie de la production a renvoyé l’activité domestique à du non-travail, à une activité servile.

C’est ainsi que les savoirs féminins liés à cette économie domestique ont été dévalorisés, voir persécutés: savoir sur les plantes, sexocide des sorcières....

Mais quel serait alors une épistémologie du monde domestique ? Une épistémologie qui entretient un rapport domestique à la nature ? Il s’agit d’une épistémologie du care (éthique de la sollicitude). Connaître s’effectue alors dans une relation qui est celle du prendre soin, de la préservation, du souci, de la sollicitude...

 

 

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