Entretien: L’écologie au prisme de la philosophie pragmatique


 

Emilie Hache est maître de conférences en philosophie à l’Université de Paris Ouest Nanterre. Elle est l’auteur de Ce à quoi nous tenons - Propositions pour une écologie pragmatique - (Les empêcheurs de tourner en rond/ La Découverte, 2011).

 

 

IRESMO: Quel est selon vous l’apport de l’approche pragmatiste de la morale à l’écologie ?

 

Emilie Hache: L’approche pragmatiste de la morale, du moins dans sa version jamesienne, ne s’intéresse pas à des principes, mais à des dilemmes. Pour James, la philosophie morale n’est pas une recherche des fondements mais une enquête minutieuse sur des problèmes précis correspondant à des enjeux, des situations réelles.

Cela a de nombreuses conséquences concernant les questions écologiques: par exemple, même s’il y a de nombreuses divergences avec le pragmatisme américain environnemental contemporain comme celui de Brian Norton (moins pragmatique que ses fondateurs), ils se retrouvent sur le fait de ne pas s’intéresser à des ‘gros problèmes’, comme dirait James, qui ont pourtant occupé des décennies les philosophes américains de l’environnement, comme celui de la valeur intrinsèque de la nature ou de l’anthropocentrisme. Pour James, ce sont des problèmes abstraits, mal posés, reposant sur un dualisme métaphysique tout à fait contestable. 

Une autre conséquence tout aussi importante tient à son relativisme : l’approche pragmatiste de la morale se distingue d’une forme de moralisme en ce qu’elle ne vient pas donner des leçons. La confusion entre l’attention à la dimension morale d’un problème et  le fait de dire ce qu’il faut faire est aussi fréquente dans le domaine écologique qu’ailleurs : la ‘morale’ se réduit souvent à des imprécations abstraites culpabilisantes (‘il faut sauver la nature’, ‘il faut bien traiter les animaux’, ‘il faut prendre en compte les générations futures’...). Or ce type de propositions est impossible d’un point de vue pragmatique puisque son relativisme moral si critiqué ne signifie pas que tout se vaut selon un contresens classique (sauver les baleines ou les laisser disparaitre, détruire la planète ou y faire attention), mais qu’il n’existe pas un bien en soi (i.e. une bonne position morale a priori), mais que cette dernière se décide dans l’expérience, après enquête, et en fonction des protagonistes concernés. Le rôle du philosophe moral n’est donc pas de dire (c’est-à-dire de décider à la place de ces derniers) ce qui est le plus moral (au nom de quel savoir le saurait-il?), mais d’exposer au mieux les différentes positions morales des acteurs en présence.

 

 

IRESMO: Une des particularités de votre travail en philosophie morale est de partir des pratiques des acteurs. Est-ce que vous pouvez nous expliquer le sens de cette démarche ?

 

E.H: Cette démarche est liée encore une fois à l’approche pragmatique et plus particulièrement à son empirisme. Le mot d’ordre du pragmatisme est l’expérience, rien que l’expérience mais toute l’expérience. Devant un dilemme moral, les possibilités de résolution ne se trouvent pas dans le ciel des idées mais dans l’examen minutieux des différents attachements moraux en contradiction, par conséquent, chez les acteurs eux-mêmes.

Par exemple, en ce qui concerne la question du bien-être des animaux d’élevage qui suscite de plus en plus de controverses aujourd’hui, l’étude du problème ne consistera pas en une réflexion sur des principes (est-ce qu’il est moralement bon en soi de tuer et manger /maltraiter des animaux ou pas?) mais en une enquête auprès des acteurs concernés (animaux d’élevage, éleveurs, scientifiques, consommateurs) qui permettra de re-ouvrir des questions trop vite fermées - qu’est-ce qu’élever ? L’élevage animal, pour l’animal comme pour l’éleveur, se réduit-il à tuer et manger des animaux ? Une consommation carnée étendue à l’ensemble de la population mondiale est-elle possible, c’est-à-dire compatible avec le problème de la faim dans le monde ? Autrement dit, plutôt que d’apporter une réponse définitive, une enquête morale a pour but de déployer toute la richesse du problème, de faire sentir les raisons de ce dilemme, à partir desquelles des possibles peuvent être déployés.

 

 

IRESMO: Pourquoi votre approche ne suit-elle pas la ligne de clivage classique entre l’écologie qui s’occupe de la nature et les problèmes dits humains ?

 

E.H: D’un point de vue philosophique tout d’abord, cette ligne de clivage est extrêmement problématique. Elle opère une mauvaise coupure qui ‘saucissonne’ le réel en mettant d’un côté “la nature” et “les humains tout court” de l’autre. Ce qui est étonnant, c’est qu’elle puisse nous sembler ‘naturelle’, ‘classique’ comme vous dites, mais cette impression à la réflexion ne dure pas en raison même du type de coupure qu’elle opère. De quoi parle-t-on quand on parle de nature? des arbres en soi ? des fôrets primaires ? des animaux sauvages ? de la pollution ?

L’ensemble des êtres - et des problèmes - que l’on regroupe sous le terme de ‘nature’ a une histoire foncièrement entrelacée avec celle de l’homme, qu’il est illusoire et surtout sans pertinence de vouloir démêler. D’où vient alors cette ligne de clivage ?

L’histoire de ce concept de “nature” est impossible à retracer ici (cf. B. Latour, Politiques de la nature), mais on peut au moins dire qu’il désigne moins dans la modernité une réalité objective en dehors de nous, qu’il ne fonctionne comme un opérateur de discrimination et de classification - des femmes, des personnes de couleur, sur fond de ‘nature’, cette réalité exclue a priori de la sphère morale et politique parallèlement à l’invention des sciences modernes. Cette ‘ligne de clivage’ a en ce sens plus d’affinité avec une opération de police qu’avec l’instauration d’une différence ontologique pertinente, ayant pour charge de demander aux différents êtres leurs papiers d’identité morale et politique - “êtes-vous assez intelligents, assez compétents, assez bien élevés, etc. pour que l’on vous traite bien / à égalité ?” -.

On comprend que dans ces conditions, dire que l’écologie s’intéresse à la “nature” soit problématique. La question de l’héritage de ce concept en écologie est de fait l’objet d’une longue discussion, dont les termes du débat se partagent, pour aller vite, entre la philosophie environnementale mainstream qui l’accepte, voire le revendique pour certains, et des philosophies/pensées écologiques qui le questionnent voire le rejettent. Or, qui dit séparation entre les deux dit que l’on va choisir à un moment donné entre les deux : que ce soit dans un sens, sous la forme des écologistes qui s’occupent exclusivement de la “nature” et ne s’intéressent pas aux humains (en particulier aux plus vulnérables d’entre eux), ou dans l’autre sens, s’illustrant par l’incapacité des partis politiques classiques de prendre en compte sérieusement les questions écologiques autrement que comme un problème annexe sautant à la moindre occasion (qui, finalement, rejoignent les premiers en ce que ce faisant, ils laissent la situation se régler d’elle-même i.e. au profit des plus favorisés). C’est là que la dimension politique rejoint le problème philosophique : des mobilisations politiques sont en train de se construire et d’essayer de formuler le problème posé par le fait de trouver les moyens de tenir les deux ensemble, sauf à ce que les décisions en résultant se fassent au détriment de l’un des deux, et toujours des plus pauvres. (cf. Di Chiro, “Nature as communauty”, in W. Cronon (dir.), Common Ground). Ce n’est pas quelque chose dont j’ai beaucoup parlé dans mon livre, mais cela fait l’objet d’un travail en cours avec Amsterdam à paraître au printemps.

 

 

IRESMO: Quelle place tient l’hypothèse Gaia dans cette écologie, sous quelle forme et pourquoi ?

 

E.H: L’hypothèse Gaïa fait partie des polémiques venant alimenter les peurs et les  fantasmes liées aux questions écologiques. C’est une hypothèse scientifique élaborée dans les années 70 proposant de penser la Terre “comme un être vivant”. Plusieurs choses dans cette hypothèse m’intéressent, liées aux reproches qu’on lui fait qui portent sur des problèmes majeurs concernant les enjeux écologiques.

Tout d’abord, elle pose un problème technique qui est tout à la fois un problème démocratique : comment comprendre de quoi il s’agit ? Comment être sûr d’avoir compris quand on n’est pas scientifique - pas géologue, pas biologiste ? Cette question du partage des compétences qui constitue pour Dewey, l’autre grand philosophe pragmatique, le problème central des démocraties modernes, est particulièrement cruciale en ce qui concerne l’écologie. Toutes les questions liées à l’écologie requièrent en effet un minimum de compétences scientifiques pour pouvoir prendre part aux débats et, le cas échéant, s’engager. L’hypothèse Gaïa fait d’abord peur pour cette raison-là, parce qu’on ne sait pas quoi faire devant une telle proposition qui, par  ailleurs, mêle métaphore et science.

Mais précisément, comme le souligne Stengers dans Au temps des catastrophes, le recours à cette hypothèse scientifique nous fait prendre conscience que l’on se fait nécessairement porte-parole des hypothèses scientifiques que l’on mobilise. Ce faisant, il ne peut plus être question de se réfugier derrière la Science (“c’est pas moi c’est Gaïa”) mais de modifier notre rapport à la science, c’est-à-dire à le désacraliser, et d’engager un rapport beaucoup plus exigeant, c’est-à-dire aussi plus responsable.

Or de quoi s’agit-il ? Que faire de cette chose, la Terre vivante ? À quoi sert la formulation d’une telle hypothèse ? Pour nous terroriser et nous faire accepter n’importe quelle conclusion barbare - d’une tyrannie éclairée, du sacrifice d’une partie d’entre nous ? Ou de prendre la mesure du type de changement radical que l’on doit  essayer collectivement de mettre en oeuvre afin précisément d’éviter des avenirs barbares ? Un des enjeux est de comprendre que ce n’est pas à la science de répondre à une telle question.

 

 

IRESMO: Pourquoi penser philosophiquement l’écologie à partir d’une morale ? Pourquoi ne pas la penser directement à partir d’une politique sans morale ?

 

E.H: précisément parce qu’une des choses qui me semble le plus intéressant est cette articulation entre les dimensions morales et politiques qui semble traverser de part en part l’interrogation écologique. On trouve ce lien par exemple chez Guattari dans Les 3 écologies, comme aussi chez de nombreux militants. Si cette articulation n’est pas propre à l’écologie (on la trouve dans la lutte contre le sida, le féminisme), elle semble témoigner du fait que l’émergence de nouvelles propositions politiques - et de nouveaux publics les défendant - est liée à la prise en compte des préoccupations morales de ces derniers.

Or cette articulation me semble particulièrement intéressante au regard du rapport qu’une partie de la gauche entretient avec la morale. Cette dernière a l’effet d’un repoussoir quasi-immédiat, en partie pour de bonnes raisons (quand le moralisme se substitue au questionnement moral) mais aussi en partie un peu à tort (quand sont confondus morale et moralisme...), ce que peu osent contredire, obligeant certains à cacher cette préoccupation morale qui les animent comme quelque chose d’un peu honteux, au lieu d’interroger les raisons de cet attachement, mais donc aussi de faire attention aux conséquences pour ne pas retomber justement dans les travers dénoncés.

C’est de ce point de vue que cela m’intéressait de problématiser les questions écologiques à partir d’une approche pragmatique de la morale, créant d’une part des contraintes sur la philosophie morale que cette dernière réussit généralement à éviter (ne pas parler à la place de; faire des enquêtes, etc.) et d’autre part, qui s’articule pleinement avec la dimension politique au lieu de s’y substituer.

 

 

IRESMO: Dans votre ouvrage, vous voyez dans les “conférences de citoyens” un espace d’expérimentation démocratique de type pragmatiste. Pourtant, est-ce que ce type de dispositif n’a pas montré ses limites avec les “grands débats publics sur les nanotechnologies” qui ont été organisés entre des citoyens et des experts par les pouvoirs publics et fortement critiqués par les opposants aux “nano” en particulier le collectif Pièce et main d’oeuvre  (PMO)? 

 

EH: avant même de parler de son détournement à l’occasion des nanotechnologies, ce dispositif présente à mon sens une limite irréductible liée au fait qu’il est seulement consultatif et non décisionnaire. Il témoigne en cela du niveau très faible de notre démocratie et de la peur du peuple qui l’accompagne. Mais à l’inverse, en raison précisément du fonctionnement toujours aussi élitiste de nos institutions républicaines, cela me semblerait dommageable de ne pas souligner le déplacement que ces conférences opèrent, aussi imparfaites soient-elles. Il n’y a qu’à observer chaque année la réaction d’une partie de mes étudiants devant l’existence de ces conférences, trouvant incroyable que l’on puisse leur demander leur avis... ce sont souvent les mêmes qui jugent légitime le fait qu’elles ne soient que consultatives, et qu’il faut laisser la décision finale aux experts. Le jour où ils trouveront tous banal et normal que les citoyens puissent être consultés (en étant mis en condition de pouvoir répondre aux questions posées), voire que la décision (politique) devrait leur revenir en dernier lieu, j’arrêterai d’en parler !

Ces conférences citoyennes posent la question des dispositifs à créer pour faire de la politique autrement, notamment en modifiant le rapport entre science et politique. Comment faire pour que les personnes se ré-approprient les décisions sur des sujets dont ils ont été dépossédés ? Comment fabriquer des compétences, pas seulement techniques, mais qui donnent la capacité de parler en public, d’oser émettre un avis contraire ? C’est la grande question politique des démocraties modernes pour Dewey.

Que ces conférences aient pu être détournées montrent qu’elles sont peut-être aujourd’hui usées. Je m’étais intéressée pour ma part à ce dispositif et sa relative réussite concernant les OGM. Ce fut une des premières fois qu’un tel dispositif fut mis en place en France et, à tout le moins, on peut dire qu’il créa la surprise (des gens ordinaires à qui on pose des questions et que l’on met dans les conditions d’y répondre, posent des questions intelligentes, et même des questions auxquelles “les spécialistes” n’avaient pas pensé) - en ce sens il peut être considéré comme un évènement politique important de ces dernières années.

Ce détournement, outre qu’il a le mérite de souligner que s’intéresser à la fabrique de la démocratie ne revient pas à idéaliser les gens, rappelle que les dispositifs aussi sont provisoires et doivent être révisés.

 

 

Les points abordés dans cet entretien peuvent être approfondis en lisant:

 

Emilie Hache, Ce à quoi nous tenons - Propositions pour une écologie pragmatique -, La Découverte, 2011, 245 p., 19 euros 50

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Commentaires : 1
  • #1

    wlp (lundi, 22 juin 2015 11:35)

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