Petite analyse grammaticale du traitement de la récidive par le renforcement du contrôle socio-judiciaire


            Cette analyse vise à montrer comment l’étude de type grammaticale peut-être utilisée pour permettre aux citoyens de parvenir à une meilleure compréhension des débats de société. 

 

            La question de la récidive en matière criminelle, en particulier lors de crimes à caractère sexuels, est abordée bien souvent dans le discours public, par exemple gouvernemental, à partir du renforcement de politiques de contrôle appelées mesures de suivi “socio-judiciaire” une fois la peine de prison purgée. Comment peut être modélisée, à partir d’une structure grammaticale philosophique, la solution juridique, qui consiste à renforcer les mesures de contrôle vis-à-vis des criminels afin de limiter la récidive ?

 

1) Déterminer une structure grammaticale de la mesure:

 

            La première étape de l’analyse consiste à étudier les présupposés philosophiques de ce type de mesures afin de déterminer dans quelle type de grammaire, elles peuvent se situer (1).

 

            Cette forme de contrôle semble supposer que l’auteur des actes pourrait être caractérisé par un penchant, conçu comme probablement naturel – inné -, à recommencer à commettre des actes criminels. Tendance dont les études statistiques confirmeraient la régularité. Mais il s’agit d’un penchant ou d’une tendance, ce n’est pas une loi mécanique, car la récidive de tel ou tel individu n’est pas prévisible. Le contrôle social que subirait le criminel pourrait ainsi viser à prévenir la récidive en agissant sur une volonté trop faible pour lutter seule contre ses propres penchants à la criminalité. Cela pourrait être par exemple le cas dans l’usage de la “castration chimique”.

 

            Ce qui se jouerait ici, ce serait la lutte entre une sensibilité corporelle qui agit sur la volonté du sujet qui apparaît comme incapable de résister à ces mauvais penchants. Le rôle de la justice, en tant qu’organe social, consiste à effectuer un contrôle de l’individu, afin de suppléer à la faiblesse de sa volonté et de protéger la société et les éventuelles victimes.

 

            Si on en fait une telle analyse grammaticale, les présupposés anthropologiques d’une telle politique sont proches de ceux de la tradition chrétienne. L’être humain apparaît comme clivé entre un esprit et un corps. Le corps agit sur la volonté en l’inclinant vers des penchants criminels. La volonté n'apparaît pas en capacité de choisir indifféremment entre le bien et le mal ou même rationnellement vers le bien: elle incline vers le mal.

 

            Il est donc possible de modéliser ce type de mesure à partir de la grammaire idéaliste.

 

2) Déterminer en se situant dans le cadre des deux autres grammaires, à quelles alternatives, les mesures de suivi socio-judiciaire répressives pourraient s’opposer:

 

 

Si l’on part d’une conception matérialiste rationaliste émergentiste, la tendance criminelle peut apparaître comme le produit de l’histoire de l’individu si l’on admet une plasticité de l’être humain qui introduirait la possibilité d’une distinction entre le biologique et le culturel. Si la tendance à la récidive est construite par l’histoire de l’individu, il peut être possible de la déconstruire, s’il est possible de connaitre rationnellement les mécanismes de cette construction. Dans une telle conception, il pourrait alors être possible de donner les moyens à l’individu d’agir sur cette tendance en le faisant accéder à la connaissance des mécanismes de leurs actions.

C’est dans une certaine mesure l’objectif que se donnait le rationalisme matérialiste de la psychanalyse freudienne.

 

3) L’expérimentation des mesures:      

 

            Ces deux conceptions, de l’action sur le risque de récidive, sont modélisées à partir de deux grammaires différentes. Elles laissent apparaître deux modes d’action différents par rapport à la criminalité. Le premier consiste à traiter le problème à partir d’une politique tournée vers le contrôle et la répression. Le second tente de faire accéder l’auteur des actes à une connaissance rationnelle de lui-même lui permettant de developper la maîtrise de ses propres actes.

            L’évaluation de ces orientations fait ensuite intervenir les conséquences pratiques de leur expérimentations.    

            Il est également possible de déconstruire le présupposé commun à ces deux orientations qui est celui de la possibilité d’agir sur les actes humains futurs soit par une action sur la volonté, soit par une connaissance rationnelle. 

 

Conclusion:

 

            L’analyse grammaticale permet de proposer une modélisation philosophique possible du suivi socio-judiciaire répressif, ainsi que par exemple une modélisation possible d’une mesure correspondant à une autre grammaire philosophique (2). Il apparait ainsi que les mesures de suivi socio-judiciaire de la récidive peuvent suivre des orientations très différentes, mais qu'elles resposent toutes les deux sur un présupposé rationaliste de capacité d'action sur des actes humains futurs possibles. 

 

(1)   Il est en effet possible qu’une même mesure puisse être justifiée à partir d’autres grammaires. C’est pourquoi, il faudrait pour mener une étude grammaticale complète, replacer cette mesure dans son contexte de manière à confirmer cette hypothèse de modélisation.

 

(2) L’approche grammaticale – au sens strict - ne constitue pas une interprétation par un sujet d’une mesure de manière à en dégager le sens. La signfication serait alors relative au cadre d’expérience que les acteurs se donneraient. Ce sont des modélisations philosophiques possibles d’un phénomène.  

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Milagros Stokely (lundi, 23 janvier 2017 05:20)


    Wow, this post is good, my younger sister is analyzing these things, so I am going to inform her.