Kropotkine Pierre, La guerre

 

Editions Artibella, 2013, 80 p., 9 euros

 

Les éditions Artibella republient un texte de Kropotkine datant de 1912 dans lequel ce dernier propose une analyse de la guerre dans le contexte d’un déclenchement perçu comme proche d’un affrontement qui embraserait toute l’Europe. Il s’agit ainsi d’un texte annonciateur de la Première Guerre mondiale.

 

L’article de Kropotkine est accompagné d’une postface de René Berthier qui l’analyse à la lumière de la signature par l’auteur du Manifeste des Seize. En effet, en mars 1916, Kropotkine, avec d’autres anarchistes, signe un texte dans lequel ils appellent à rompre avec les positions anti-militaristes et pacifistes des anarchistes pour s’opposer aux visées pangermanistes de l’Allemagne. René Berthier rappelle comment, bien que minoritaire au sein du mouvement anarchiste, cette prise de position provoqua une vive polémique.

 

Néanmoins, dans La guerre, Kropotkine ne prend pas encore de telles positions, mais s’attache à fournir une analyse des guerres contemporaines. Il met ainsi en lumière plusieurs éléments. Le premier est le caractère économique de l’origine des guerres. Il prend ainsi position contre les analyses qui font de la guerre un phénomène moral lié à des enjeux d’honneur au sein de l’aristocratie. En cela, il rejoint les prises de position de Proudhon, dans le second volume de La guerre et la paix, pour qui toute guerre trouve son origine dans des causes économiques.

 

La deuxième dimension que Kropotkine met en avant, c’est le rôle de la finance dans la guerre. C’est peut être en cela que son analyse semble trouver l’écho le plus actuel. Il souligne le rôle des stratégies économiques des banques et des dettes contractées par les Etats dans le déclenchement des guerres. Il est possible néanmoins de nuancer le propos de Kropotkine, qui tend à insister peut être de manière exagérée sur le rôle des “complots tramés par les flibustiers de la finance” (p.14). Cet élément tend à donner un caractère un peu trop intentionnaliste à son analyse et peut conduire à sous-estimer l’existence de formes de polyarchie parmi les dominants qui peuvent expliquer les conflits que ceux-ci se livrent.

 

Le troisième élément sur lequel insiste Kropotkine porte sur les relations entre les politiques d’Etat et l’orientation de l’économie industrielle. Sa thèse est que les politiques d’Etat tendent à orienter l’économie industrielle vers des formes qui en font une économie de guerre. Cela se traduit en particulier par le fait que les Etats favorisent le développement d’une industrie de l’armement.

 

Enfin, il termine son analyse en insistant sur les effets économiques des guerres et leurs conséquences en termes de crises économiques.

 

Irène Pereira

 

 

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