Finalités de l’école et modèles d’individus

 

Les méthodes pédagogiques ne sont pas tant évaluables à leur réussite qu’aux modèles d’individus qu’elles se donnent pour ambition de produire.

 

1) Les pédagogies à visées républicaines:

 

- Le modèle humaniste ou l’honnête homme: Un premier modèle pédagogique est celui de la production de l’honnête homme. Celui-ci se caractérise par la possession de la culture classique. Ce citoyen doit avoir une tête bien pleine, mais surtout bien faîte (Montaigne). S’il est capable d’esprit critique, cette notion indique ici, dans un sens cartésien, la critique du préjugé. En revanche, il est prudent sur les questions politiques et sociales et enclin à la modération: c’est la recherche d’un consensus républicain qui prévaut. Il se reconnaît dans la défense des valeurs de base qui font l’unité de la communauté républicaine.

 

- Le modèle civique du soldat: La seconde finalité de l’école peut être de former un citoyen. Mais ce dernier n’est pas nécessairement là non plus caractérisé par un esprit de critique sociale. Il s’agit de former un citoyen qui respecte les lois de sa cité. Il s’agit en particulier de développer les qualités d’obéissance qui sont celles, en temps de guerre, du soldat.

 

2) La pédagogie à visée managériale:

 

- L’homme d’affaire ou le modèle utilitariste: il s’agit de former des individus qui sont capables de posséder des compétences économiquement utiles. L’instruction doit donc avoir deux finalités. La première, c’est d’être orientée vers l’action, l’efficacité pratique. La seconde, c’est d’avoir une utilité économique. L’autonomie est valorisée dans le sens d’esprit d’initiative, d’entreprise.

 

3) La pédagogie à visée démocratique:

 

- Le modèle civique du citoyen autonome: L’éducation a pour finalité de produire des citoyens capables de prendre collectivement et donc démocratiquement des décisions. Cette forme d’éducation repose sur la prise de parole dans l’espace collectif et la responsabilité individuelle face aux décisions prises collectivement. Elle peut valoriser des formes de désobéissance citoyennes ou civiques.

 

 4) La pédagogie à visée scientifique:

 

- Le modèle expérimental du savant:  A la différence de l’honnête homme, le chercheur ne se caractérise pas par la possession d’un savoir constitué. Au contraire, ce qui le spécifie, c’est sa capacité à rechercher par lui-même des connaissances et à construire le savoir. C’est la méthode expérimentale hypothético-déductive qui suppose une démarche d’enquête.

 

5) Les pédagogies qui visent l’épanouissement de l’individu:

 

- Le modèle créatif de l’artiste: L’éducation favorise la singularité créatrice de l’enfant, son authenticité. Elle valorise l’imagination et l’originalité.

 

- Le modèle de l’homme pratique: L’éducation vise à transmettre des savoir-être et des savoir-faire utiles pour l’individu. Ces savoirs n’ont pas une visée de rendement économique, mais ils sont utiles à l’individu dans sa vie pratique, pour vivre en société ou pour augmenter sa capacité d’agir de manière autonome.

 

Conclusion:

 

Il est possible de constater que les débats autour des méthodes et des finalités de l’école peuvent apparaître biaisés sur plusieurs points. Tout d’abord une méthode éducative n’est pas bonne ou mauvaise en soi, mais en fonction de la finalité sociale que l’on poursuit. Si on valorise une éducation qui met en avant l’épanouissement de la créativité de l’enfant, on n’attend pas nécessairement qu’il soit adapté en priorité au monde de l’entreprise.

Par ailleurs, il peut y avoir des confusions, même sur ce qu’on met derrière une même finalité qui peut paraître semblable. On peut par exemple affirmer que l’on veut éduquer des citoyens. Néanmoins, il est possible de voir que le modèle civique du soldat n’est pas celui du citoyen autonome. On peut affirmer vouloir transmettre des connaissances utiles: néanmoins ces connaissances peuvent être utiles dans une économie libérale, ou utiles pour la vie en société ou pour que l’individu puisse se débrouiller par lui-même (capacité d’agir). Ce ne sont pas les mêmes types d’utilité. On peut également vouloir former l’intelligence des enfants. Néanmoins, le modèle de l’honnête homme et celui du chercheur ne sont pas les mêmes et n’impliquent pas les mêmes méthodes. Enfin, on peut affirmer vouloir former l’esprit critique. Mais là encore, cette finalité est polysémique. Cela peut être l’esprit critique du citoyen républicain universaliste qui s’oppose aux préjugés et à l’obscurantisme. Mais cela peut être former à la critique sociale et à l’analyse des inégalités qui traversent la société: c’est un autre type encore d’esprit critique.

Si on prend l’exemple de la pédagogie pragmatiste de John Dewey, il est possible de constater qu’elle vise plusieurs finalités. La première, c’est de développer chez l’enfant l’esprit de l’enquête scientifique. La seconde, c’est de le socialiser à la vie démocratique. Il est intéressant de constater que, pour John Dewey, ces deux finalités ne sont pas distinctes: en effet le citoyen doit être en capacité de mettre en oeuvre des enquêtes sociales face aux problèmes qui peuvent se poser à la communauté. La pédagogie de Dewey n’est pas dénuée d’un esprit de critique sociale comme le montre Démocratie et éducation, où il critique l’existence de dualismes sociaux, d’inégalités sociales, qui divisent la société. Enfin, l’éducation vise l’épanouissement de l’individu. Mais pour Dewey, l’être humain est fondamentalement social: la plus grande forme d’épanouissement réside dans l’engagement public. Celui qui est altruiste agit dans ce sens justement parce que c’est une source d’épanouissement personnel pour lui. 

 

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