Luttes dans la lutte. Domination et résistance au sein des mouvements sociaux.

 

Xavier Dunezat est enseignant en lycée public. Ses travaux de sociologie portent sur l'étude des rapports sociaux, en particulier de sexe, au sein des mouvements sociaux. Il s'est plus spécifiquement intéressé aux mobilisations des « sans » : mouvements de chômeurs de 1997-1998 et luttes de sans-papiers des années 2000.

 

IRESMO: Quels sont selon vous les principaux apports, mais également peut-être limites, de la position consistant à faire de la sociologie des mouvements sociaux en militant ?

 

Xavier Dunezat: Les sociologues ont d’autres qualités que celle qui consiste seulement à faire de la sociologie[1]. Depuis mes années lycée, je participe aussi à des mouvements sociaux. Or, sur le terrain, ce double statut – participant et observateur – se combine différemment selon le rapport du militant à la mobilisation[2]. Militer, c’est prendre position pour la cause mais aussi dans les rapports de force qui structurent la dynamique mobilisatrice : il m’arrive de participer à celle-ci sans adhérer pleinement aux manières d’y militer.

Le principal apport de ma position réside dans l’expérience du militantisme comme espace-temps de domination (masculine notamment), expérience qui a orienté le « choix » de mon objet, soufflé par une amie féministe au début des années 1990. La rencontre avec la sociologie des rapports sociaux de sexe a alors été décisive pour rompre avec la « psychologisation » et l’« individualisation » des facteurs explicatifs qui guettaient sans cesse le militant que je suis. D’autre part, le fait de militer ouvre certaines fenêtres à la « vue » du sociologue et fabrique une proximité avec les protestataires qui se sentiraient moins légitimes à accepter un entretien si nos liens se résumaient à une relation « professionnelle ».

Côté limites, j’ai du mal à répondre car toute position – même non militante – doit susciter un effort de réflexivité pour situer les conditions de production du travail sociologique sur les mouvements sociaux, afin d’en circonscrire la scientificité.

 

 IRESMO: Dans quelle mesure l'expression de « loi d'airain de la patriarchie »[3] vous parait-elle pertinente dans le cadre de l'étude des mouvements sociaux ? 

 

Xavier Dunezat: Selon la présentation critique de Jean-Gabriel Contamin[4], la « loi d’airain de la patriarchie » voudrait que, dans toute mobilisation, un ensemble de processus propres aux sociétés patriarcales tende à cantonner les femmes dans des rôles subalternes alors que les fonctions de direction seraient monopolisées par les hommes. Une invisibilisation sociale des femmes serait ainsi sécrétée.

Par sa connotation déterministe et mécaniste, cette loi ne me parle pas et, en tout cas, s’applique mal aux quatre mobilisations que j’ai observées. D’abord, elle néglige que ce ne sont pas « les hommes » qui monopolisent le pouvoir mais ceux qui sont « mieux » classés et racisés : nombre d’hommes, chômeurs ou sans-papiers, n’accèdent jamais aux tâches de direction, voire en sont interdits d’accès. Symétriquement, les femmes ne constituent pas un groupe homogène en termes d’assignation à des rôles subalternes. Certes, en entretien, nombre d’entre elles décrivent leur mode de participation militante en recourant aux tâches à connotation domestique ou aux tâches les plus invisibilisées (par les hommes), mais l’observation a montré que leur régime d’engagement ne s’épuisait pas dans cette seule assignation. Par exemple, quand elles sont « mieux » classées, elles sont relativement actives dans le travail militant « masculin » (présider une réunion, prendre la parole…). Enfin, l’analyse ne doit pas négliger les pratiques de résistance qui se déploient face aux mécanismes de la prise de pouvoir. Dans une mobilisation observée, dite de sans-papiers, une autre définition du travail militant, du temps militant et du processus décisionnel rend possible – dans la société patriarcale française actuelle – une participation majoritaire des femmes qui s’efforcent, de manière plus ou moins organisée, de résister à la domination masculine en l’obligeant à déplacer le champ de sa reconfiguration. Certes, cette résistance unit les femmes « mieux » classées et racisées mais elle déstabilise la domination, si bien que le désengagement – fréquent dans une mobilisation qui dure depuis dix ans – ne touche pas davantage les femmes.

 

IRESMO: Vous utilisez la notion de « mouvement social sexué », que vous empruntez à Danièle Kergoat[5]. En quoi cette notion vous semble pertinente pour analyser les mouvements sociaux ?

 

Xavier Dunezat: Cette notion, qui permet de faire l’hypothèse que toutes les mobilisations sont traversées par les rapports sociaux de sexe, a été triplement décisive[6]. D’abord, elle a eu un effet symbolique salutaire en obligeant une partie des sociologues à penser (à) la sexuation du fait protestataire[7]. Ensuite, le croisement de la sociologie des mouvements sociaux – longtemps associée à une sociologie de l’émancipation – et de la sociologie des rapports sociaux de sexe – davantage associée à la sociologie de la domination – a engendré une attention croissante aux facteurs endogènes qui font et défont les mobilisations : l’organisation du travail militant, l’hétérogénéité sociologique des mobilisé-e-s… Enfin, la sociologie des rapports sociaux de sexe – ou du genre – insiste sur la nécessité d’articuler plusieurs rapports sociaux dans l’analyse. Par exemple, dans les mobilisations dites de sans-papiers, on ne peut ordonner la division sexuelle du travail à connotation domestique que si on prend en compte sa division racisée.   

 

IRESMO: Dans vos travaux, vous avez mis en avant l'existence d'une « division sexuelle du travail militant ». Est-ce que vous pouvez nous donner des éléments qui rendent manifeste une telle division du travail ?

 

Xavier Dunezat: Votre question me semble mériter un double niveau de réponse.

D’un point de vue empirique, je pourrais pointer une sur-représentation des femmes dans les tâches militantes à connotation domestique ou encore dans ce que j’ai appelé[8] le travail militant non prescrit (par les hommes). Les femmes se rendent plus disponibles pour toute tâche que les hommes ne veulent pas ou plus faire. A l’inverse, les « mieux » classés des hommes sont sur-représentés dans les tâches qui contiennent une dose de pouvoir (organiser le « bon » déroulement d’une assemblée générale, répondre aux médias…). De même, lorsqu’une mobilisation crée beaucoup de travail militant, les « moins bien » classés des hommes sont sur-représentés dans différentes tâches exécutives comme assurer le service d’ordre ou porter les banderoles. En revanche, si la mobilisation crée peu de travail, ces hommes se singularisent par une présence inactive qui découle du monopole des tâches prescrites par les « mieux » classés. On notera aussi que ces hommes tendent à se spécialiser dans une tâche, et il n’est pas rare que la mobilisation leur crée ainsi un statut dans la hiérarchie intermédiaire (« l’intendant », « l’écrivain » pour le secrétaire, le « responsable photocopies » ou « sécurité », etc.). Dans les quatre mobilisations observées, aucune femme n’a ainsi bénéficié de la création d’un statut spécifique.

Cependant, d’un point de vue théorique, votre question me pose problème. En effet, le type de tâche importe peu dans la division sexuelle du travail militant. Bien entendu, quand on rejoint un mouvement social, on est identifié-e-s homme ou femme et cette pré-identification oriente l’assignation à certaines tâches. Mais il serait erroné de croire qu’il suffit que certaines tâches (à connotation domestique par exemple) n’existent pas dans la mobilisation pour que celle-ci soit à l’abri de la domination masculine. Par exemple, femmes et hommes ne président pas de la même manière les assemblées générales mais, surtout, la dynamique du rapport social de sexe va se saisir du contenu de cette tâche pour actualiser la sexuation et la domination : quand une femme préside, la tâche devient plus « collective » parce que les hommes ne peuvent s’empêcher de commenter ou d’« aider » la présidente…

 

IRESMO: Vous inscrivez votre travail dans une approche qui étudie les rapports sociaux (de classe, de sexe et de racisation) en pensant leur consubstantialité[9], leur articulation[10]. En quoi cette perspective d'analyse vous paraît opérante pour étudier le fonctionnement interne des mouvements sociaux ?

 

Xavier Dunezat: D’abord, sur un plan diachronique, elle permet de remettre des lunettes sociologiques lorsque la vue est brouillée par la diversité, voire la singularité, des trajectoires militantes. L’accès ou non au droit de travailler est un produit de la racisation du fait migratoire (européen-ne-s de l’UE et étranger-e-s du Nord ont ce droit), de la classe (voir la liste des métiers ouverts aux étranger-e-s quelle que soit leur nationalité) et du sexe (nombre de couples hétérosexuels étrangers entament un processus de régularisation avec le droit de travailler du seul homme) : or, la diversité des trajectoires militantes des personnes étrangères s’ordonne grâce à cette articulation des rapports sociaux qui préexiste à l’action collective. De même, la diversité des modes d’entrée des femmes dans un mouvement social n’empêche pas de reconstituer des trajectoires typiques selon les appartenances sociales et selon leur mode d’actualisation dans et par le moment militant. Par exemple, les femmes « mieux » classées et racisées ont pour point commun de rejoindre de manière réservée l’action collective. Dotées d’un certain capital militant, elles sont moins à l’aise que les hommes de mêmes positions au moment de trouver leur place : d’une part, elles n’adhèrent pas à l’ordre militant prescrit par ces derniers et – dans un premier temps – elles se réfugient dans des tâches exécutives « invisibles » ; d’autre part, elles ressentent un fort décalage de classe et/ou de race avec les « principaux concernés » par l’action collective, ce qui les conduit à développer un sentiment d’illégitimité qu’une observation trop rapide réduirait à un sentiment d’incompétence.

Ensuite, sur un plan synchronique, le mouvement social suppose et sécrète une forme d’activité – le « travail militant » – qui prend la forme d’une séparation-hiérarchisation-spécialisation des tâches militantes. Cette forme actualise et reconfigure dans l’action collective des catégories hiérarchisées de protestataires. Le paradigme des rapports sociaux et de leur consubstantialité permet alors de remettre de l’ordre dans le processus de sélection sociale qui va associer tel type de tâche et telle catégorie de protestataires, comme nous l’avons dit pour le leadership ou le travail domestique.

Au total, penser en termes de consubstantialité des rapports sociaux, c’est se donner les moyens de ne pas « dématérialiser »[11] trajectoires et pratiques militantes.

 

IRESMO: L'étude des rapports sociaux met à jour des rapports de pouvoir. Mais selon Danièle Kergoat, l'approche en termes de rapports sociaux comprend également l'étude des pratiques de subversion des rapports sociaux de pouvoir. Serait-ce selon vous une dimension qui distinguerait cette approche par exemple de celle plus structuraliste de capital militant, qui s'attache principalement à dévoiler les rapports de domination ?

 

Xavier Dunezat: Je rejoins pleinement Danièle Kergoat lorsqu’elle propose[12] une théorisation du rapport social qui oblige la sociologie à prêter attention à la dialectique domination/résistance dans la production du social. En particulier, la parenté relative des mécanismes de domination d’une mobilisation à l’autre n’engendre pas d’homogénéité dans les dynamiques protestataires. Cette hétérogénéité – synchronique et diachronique – est intelligible si on prend en compte les modes de réaction à la domination. Certes, celle-ci tend à défaire les mobilisations mais cette issue n’est pas systématique et, surtout, elle est précédée de gestes et paroles de résistance, individuelle ou collective. Ainsi, dans une mobilisation observée, la violence de la domination masculine a sécrété à la fois un désengagement plus rapide des femmes et l’émergence d’un « sujet social femmes »[13] repéré dans la phase d’entretiens[14].

Il est toutefois vrai que la domination est plus facile à déceler que la résistance mais cela me semble tenir à des raisons théoriques et méthodologiques. Par exemple, bien des recherches sur les mouvements sociaux se contentent de la parole des « leaders » : or, pour expliquer la faiblesse et la décrue mobilisatrices, ces derniers recourent le plus souvent à des facteurs exogènes à l’action collective (répression, médias, etc.) ou à des formes de discours misérabiliste et homogénéisant sur « les chômeurs, les femmes, les sans-papiers ». Ils invisibilisent (aussi) les conflits et les contestations, ou les rabattent sur des conflits de personnes.

Sur un plan théorique, contre une vision trop déterministe du rôle du capital militant, j’ai différencié des formes de ce dernier et montré que c’est bien la dialectique domination/résistance, au sein du mouvement social, qui permet d’expliquer comment telle forme de capital militant s’impose, s’éclipse ou apparaît soudain. J’ai ainsi distingué capital militant légitimé et capital militant non légitimé.

 

IRESMO: Est-ce que vous avez pu constater, dans les observations des mouvements sociaux que vous avez effectuées, des pratiques de remise en cause des rapports sociaux de pouvoir ? Celles-ci émanent-elles, par exemple dans les mouvements des sans, des dominés ou de leurs soutiens issus des classes moyennes détenant un capital militant ? Si ces pratiques existent, dans quelle mesure vous paraissent-elles parvenir à remettre en cause des rapports sociaux qui traversent toute la société dans un espace militant somme toute inclus lui-même dans une société inégalitaire ? 

 

Xavier Dunezat: Lorsqu’un mouvement rend visible la condition sociale des chômeurs et réclame, sinon des emplois, du moins une hausse des minima sociaux, il attaque frontalement la société de classes et son inégale répartition des richesses. De même, lorsqu’un mouvement réclame « des papiers pour tous », il attaque la société de races actualisée par la racisation du fait migratoire et la précarité spécifique[15] des individus fabriqué-e-s « sans-papiers ».

Au sein des mobilisations, si les pratiques militantes sont structurées par les rapports sociaux, elles sont aussi structurantes pour ces derniers, sous l’effet de la dialectique domination/résistance. Sans prétendre à l’exhaustivité, je pointerais ici deux formes de remise en cause des rapports de pouvoir. 

La première consiste à quitter l’action collective sans prendre la parole. Ce sont ces dizaines de mobilisé-e-s qui tentent une incursion dans le travail militant mais qui ne tiennent pas, parce que la mobilisation les prive d’accès aux tâches décisionnelles et/ou ne crée pas assez de travail. Ce groupe, paritaire en termes de sexe, se recrute chez les chômeurs et les sans-papiers sans capital militant (légitimé). Aux yeux des dominants qui s’évertuent à les traiter comme des « sans ressources », elles et ils seraient surtout là pour se resocialiser, faire nombre, témoigner auprès des journalistes. Leur désengagement est toujours justifié par une vision misérabiliste de leur statut mais, selon notre approche, il constitue un geste de résistance qui a une portée réelle et symbolique : d’une part, il affaiblit la mobilisation en la déconnectant de celles et ceux pour lesquels elle dit avoir émergé ; d’autre part, il révèle une proximité objective entre l’ordre social inégalitaire et l’ordre militant. La seconde forme de remise en cause consiste à résister de l’intérieur de la mobilisation. Je pense ici à quelques hommes chômeurs ou sans-papiers qui recourent à l’alcool collectif pour déstabiliser un ordre militant qui a fini par les négliger alors qu’ils lui étaient soumis : incapables de pointer directement la domination masculine des « mieux » classés et racisés, ils choisissent des portes dérobées comme celle du « bouc-émissaire » dans leur fraction de classe ou celle de la violence masculine. Mais je pense aussi aux femmes – plutôt les « mieux » classées et racisées – qui combinent une dénonciation de l’ordre militant et une volonté d’atténuer, voire de défaire, les hiérarchies militantes afin que la mobilisation dure. Ce sont elles qui vont à la fois critiquer ouvertement l’existence d’une cellule obscure d’organisation de la mobilisation et proposer de nouvelles formes de travail militant dans un sens plus « collectif » qui ralentit le désengagement. C’est donc bien la définition extensive des pratiques de résistance qui permet de les voir et, surtout, de ne pas les rabattre sur les seul-e-s doté-e-s en capital militant (légitimé) ou en positions sociales plus favorables.

Les mouvements sociaux constituent une des rares occasions de remettre en cause – en pratique – les rapports sociaux de sexe-race-classe, tant dans la société globale qu’en leur sein. Il serait un peu facile de prendre acte de leur échec pour renoncer à leur nécessité. Mais, là, c’est peut-être le « militant de la cause » qui conclue…

 

 

 



[1] Delphine Naudier, Maud Simonet (Dir.), Des sociologues sans qualités ? Pratiques de recherche et engagements, Paris, La Découverte, 2011.

[2] Xavier Dunezat, « Travail militant et/ou travail sociologique ? Faire de la sociologie des mouvements sociaux en militant », in Naudier et Simonet, op.cit, p. 80-97.

[3] Guida West, Rhoda Lois Blumberg, « Reconstructing Social Protest from a Feminist Perspective », in West et al. (Eds), Women and Social Protest, New York : Oxford University Press, 1990.

[4] « Genre et modes d'entrée dans l'action collective », Politix, Vol. 2, n°78, 2007, p. 13-37.

[5] Danièle Kergoat, Françoise Imbert, Hélène Le Doaré, Danièle Senotier, Les infirmières et leur coordination. 1988-1989, Paris : Lamarre, 1992.

[6] Xavier Dunezat, « Le traitement du genre dans l'analyse des mouvements sociaux : France - Etats-Unis », Cahiers du genre, hors-série n°1, 2006, p.117-141.

[7] Olivier Fillieule, « Travail militant, action collective et rapports de genre », in Olivier Fillieule et Patricia Roux (Dir.), Le sexe du militantisme, Paris : Presses de la FNSP, p. 23-72.

[8] « La division sexuelle du travail militant dans les assemblées générales : le cas des mouvements de “sans” », @mnis, n°8, 2008, p. 217-228.

[9] Danièle Kergoat, Se battre, disent-elles…, Paris : La Dispute, 2012, p. 125-140.

[10] Jules Falquet, Emmanuelle Lada, Aude Rabaud (Dir.), « (Ré)articulation des rapports sociaux de sexe, classe et “race” », Cahiers du CEDREF, 2006 ; Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes, Paris : La Dispute, 2007.

[11] Elsa Galerand, « Contradictions de sexe et de classe. La Marche mondiale des femmes de 2000 », in Fillieule et Roux, op.cit, 2009, p. 225-241 ; Christine Delphy, L’ennemi principal. Tome 1 : Economie politique du patriarcat, Paris : Syllepse, 1998.

[12] Op.cit, 2012, p. 285-333.

[13] Kergoat et al., op.cit, 1992.

[14] Xavier Dunezat, « La fabrication d'un mouvement social sexué : pratiques et discours de lutte », Sociétés et Représentations, n°24, 2007, p.269-283.

[15] Xavier Dunezat, « Une figure racisée de la précarité : les sans-papiers », Raison présente, n°178, p. 83-94.

 

 

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