Lexique "Articulation des rapports sociaux"

Définitions et controverses

Appropriation (privée et collective) vs. exploitation:

a) La notion d’appropriation a été tout d’abord utilisée par Proudhon. Pour cet auteur, dans le cadre du rapport salarial, l’employeur s’approprie le produit de la force collective des travailleurs alors qu’il ne rémunère que la force de travail individuelle. Par exemple, lors de la construction d’une maison, le travail individuel est rémunéré, mais non pas le fait que l’édification de la maison suppose la mise en commun d’un ensemble de savoir-faire qui constitue la force collective.

b) Marx a pour sa part théorisé la notion d’exploitation du travail sur la base de l’extraction de la plus-value. Seule une partie de la valeur d’échange de ce qui est produit par les travailleurs leur est reversé sous forme de salaire.

c) Certaine théories féministes et théories de l’articulation des rapports sociaux s’appuient sur la notion d’exploitation du travail qui constitue la base de ces analyses matérialistes. Ainsi, Christine Delphy a mis en relief l’exploitation de la femme à travers le travail gratuit réalisé dans le cadre du mode de production domestique.

d) Néanmoins, d’autres théories féministes ou de l’articulation des rapports sociaux privilégient la notion d’appropriation telle qu’elle a été théorisée par Colette Guillaumin. Le mode de production féodal - le servage -, tout comme l’esclavage - en tant que mode d’organisation économique raciste -, tout comme le sexage - qui concerne les femmes - se caractérisent par une appropriation de la personne elle-même - et pas seulement une exploitation du travail -.

Pour aller plus loin:

Proudhon Pierre-Joseph, Qu’est ce que la propriété ? (1840). Disponible sur: http://kropot.free.fr/Proudhon-propriete.00.htm

Marx Karl, Le capital (1867). Disponible sur: http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm

Delphy Christine, L’ennemi principal, t.1 et 2, Paris, Syllepse, 1998 et 2001.

Guillaumin Colette, Sexe, race et pratique du pouvoir, Paris, Côté-femmes, 1992.

 

Autonomie vs. co-construction:

La notion d’autonomie est d’abord revendiquée au sein du mouvement ouvrier. Les syndicalistes révolutionnaires affirment la nécessaire autonomie du mouvement syndical vis-à-vis des partis politiques. L’un des arguments mis en avant tient à la différence de composition sociologique. Les syndicats sont formés sur la base d’une solidarité de condition et ne comportent ainsi que des ouvriers. En revanche, le parti politique est organisé sur la base d’une communauté d’idée. Il peut donc comprendre des individus issus de la bourgeoisie. Or ce sont bien souvent eux qui dirigent les partis socialistes. Ainsi revendiquer l’autonomie, c’est affirmer l’auto-organisation des opprimés par eux-mêmes.

Cette volonté d’autonomie se trouve posée également dans le mouvement noir aux Etats-Unis autour de la notion de Black Power. Le pouvoir noir consiste à s’organiser soit même sans l’aide des blancs. On la retrouve également dans le mouvement féministe, dit de la seconde vague (les années 1970). Les militantes féministes du Mouvement de libération des femmes (MLF) s‘organisent en non-mixité et en refusant d’être inféodées au mouvement ouvrier et à ses organisations..

Néanmoins, cette revendication d’autonomie conduit à penser chaque mouvement comme indépendant les uns des autres et occupé à combattre un ennemi principal. Chaque système d’oppression - capitalisme ou patriarcat- serait alors autonome l’un de l’autre. En outre, il laisserait supposer par exemple une solidarité - une sororité - entre toutes les femmes indépendamment de leur appartenance de “race” ou de classe. C’est au sein du Black feminism qu’apparait une réflexion sur l’addition des oppressions, leur croisement, leur intersectionnalité ou encore leur co-imbrication. En France, Danièle Kergoat, pour sa part, théorise les notions de consubstantialité et celle de coextensivité des rapports sociaux.

Le rapport entre autonomie et co-construction pose des problèmes délicats en particulier au niveau pratique. En effet, comment penser l’autonomie des opprimés à s’organiser relativement à chaque lutte sans conduire à l’émiettement des luttes et des causes ? A l’inverse comment penser un mouvement global de lutte contre l’oppression sans conduire à ce que les oppressions spécifiques soient considérées comme secondaires ?

Pour aller plus loin:

Besnard Pierre, “L’autonomie” (Article de l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure). Disponible sur: http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=258

Delphy Christine, L’ennemi principal, t.1 et 2, Paris, Syllepse, 1998 et 2001.

Poiret Christian, « Articuler les rapports de sexe, de classe et interethniques »,Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 21 - n°1 | 2005, mis en ligne le 08 septembre 2008, consulté le 07 avril 2012. URL : http://remi.revues.org/2359.

 

Capitalisme:

L’analyse sociale en termes de rapports sociaux a été élaborée par Marx à partir de l’étude en particulier du mode de production capitaliste.

L’approche en termes d’articulation des rapports sociaux est conduit à faire l’hypothèse de la pertinence de ce type d’analyse pour étudier non seulement les inégalités économiques liées au système capitaliste, mais également celles entre hommes et femmes, ou encore entre “blancs” et racisés.

En particulier, l’approche en termes de rapports sociaux accorde une place déterminante à la question de l’exploitation du travail alors même que certaines théories concernant le capitalisme, en particulier dans sa forme post-fordiste, tendent à remettre en cause la centralité du travail et de la valeur travail. Cette économie post-fordiste serait une économie de l’intelligence ou une économie en grande partie financiarisée et non une économie industrielle.

Pour aller plus loin:

Alain Bihr, “Le capitalisme aujourd’hui”, IRESMO, 2011. Disponible sur: http://iresmo.jimdo.com/2011/05/06/le-capitalisme-aujourd-hui/

 

Classes (sociales, de sexe...):

Un rapport social structure une division de la société de type macro-sociologique. Les groupes constitués autour de ces rapports sont ce que l’on appelle des classes. Marx a centré son analyse sur l’étude des classes sociales au sein du système capitaliste. Les féministes matérialistes ont orienté leurs développements sur ce qu’elles ont qualifié de “classe de sexe”.

A la suite de la thèse présente chez un certain nombre d’auteurs, tels que Henri Mendras, d’une moyennisation de la société, les années 1980 ont été marquées par un reflux de l’analyse sociologique en termes de classes sociales. Il faut en particulier attendre les travaux de Louis Chauvel à la fin des années 1990 pour que l’on recommence à parler ouvertement de classes sociales en sociologie.

L’analyse en termes d’articulation des rapports sociaux s’inscrit dans le cadre d’une sociologie qui entend redonner toute sa place à l’approche sous formes de classes sociales. Non seulement, il s’agit de renouer avec une approche matérialiste qui accorde au travail et à l’économie une importance primordiale, mais également il s’agit de dénaturaliser des catégories considérées comme biologiques (sexe, race...)

Néanmoins, les enjeux actuels autour de l’élaboration d’une sociologie des classes sociales sont multiples. Le premier concerne la structuration des classes sociales dans le système capitaliste actuel. En effet, la théorie marxienne avait été élaborée autour de la question du travail ouvrier avec l’émergence des usines. Néanmoins, elle n’avait pas prévu la tertiarisation de la société. Actuellement plus de la moitié de ce qu’on qualifie de classes populaires sont des employés des services, principalement des femmes.

Un second enjeu porte sur la question de ce qui défini une classe sociale. Pour Marx, il est possible de rappeler l’existence d’un premier élément déterminant, à savoir la place dans l’appareil de production. C’est la classe en soi. Un second élément subjectif permet également de définir la classe sociale, c’est la conscience de classe, ou classe pour soi.

Des années 1920 aux années 1970, les analyses autour de l'émergence des cadres et d’une classe managériale, ont conduit à se demander s’il ne fallait pas inclure également dans la définition de la classe le pouvoir technocratique détenue par celle-ci.

Les analyses de Pierre Bourdieu sur la domination symbolique ont permis pour leur part d’introduire dans la définition de la classe sociale également le capital culturel.

Un dernier élément qui pose problème concerne la conscience de classe. Avec par exemple l’invisibilisation de la classe ouvrière, on a pu assister à une disparition de la conscience de classe. A l’inverse certains sociologues, tels Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, ont pu parler concernant la grande bourgeoisie d’un maintien d’une conscience de classe forte.

Pour aller plus loin:

Marx Karl, Les luttes de classes en France (1857). Disponible sur: http://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/km18500301.htm

Marx Karl, Le 18 Brumaire (1851). Disponible sur: http://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm

Marx Karl, Le capital (1867). Disponible sur: http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/index.htm

Marglin Stefen, “A quoi servent les patrons (1971)”, in Gorz, Critique de la division du travail, Seuil, 1973.

Bourdieu Pierre, La distinction, Paris, Editions de Minuit, 1979.

Chauvel Louis, “Le retour des classes sociales ?” (2001). Disponible sur: http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/revue/9-79.pdf

Pfefferkorn Roland, “Inégalités et rapports sociaux” (2007). Disponible sur: http://www.inegalites.fr/IMG/pdf/Inegalites_et_rapports_sociaux.pdf

 

Coextensivité:

“En se déployant, les rapports sociaux de classe, de genre, de “race” se reproduisent et se co-produisent mutuellement” (Danièle Kergoat, “Comprendre les rapports sociaux”, Raison Présente, n°178, 2011).

 

Consubstantialité:

Les rapports sociaux “forment un noeud qui ne peut être séquencé au niveau des pratiques sociales sinon dans une perspective de sociologie analytique” (Danièle Kergoat, “Comprendre les rapports sociaux”, Raison Présente, n°178, 2011).

 

Division du travail:

La division du travail constitue selon Danièle Kergoat un invariant de l’analyse matérialiste des rapports sociaux. Cette division du travail s’organise selon deux principes: la séparation et la hiérarchisation. La division du travail peut alors apparaître comme la condition de possibilité de l’émergence de “classes” au sein de la société. C’est ainsi que la division sexuelle du travail, dans une analyse matérialiste, ne trouve pas sa condition de possibilité dans une division biologique sexuelle, mais que c’est au contraire la division sexuelle du travail qui construit le sexe social.

Pour aller plus loin: Danièle Kergoat, “Comprendre les rapports sociaux”, Raison Présente, n°178, 2011).

 

Ecoféminisme:

Les analyses écoféministes suscitent l’intéret de certaines chercheuses qui travaillent sur l’articulation des rapports sociaux. En effet, l’écoféminisme permet d’articuler luttes écologistes, économiques et luttes des femmes.

L’écoféminisme est théorisé tout d’abord par la féministe matérialiste et militante anarchiste, Françoise d’Eaubonne. On peut établir certaines distinctions au sein de l’écoféminisme. Un premier axe consiste dans l’opposition entre spiritualistes et matérialistes. Il existe des courants qui fondent le lien entre les femmes et la nature sur des dimensions religieuses et spirituelles tandis que d’autres écoféministes se revendiquent d’une approche matérialiste. Une seconde opposition porte sur naturalisme/anti-essentialisme. Certaines écoféministes renaturalisent et essentialisent les qualités féminines en lien avec la nature. Un dernier clivage, qui peut être mis en valeur, c’est celui qui oppose le versant new-age nord américain de l’écoféminisme et l’écoféminisme tel qu’il est revendiqué par des femmes des pays du Sud engagées dans des luttes écologiques et économiques.

Pour aller plus loin:

Eaubonne Françoise d', Le féminisme ou la mort, Pierre Horay Editeur, 1974.

Mies Maria et Shiva Vandana, L'écoféminisme, (1983), Éditions L'Harmattan, 1999

Collectif, Eau et féminismes -Petite histoire croisée de la domination des femmes et de la nature, Paris, La Dispute, 2011.

 

Etat, religion et rapports sociaux:

Il est possible de se demander s’il n’existe pas chez les auteurs de la tradition anarchiste, que ce soit par exemple Proudhon ou Bakounine, un rapport social propre à l’Etat qui traverse l’opposition entre les gouvernants et les gouvernés. Dans ce cas, l’Etat n’apparait pas comme dans la tradition marxiste dominante comme une simple superstructure du système capitaliste, mais possède sa propre base matérielle économique.

Pour ces auteurs, ce rapport social doit être mis en lien avec le théologico-politique. En effet, l’Etat occupe la même place transcendante absolue dans le républicanisme, donc au sein de la société, qu’avait Dieu dans la religion par rapport à la communauté des fidèles.

Ce point permettrait ainsi par exemple de rendre compte des raisons pour lesquelles l’Etat républicain ne peut supporter de se trouver en concurrence au sein de son propre territoire avec une religion qui lui conteste sa transcendance sur une partie de ses citoyens. L’Etat nation républicain, c’est ainsi construit en unifiant par une religion républicaine une communauté nationale. La colonisation peut prendre la forme au niveau idéologique d’un prosélytisme en faveur des valeurs républicaines.

Néanmoins, cette recherche d’hégémonie idéologique ne peut pas être analysée sans prendre en compte la base économique de l’Etat: services publics, entreprises publics, monopoles d’Etat... L’Etat n’est pas une simple superstructure, il est également un appareil économique.

Pour aller plus loin:

Lefebvre Henri, Le mode de production étatique, 10/18, 1977.

Irène Pereira, “Proudhon et la critique du théologico-politique”, IRESMO, juin 2011. Disponible sur: http://iresmo.jimdo.com/2011/06/17/proudhon-et-la-critique-du-th%C3%A9ologico-politique/

Irène, “Bakounine: Royaume celeste et appareil d’Etat”, AL juillet-août 2011. Disponible sur:

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article4374

Irène, “Burqua: Des enjeux théologico-politiques avant-tout”, AL, decembre 2009. Disponible sur:

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article3272

 

Génération/ âgisme:

Outre les rapports sociaux de classe au sein du capitalisme, de sexe ou de racisation, se pose la question de l’existence d’autres rapports sociaux tels que les rapports sociaux de génération. D’un point de vue anthropologique, la structuration des sociétés humaines selon un rapport de génération - les anciens dominant les jeunes - peut apparaître comme un invariant. Pourtant, dans nos sociétés contemporaines, avec la mise à l’écart du marché du travail de salariés de plus de 45 ans ou la pauvreté qui peut toucher les retraités, peut se poser la question de la pertinence d’une analyse en fonction d’un tel rapport social.

On peut néanmoins remarquer que cette analyse en termes de génération semble garder une pertinence, selon par exemple Louis Chauvel, qui l’utilise en la combinant avec l’analyse en termes de classes sociales.

Pour aller plus loin:

Audre Lorde, “Age, race, classe sociale et sexe: les femmes repensent la notion de différence” (1980). Disponible: http://www.infokiosques.net/IMG/pdf/Age_classe_race_sexe.pdf

Chauvel Louis, “La responsabilité des générations”, 2001. Disponible sur: http://louis.chauvel.free.fr/articleprojetrepro.htm

Pfefferkorn Roland, “Rapports sociaux de sexe et articulation des rapports sociaux”, Séminaire Marx au XXIe, 2012. Disponible sur: http://vimeo.com/35962444(video)

 

Heterosexualité et/ou patriarcat:

La question de l’articulation des rapports sociaux conduit à poser le statut de l’héterosexisme comme un rapport social spécifique. En effet, le féminisme de la second vague s’est constitué initialement autour de la notion de patriarcat. Le patriarcat est alors théorisé comme un fait social total ayant une base matérielle d’exploitation comparable au capitalisme. On doit en particulier à Christine Delphy d’avoir théorisé le mode de production domestique et l’exploitation du travail gratuit des femmes.

Néanmoins, au sien du mouvement féministe, les relations entre hétérosexuelles et lesbiennes sont parfois conflictuelles: les revendications des deux groupes pouvant apparaître à certain moment comme divergentes.

Monique Wittig théorise ainsi l’existence d’un système politique qui serait à même de rendre compte à la fois du caractère dominé des femmes et des homosexuelles, à savoir l’hétérosexisme. La division sexuée de la société et la contrainte à l’héterosexualité serait ainsi la résultante de ce système politique. Cette théorie fonde le lesbianisme politique comme théorie distincte du féminisme. Certaines penseuses contemporaines à la suite de Danielle Charest préfèrent ainsi le terme d’héterosocialité, s’appuyant sur une homosocialité des hommes entre eux.

Se trouve alors posé trois alternatives possibles concernant une analyse des discriminations que subissent les homosexuels à partir d’une théorie des rapports sociaux. La première hypothèse conduit à considérer que l’héterosexisme constitue un système spécifique et indépendant du système patriarcal. Une autre alternative consiste à supposer que l’héteronormativité constitue une dimension superstructurelle du système capitaliste: on parle alors de système hétero-patriarcal. Enfin une dernière possibilité: l’hétérosexisme constitue un système qui permet d’analyser à la fois l’homophobie et l’inégalité homme/femme.

Pour aller plus loin:

Kate Millett, La politique du mâle, Paris, Stock, 1971.

Delphy Christine, L’ennemi principal, Paris, Syllepse, 1998 et 2001.

Monique Wittig, La pensée straight, Balland, coll. Modernes, 2001.

Danielle Charest, “La dictature de l’hétérosocialité”. Disponible sur: http://www.association-lesbiennees.org/spip.php?article835

Natacha Chetcuti , « De « On ne naît pas femme » à « On n’est pas femme ». De Simone de Beauvoir à Monique Wittig », Genre, sexualité & société [En ligne], n°1 | Printemps 2009, mis en ligne le 09 juillet 2009, Consulté le 07 avril 2012. URL : http://gss.revues.org/index477.html ; DOI : 10.4000/gss.477

 

Intersectionnalité vs. Articulation des rapports sociaux:

Il est possible de distinguer les théories de l’intersectionnalité de l’articulation des rapports sociaux selon deux critères complémentaires.

Les théories de l’intersectionnalité sont apparues dans le contexte nord américain dans le sillage du Black feminism. Les théories de l’intersectionnalité peuvent apparaître davantage orientées par des enjeux liés aux luttes de reconnaissance identitaires que par des enjeux tenant à des revendications matérialistes de justice sociale.

La seconde dimension tient au fait que les théories de l’intersectionnalité semble conduire à un découpage des luttes en une pluralité de sujets et donc de luttes incommensurables entre elles.

A l’inverse, l’articulation des rapports sociaux insiste sur l’analyse en termes d’exploitation du travail et de classes.

De fait, les théories de l’intersectionnalité semblent s’inscrire davantage dans une logique d’analyse postmoderne tandis que l’articulation des rapports sociaux se situerait davantage dans un courant d’analyse matérialiste.

Pour aller plus loin:

Juteau Danielle, « “Nous” les femmes: sur l’indissociable homogénéité et hétérogénéité de la catégorie”,, L'Homme et la société 2010/2-3 (n° 176-177)

Pfefferkorn Roland, “Rapports sociaux de sexe et articulation des rapports sociaux”, Séminaire Marx au XXIe, 2012. Disponible sur: http://vimeo.com/35962444(video)

 

Luttes sociales/ Conflictualité sociale:

En mettant en avant le caractère dynamique des rapport sociaux, l’analyse en terme d’articulation des rapports sociaux met en avant la conflictualité du social. Il ne s’agit pas alors de se centrer sur la dimension objective ou sur la subjectivité des acteurs, mais sur la manière dont les structures objectives et les subjectivités sont construites par la conflictualité sociale. Cette dimension dynamique des rapports sociaux est présente chez Marx avec la notion de “lutte des classes”. Il est ainsi possible de distinguer un niveau intermédiaire d’analyse du social qui est celui de l’action. Il s’agit alors d’une approche pragmatiste des phénomènes sociaux.

Pour aller plus loin:

Irène Pereira, “Eléments de sociologie critique et de théorie critique chez Georges Sorel” (2011). Disponible sur:

http://iresmo.jimdo.com/2011/07/11/el%C3%A9ments-de-sociologie-pragmatique-et-de-th%C3%A9orie-critique-chez-georges-sorel/

 

Matérialisme (sociologie):

L’analyse en termes d’articulation des rapports sociaux s’inscrit dans une approche matérialiste des faits sociaux. Or cette catégorie de “matérialisme” conduit à poser au moins deux interrogations. La première consiste à se demander si l’approche matérialiste conduit à déterminer des invariants historiques qui permettent de constituer une grille d’analyse a priori de tout fait social. Danièle Kergoat insiste pour sa part sur ce qu’elle qualifie "d’impératif d’historicité”. En effet, la notion de rapport social n’est pas ici pensée de manière structuraliste. Un rapport social structure la société, mais il est également une confrontation dynamique entre deux groupes sociaux. De fait, les rapports sociaux sont conduits à transformer la structuration de la société. Par conséquent, l’analyse d’une société en termes de rapports sociaux s’appuie sur le repérage des rapports inégalitaires macro-sociologiques propres à chaque société.

La second type d’interrogation que pose l’approche matérialiste porte sur la place du travail et donc de la base économique dans l’analyse des rapports sociaux. Les dimensions qui relèvent de la politique ou de la culture par exemple ne sont-elles que des superstructures par rapport au travail et à la base économique ? La notion de rapport social permet néanmoins d’englober des formes de rapports qui ne se limitent pas à l'économique. Ainsi, il est possible d’analyser les rapports de domination politique ou les rapports d’oppression à travers par exemple les violences psychologiques ou physiques.

Pour aller plus loin:

Danièle Kergoat, “Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux” , inSexe, race et classe - Pour une épistémologie de la domination, Paris, PUF, 2009.

Danièle Kergoat, “Comprendre les rapports sociaux”, Raison Présente, n°178, 2011.

 

Monisme/pluralisme/holisme:

Selon Sirma Bilge, l’approche moniste consiste à réduire l’ensemble des rapports sociaux à un système principal. Par exemple, on réduit l’inégalité homme/femme ou le racisme à des conséquences du système capitaliste. Le monisme a pu caractériser les principales versions du marxisme ainsi que dans une certaine mesure le féminisme matérialiste de la deuxième vague.

Le pluralisme caractérise plutôt les approches post-modernes. Il consiste à insister sur la pluralité des sujets politiques, des luttes sociales et des causes.

L’holisme consiste à tenter d’articuler les différents rapports sociaux sans pour autant les réduire à une unité sous-jacente dans lesquels ils se fonderaient et perdraient leurs spécificité.

Pour aller plus loin:

Sirma Bilge, “De l’analogie à l’articulation : théoriser la différenciation sociale et l’inégalité complexe”, L'Homme et la société, 2-3 (n° 176-177), 2010.

 

Non-hiérarchisation: L'articulation des rapports sociaux suppose lors de l'étude de la consubstantialité et de la co-extensivité des rapports sociaux de ne pas subordonner certains rapports sociaux à d'autres. L'analyse prend le partie de la non-hiérarchisation des rapports sociaux. Celle-ci est la condition de possibilité théorique de l'autonomie des mouvements sociaux spécifiques à chaque rapport social.

Pour aller plus loin: 

Danièle Kergoat, Se battre disent-elles..., Paris, La Dispute, 2012. 

 

Race”/Racialisation/Racisation:

La prise en compte de rapports sociaux de “race” a posé principalement deux types de problème. Le premier a consisté à se demander si le racisme biologique n’apparaissait pas comme une catégorie dépassée au profit d’un racisme culturel. L’argument des tenants de l’analyse en termes de rapports sociaux de “race” conduit à montrer que la notion de race, même si elle n’a aucun fondement biologique, continue de fonctionner comme une catégorie imaginaire. Ainsi, par exemple, la distinction entre “noirs” et “blancs” est encore utilisée couramment.

Néanmoins, un second problème se posait: en réintroduisant dans les sciences sociales la notion de race ne risquait-on pas de la rénaturaliser, de lui donner une légitimité ? Afin de montrer que la “race” est une construction sociale, les sociologues utilisent pour désigner les personnes victimes de “racisme”, le terme de “racisés”. Selon les cas, les sociologues utilisent plutôt la notion de “racialisation” ou de “racisation” pour désigner la construction de rapports sociaux racistes.

Pour aller plus loin:

Primon Jean-Luc, « Ethnicisation, racisation, racialisation: une introduction », In Faire Savoirs N°6 – mai 2007. Disponible sur: http://discriminations-egalite.cidem.org/index.php?page=5

 

Racisme, sexisme, specisme, validisme...:

C’est par analogie avec la notion de racisme que les féministes ont été conduites à construire la notion de sexisme. Cependant, l’analyse en terme de racisme ou de sexisme, et non de rapports sociaux, peut conduire à limiter ces phénomènes à de simples attitudes ou comportements culturels. Au contraire, l’analyse en termes de rapports sociaux met en avant la dimension matérielle, en particulier lié au travail, de ces phénomènes. Ainsi, le racisme s’accompagne d’exploitations économiques spécifiques: esclavage, utilisation des immigrés pour effectuer “le sale boulot” (ex: nettoyage, manoeuvre dans le batiment...), travail sous payé car contraint à la clandestinité par les politiques migratoires...

Sur le modèle des deux autres, a été forgé le terme de spécisme et d’anti-spécisme. Des théoriciens tels que Peter Singer pensent que tout comme le racisme ou le sexisme, le spécisme - qui consiste à traiter les animaux comme des êtres inférieurs - doit être combattu et disparaître. En particulier, il s’agit de s’opposer à l’exploitation des animaux. Néanmoins, le problème que pose l’anti-spécisme, c’est qu’à la différence des mouvements anti-racistes ou féministes, ils ne peuvent pas reposer sur une auto-organisation des opprimés par eux-mêmes.

La notion de validisme est utilisée par certains militants qui défendent les droits des personnes non-valides pour qualifier une idéologie visant à poser comme étalon majoritaire le fait d’être valide. Néanmoins, il est possible de se demander si les personnes considérées comme “handicapées” ne sont pas prises dans une rapport social de pouvoir inégalitaire. On peut ainsi rappeler le fait que le travail des personnes handicapés est sous-payé ou qu'elles rencontrent des difficultés dans l’accès à l’emploi. Les tenants de l’analogie entre racisme ou sexisme et validisme s’appuient sur la thèse selon laquelle la notion d’invalide est construite et naturalisée à partir de la norme sociale de valide. On trouve une argumentation proche chez Diderot dans La lettre sur les aveugles pour qui l’aveugle de naissance ne manque pas en soi de la vue.

Pour aller plus loin:

Diderot René, La lettre sur les aveugles. Disponible sur:

http://fr.wikisource.org/wiki/Lettre_sur_les_aveugles_%C3%A0_l%E2%80%99usage_de_ceux_qui_voient

Delphy Christine, L’ennemi principal, t.1 et 2, Paris, Syllepse, 1998 et 2001.

Peter Singer, La libération animale, Paris, Grasset, 1993

Brochure: La culture du valide occidental. Disponible: http://www.infokiosques.net/IMG/pdf/validisme.pdf

 

Rapports sociaux:

« Le rapport social peut être assimilé à une tension qui traverse la société; cette tension se cristallise peu à peu en enjeux autour desquels, pour produire de la société, pour la reproduire ou “pour inventer de nouvelles façons de penser et d’agir”, les êtres humains sont en confrontation permanente. Ce sont ces enjeux qui sont constitutifs des groupes sociaux. Ces derniers ne sont pas donnés au départ, ils se créent autour de ces enjeux par la dynamique des groupes sociaux » (Danièle Kergoat, « Penser la différence des sexes : rapports sociaux et division du travail entre les sexes », in Margaret Maruani (sous la direction de), Femmes, genre et sociétés, Paris, Éd. La Découverte, 2005, p. 94-101).

 

Rapports sociaux de pouvoir:

Selon Danièle Kergoat, les rapports sociaux inégalitaires, qu’ils soient de classes, de sexe ou de racisation, peuvent prendre trois formes: l’exploitation, la domination et l’oppression. L’exploitation désigne les rapports sociaux économiques mettant en jeu l’exploitation du travail d’un groupe social par un autre. Les rapports de domination concernent les inégalités de pouvoir, en particulier politiques. Enfin les rapports d’oppression désignent principalement la question des violences verbales ou physiques.

Pour aller plus loin:

Danièle Kergoat, “Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux” , inSexe, race et classe - Pour une épistémologie de la domination, Paris, PUF, 2009.

 

Rapports sociaux d’émancipation:

Les rapports sociaux se caractérisent par des interactions collectives conflictuelles par lesquelles une classe sociale en soumet une autre. Cependant les rapports sociaux comprennent également des conflits à travers lesquels les opprimés tentent collectivement de remettre en cause le rapport social inégalitaire dont ils sont les victimes. Les rapports sociaux ne sont donc pas uniquement porteurs de domination, mais également vecteurs d’émancipation. Une sociologie des rapports sociaux analyse certes les dimensions par lesquelles les rapports sociaux se reproduisent, mais également comment ils se transforment. Une telle sociologie ne tend donc pas à renaturaliser de manière structuraliste la domination.

Il est en outre possible de se demander dans quelle mesure la notion d’émancipation peut être rapprochée de la notion d’empowerment (autonomisation) présente dans le mouvement noir américain et dans le mouvement féministe.

Pour aller plus loin:

Cardon P, Kergoat D. et Pfefferkorn R., Chemins de l’émancipation et rapports sociaux de sexe, Paris, La Dispute, 2009.

 

Relations sociales/rapports sociaux:

a) Selon la distinction proposée par Danièle Kergoat, un rapport social traverse l’ensemble de la société: il a donc une portée macro-sociologique. A l’inverse, une relation sociale se situe au niveau micro-sociologique. Ainsi, si l’inégalité sociale homme/femme structure l’ensemble de la société, il arrive néanmoins que dans un couple donné un homme réalise plus que son épouse les tâches dites féminines: tâches ménagères et éducation des enfants. Cela n’empêche pas néanmoins par ailleurs qu’en dehors du couple, il puisse bénéficier des privilèges du masculin comme d’un salaire plus élevé.

b) La distinction entre relations sociales et rapports sociaux permet également de penser deux dimensions de l'individualité. Les rapports sociaux permettent d'analyser les conditions objectives d'émergence de l'individu et de ces différentes formes. La notion de relation sociale permet de comprendre comment l'individualité, dans sa forme positive, se construit dans les relations qu'entretiennent les acteurs les uns avec les autres.  

c) L’opposition entre relations sociales et rapports sociaux se situe également au niveau de la théorie de la société. En effet, la sociologie de rapports sociaux - telle que celle de Marx - s’oppose aux sociologies du lien social - comme celle de Durkheim - pour qui le conflit est conçu comme une pathologie sociale.

Pour aller plus loin:

Danièle Kergoat, “Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux” , inSexe, race et classe - Pour une épistémologie de la domination, Paris, PUF, 2009.

Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes, Paris, La Dispute, 2007

 

Résistances individuelles:

a) L’individualisation est un fait social ambivalent. La capacité de l’individu à agir avec une certaine latitude par rapport aux liens communautaires peut apparaître comme une marque d’émancipation. L’individualité serait alors porteuse de capacité de résistances.

Mais en même temps, les rapports sociaux produisent une individualisation qui constitue également une forme d’isolement. Par conséquent, l’émancipation collective suppose également de pouvoir sortir de cette individualisation contrainte et d’être en capacité de construire du collectif et de la solidarité à travers des luttes. Le passage de la résistance individuelle à la lutte collective constituerait ainsi une ligne de clivage entre l’infrapolitique et le politique.

b) L’articulation de la problématique individualiste et de celle des rapports sociaux conduit également à une interrogation épistémologique sur l’articulation entre la prise en compte du “point de vue situé” des actrices et la structuration objective de la société par les rapports sociaux. Ainsi par exemple, l’identité sexuelle du sujet doit-elle être définie à partir de ce qu’en dit le sujet lui-même ou de l’assignation sociale qui le construit même malgré lui ?

Pour aller plus loin:

Cardon P, Kergoat D. et Pfefferkorn R., Chemins de l’émancipation et rapports sociaux de sexe, Paris, La Dispute, 2009.

 

Technocratie (rapports sociaux):

C’est en particulier entre les années 1920 et la fin des années 1970 qu’un certain nombre d’auteurs sont conduits à s’interroger sur l’émergence de rapports sociaux technocratiques. Cette notion de technocratie semblait permettre de constituer un outils d’analyse de l’émergence de phénomènes tels que: une classe sociale composée de cadre techniques (ingénieurs) et hierarchiques (managers), l’organisation technico-scientifique du travail, la bureaucratie dans les entreprises et l’Etat au sein des systèmes soviétiques et capitalistes, l’impact de la technique sur l’environnement et les dangers sur l’être humain, ou encore les rapports de savoir-pouvoir induits par l’expertise.

Pour aller plus loin:

Irène Pereira, “Simone Weil et la critique de la technocratie”, IRESMO, 2011. Disponible sur:

http://iresmo.jimdo.com/2011/09/04/simone-weil-et-la-critique-de-la-technocratie/

Irène Pereira, Les grammaires de la contestation, La Découverte, 2010.

 

Travail (centralité):

La catégorie de travail garde dans le cadre de l’analyse en termes d’articulation des rapports sociaux une place centrale. En effet, c’est la division du travail qui conduit à construire les classes qui structurent la société. En outre, l’exploitation du travail constitue une des formes de rapport de pouvoir inégalitaire qui se joue dans les rapports sociaux.

Initialement Marx avait analysé le travail comme le travail productif, c’est-à-dire celui qui transforme la nature, entendu à la fois comme l’environnement et comme la nature humaine.

Or il est possible de constater que les analyses contemporaines des rapports sociaux donnent une extension plus large à la catégorie de travail.

La notion de travail constitue ainsi une catégorie à partir de laquelle sont analysées nombre d’activités humaines en général.

Ainsi les femmes se trouvent exploitées non seulement dans le travail domestique (tâche ménagères et éducation des enfants), mais également dans le travail sexuel. L'ensemble forme ce que les féministes matérialistes appellent le travail reproductif. 

La notion de travail sexuel fait l’objet d’un certain nombre de controverses en particulier autour de la question de la prostitution. En effet, des féministes matérialistes, tel Paola Tabet, ont théorisé le fait que dans le mariage même, les femmes subissent une exploitation de leur travail sexuel et ont pu parler de continuum d’échange économico-sexuel allant des formes de rapports héterosexuels non-tarifés à ceux ouvertement monnayés. Le débat qui oppose les féministes dites réglementaristes à celles qualifiées d’abolitionnistes peut donc être en partie formulé de la manière suivante: si la prostitution est une forme d’exploitation du travail sexuel des femmes, faut-il soutenir des revendications visant à faire reconnaître la prostitution comme un métier et donc à mettre en place un statut juridique des prostituées leur garantissant des droits et des protections juridiques ? Si les réglementaristes soutiennent une telle revendication, les abolitionnistes pour leur part considèrent que la revendication féministe en la matière doit être la mise en place de voies de sortie de la prostitution. En effet, selon elles, les revendications féministes concernant la sexualité ont eu pour objectif de tenter de lever les contraintes qui pesaient sur la sexualité des femmes de manière à l’émanciper.

La notion de travail et de division du travail est également utilisée par exemple pour analyser l’activité militante: on parle alors de travail militant. Les sociologies du militantisme qui mettent en avant la catégorie de travail militant entendent ainsi prendre leurs distances avec des approches jugées trop subjectivistes et individualistes.

Pour aller plus loin:

Proudhon, Qu’est ce que la propriété ? (1840).

Marx, Le Capital (1867)

Trachman Mathieu , « La banalité de l'échange. Entretien avec Paola Tabet »,Genre, sexualité & société [En ligne], n°2 | Automne 2009, mis en ligne le 14 décembre 2009, Consulté le 07 avril 2012. URL : http://gss.revues.org/index1227.html ; DOI : 10.4000/gss.1227

Nicourd Sandrine, “Pourquoi s’interesser au travail militant ?”. Disponible sur: http://www.pur-editions.fr/couvertures/1239088550_doc.pdf

Dunezat Xavier, « Organisation du travail militant, luttes internes et dynamiques identitaires : le cas des “mouvements de chômeurs” », in Muriel Surdez, Michaël Voegtli, Bernard Voutat (Dir.), Identifier – S’identifier. A propos des identités politiques, Lausanne, Publications universitaires romandes, 2010, p. 155-175.

Dunezat Xavier, « La division sexuelle du travail militant dans les assemblées générales : le cas des mouvements de “sans” », @mnis, n°8, 2008, p. 217-228.

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Sexe (rapport sociaux de)/Genre:

L’analyse en termes de rapports sociaux de sexe conduit à éviter des ambiguïtés que peut susciter l’analyse en termes de genre. Il est possible d’en souligner deux. Tout d’abord, la notion de genre insiste sur le caractère socialement construit des comportements masculins et féminins. Néanmoins, elle peut être utilisée pour distinguer entre le genre, construit socialement, et le sexe, qui relève d’une différence biologique. La notion de rapport sociaux de sexe montre comment la catégorie de sexe est elle-même construite socialement. L’existence de deux catégories socialement étanche, homme/femme, est une construction, tandis que l’existence de personnes intersexes semble plutôt plaider pour un continuum biologique.

Une seconde dimension ambiguë de la notion de genre, c’est qu’elle tend à pluraliser ce qui dans le cadre des rapports sociaux de sexe apparaît comme étant clairement un conflit entre deux classes de sexe. Avec la notion de genre, il est possible de s’attacher, comme par exemple dans les théories queers, à mettre en avant la pluralité des identités qu’il s’agit de déconstruire ou de performer: cisgenre, transgenres, a-genre...

L’oppression des minorités sexuelles, par exemple celle de ceux présentant une discordance entre leur sexe social et leur genre, peut être analysée, dans une théorie des rapports sociaux de sexe, comme une résultante de la division sexuée de la société construite par la division sexuelle du travail. Pour leur part, les théories queers fondent leurs analyses de ce type d’oppression sur la question des normes culturelles portant sur la sexualité.

Pour aller plus loin:

Mathieu Nicole Claude, L'anatomie politique, Catégorisations et idéologies du sexe, éditions côté-femmes, 1991.

Pfefferkorn Roland, Genre et rapports sociaux de sexe, Editions Page 2, 2012.

 

Structure vs. système vs. rapports sociaux: Les analyses en termes de système, dites systémiques, ont été mises en avant en particulier dans les années 1960-1970. Le modèle du système, importé de la biologie, insistait sur les phénomènes d’action et de rétroaction de la base économique sur la superstructure par exemple. La prise en compte de la notion de “feedback” permettait de rendre la complexité des phénomènes par opposition aux analyses de type mécanistes ou structuralistes jugées plus monolithiques.

Ainsi la notion de système - capitaliste ou patriarcal - insiste sur les dynamiques internes tandis que la notion de structure met en avant les permanences par opposition aux phénomènes de surface conjoncturaux.

L’analyse systémique se distingue néanmoins de l’approche en termes de rapports sociaux par la difficulté qu’elle a à prendre en compte la dimension conflictuelle puisque le système fonctionne en cherchant à atteindre un équilibre.   

 

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