L’expérimentation en philosophie pragmatiste


 

L’anthropologie philosophique semble avoir distingué au sein de l’être humain différents éléments qui permettraient de rendre compte de son comportement: l’instinct, les sens, la raison, l’intelligence. L’instinct se présente comme une tendance innée qui pousse les êtres vivants à agir dans un sens donné. Les sens se présentent comme la condition de possibilité de l’acquis puisque c’est à travers les sens que les données extérieures peuvent être reçues par le sujet. L’intelligence (au sens d’intuition intellectuelle) est définissable comme la capacité à saisir par intuition une fin donnée.  La raison peut apparaître comme la capacité d’effectuer des raisonnements. Ceux-ci peuvent se fonder sur une intuition intellectuelle dans le cas de l’idéalisme rationaliste. S’il ne se fondent pas sur une intuition transcendante, ils deviennent relatifs à la nature de l’être humain, à son expérience sensible ou pratique.

 

Quel est l’intérêt philosophique de la notion d’expérimentation en philosophie pragmatiste ?

 

1- Contre le pur sensualisme:  A la différence du pur sensualisme (ou de l’empirisme), la notion d’expérimentation suppose une activité du sujet et se distingue ainsi de la réceptivité des sens.  

 

2- Contre le rationalisme: Ce qui distingue l’expérimentalisme de la philosophie pragmatiste, c’est qu’il ne consiste pas à fonder le savoir dans un a priori qui se situerait avant toute expérience sensible. L’expérimentalisme implique une méthode empirique.  

 

3. Contre l’intellectualisme: L’expérimentation permet de penser que le savoir ne procède pas d’une contemplation, d’une vision, mais suppose la mise en oeuvre d’une pratique.

 

4. Contre l’immédiateté de l’instinct: L’expérimentation se distingue de l’immédiateté en faisant intervenir la temporalité. Cette dernière est utilisée dans le cadre d’un dispositif méthodique permettant de tester la validité d’une hypothèse par la pratique. L’action n’est pas ici le produit d’un pur instinct inné et immuable. Cela suppose donc que la force vitale qui constitue la condition de possibilité de l’expérimentation possède une capacité à être infléchie par l’expérience pratique.

Cette tendance innée à avoir une capacité à être infléchie par la pratique, c’est ce que certains auteurs, en particulier Rousseau, ont appelé la perfectibilité. La notion de force de travail, chez Marx, possède également une telle particularité: elle permet de transformer la nature humaine.

 

Conclusion: Le pragmatisme apparaît comme opposé à l’idéalisme rationaliste. Ce dernier fonde le savoir sur une intuition intellectuelle, qui trouve sa source, non dans une tendance naturelle, mais dans l’esprit humain, et qui permet de fonder un raisonnement intellectuel.

L’expérimentation apparaît donc comme un processus de rationalisation par la pratique de la spontanéité vitale du sujet. Le sujet, au lieu d’agir en suivant la spontanéité de son désir, est conduit à tenir compte de la réalité pour assurer sa survie.

 

 

Annexe: La philosophie expérimentale

 

On assiste au developpement, par exemple en philosophie morale (Ruwen Ogien, Florian Cova...) de la philosophie expérimentale.

La philosophie expérimentale tente d'interpréter des expériences de pensée ou de psychologie sociale.

De ce point de vue, elle entretient des liens avec le pragmatisme. En effet, il s'agit de tenter de trancher des hypothèses philosophiques à partir de leurs conséquences expérimentales. 

Lorsqu'on lie les travaux de philosophie expérimentale, on peut constater qu'ils portent sur l'interprétation philosophique que l'on peut faire des résultats d'expériences de pensée et de psycho-sociologie.

Il est intéressant de constater que l'on est ici prôche de la thèse Quine-Duhem. En effet, selon ces deux auteurs, une expérience ne peut pas réfuter une hypothèse. Cela tient au fait que l'expérience met en oeuvre une interprétation. De fait, elle peut donner lieu à des conflits d'interprétation. 

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