Rapports sociaux et relations sociales

 

            La distinction entre relations sociales et rapports sociaux permet une articulation dans le cadre d’une sociologie pragmatiste entre deux niveaux d’analyse.

 

            La distinction entre relations sociales et rapports sociaux a été proposée par la sociologue Danièle Kergoat (Voir par exemple Se battre disent-elles..., La Dispute, 2012).

 

 1- Trois dimensions de l’analyse sociologique et psychosociologique.

 

a- Trois dimensions du social: subjectivité, actions, système

 

L’analyse sociologique peut se situer:

- tout d’abord au niveau de la subjectivité des acteurs: de leurs intentions et de leurs sentiments (sociologie compréhensive)

- ou au niveau de la totalité sociale (sociologies systémiques: système fonctionnaliste ou système structuraliste)

- ou au niveau des actions des acteurs (sociologies actionnistes).

 

b- Trois types d’actions:

 

- L’action individuelle

- L’interaction interpersonnelle

- L’action collective

- Les interactions collectives

 

Dans le cadre d’une sociologie pragmatiste, on se situe dans le cadre d’une analyse des interactions individuelles ou collectives.

 

Deux types d’actes:

- physiques; actions non verbales, comportements

- verbaux: actes de discours

 

2- La sociologie pragmatiste, une sociologie actionniste et même interactionniste.

 

Ce sont les interactions qui construisent les subjectivités et les structures sociales (1).

 

a- Les rapports sociaux

 

Une approche pragmatiste des rapports sociaux peut s’appuyer sur la conceptualisation des rapports sociaux que propose Danièle Kergoat: le rapport social est un conflit qui construit deux groupes sociaux.

La notion de rapport social renvoie à une division sociale inégalitaire macrosociologique.

Il s’agit d’une approche conflictualiste du social: il s’agit d’étudier les conflits entre les groupes sociaux, les structures sociales inégalitaires.

 

b- Les relations sociales

 

Les individus ne préexistent pas au social: ils sont construits par les interactions sociales. Il sont situés au moins dans un groupe social dont les solidarités et les conflits construisent leurs identité. Néanmoins les interactions de l’individu au sein d’un ou de plusieurs groupes sociaux sont complexes. Il peut appartenir à plusieurs groupes, il peut changer de groupe (mobilité sociale), son comportement peut être en décalage avec certains de ses groupes d’appartenances....

 

Le niveau des interactions individuelles ne reproduit donc pas nécessairement les rapports sociaux inégalitaires. Par exemple, un individu homme peut au sein de son foyer faire davantage le ménage que son épouse. Il n’empêche qu’au niveau de la société dans son ensemble le rapport structurel n’est pas celui-là.

 

La notion de relation sociale désigne une interaction entre individus. Elle se situe donc au niveau microsociologique. C’est sur cette base que se créent les liens interpersonnels entre les individus et leurs relations subjectives affectives. Les interactions individuelles construisent la subjectivité des acteurs et actrices par le biais de la reconnaissance.

 

c- Interactions entre rapports sociaux et relations sociales

 

Les individus et les interactions individuelles sont d’abord situés dans des groupes sociaux qui construisent leur identité de manière dynamique. Il peuvent être membres de plusieurs groupes sociaux. En effet, il existe au sein de la société plusieurs rapports sociaux.

 

Leurs actions sont donc tendanciellement déterminées par ces appartenances sociales. Néanmoins, le niveau du rapport social et celui de la relation sociale ne coïncident pas nécessairement. Cela peut tenir en particulier au fait que la société est traversée par plusieurs rapports sociaux inégalitaires qui rendent les situations au niveau microsocial  très complexes.

 

On peut prendre l’exemple d’un couple hétérosexuel. Il existe, au niveau des rapports sociaux, une inégalité sociale entre hommes et femmes. Mais si l’on observe les relations de couples, il existe des comportements et des actes qui sont plus complexes que ceux du rapport social inégalitaire. Certains sont en adéquation avec le rapport social, mais d’autres peuvent le subvertir ou y résister

 

Par conséquent, une sociologie pragmatiste doit se donner pour objectif d’étudier:

a) les stratégies collectives des groupes sociaux dominants pour imposer leur domination

b) la reproduction dans les relations sociales des rapports sociaux inégalitaires

c) la manière dont, dans les relations interindividuelles, les rapports sociaux sont subvertis: soit par coopération, soit par conflit

d) les stratégies collectives de résistance des groupes sociaux dominés aux groupes sociaux dominants (2)

 

Conclusion:

 

Une sociologie pragmatiste des rapports sociaux:

- est une sociologie qui part des actions conflictuelles collectives entre groupes sociaux (c’est ce qui la distingue des approches interactionnistes individualistes de type interactionnisme symbolique et ethnométhodologie)

- mais c’est une sociologie qui ne néglige pas le niveau microsociologique car elle essaie justement d’analyser les reproductions et les résistances

 

(1): A la différence de la phénoménologie sociale d’Alfred Schutz, Mead, influencé en cela par le pragmatisme, part des interactions: celles-ci précèdent la signification et ce sont elles qui construisent la signification. La compréhension subjective n’est pas première. C’est dans l’ethnométhodologie qu’interaction et significations sont confondues. 

 

(2): Il existe dans l’ouvrage Asiles de Goffmann une analyse très intéressante des résistances microsociologiques. Elles sont à la fois une résistance et une adaptation aux institutions. Cette résistance est nécessaire car la parfaite conformation à l’institution serait impossible à l’individu. Mais en même temps, cette résistance micro-individuelle se distingue d’une action collective radicale par le fait qu’elle ne remet pas en cause l’existence même de l’institution ou sa transformation fondamentale.

 

 

 

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