Utilitarisme, pragmatiste relativiste et pragmatisme réaliste.

 

 

A côté d’une grammaire qui s’appuie sur l’intuition intellectuelle et d’une autre qui part d’une rationalité immanente, il est possible d’en dégager une troisième qui prend pour point de départ de l’intuition sensible. Au sein de cette dernière grammaire, une première sous-grammaire orientée vers le plaisir est distinguée: sous sa forme immédiate, il s’agit de l’hédonisme, et sous sa forme rationnelle, de l’utilitarisme. Une seconde sous-grammaire est orientée vers l’utilité vitale. C’est sur cette dernière que porte plus particulièrement ce texte. On peut la qualifier de pragmatiste.

 

- Sensualisme

 

En partant de l’intuition sensible, il est possible de dégager une grammaire sensualiste. Sur le plan pratique, l’action est orientée vers la satisfaction des besoins vitaux. La marque de la satisfaction de ces besoins serait alors le plaisir sensible immédiat éprouvé. La sensibilité serait également le critère de la connaissance théorique qui aurait pour fin la satisfaction de ces besoins. La connaissance ne permet pas de distinguer en soi entre le sujet et l’objet dans la mesure où ce qui est connu l’est relativement à l’utilité du sujet sensible.

Le critère de la sensibilité immédiate tant sur le plan théorique que pratique apparaît comme posant des problèmes du fait de sa relativité. Le plaisir immédiat peut en effet être la source d’une plus grande souffrance par la suite. La connaissance sensible s’avère relative à chaque sujet sensible.

Deux voies semblent alors possibles: l’utilitarisme et le pragmatisme.

 

- Utilitarisme et pragmatisme:

 

La distinction entre ces deux grammaires doit être cherchée dans le rapport qu’elles entretiennent à l’intuition sensible. L’utilitarisme est sans doute lié à l’empirisme. Ce dernier courant peut-être analysé comme partant d’une intuition sensible prenant appui sur un idéalisme: perception de sensation et de réflexion; être, c’est être perçu par un esprit; rien ne ressemble plus à une idée qu’une autre idée... L’utilitarisme pourrait être entre autres analysé comme le pendant moral de l’empirisme. Néanmoins, il existe des utilitarismes matérialistes et sensualistes, et des empirismes qui ne conduisent pas à l’utilitarisme moral.

L’utilitarisme peut être vu également comme une rationalisation de l’hédonisme. Cette dernière conception consiste à considérer que le plaisir sensible immédiat est le but des actions humaines. Si l’utilitarisme se fixe le même but, il opère néanmoins par un calcul rationnel d’optimisation des plaisirs et des peines.

 

Le pragmatisme se distingue du sensualisme en ce qu’il ne part pas uniquement d’une simple passivité de l’esprit. Il n’y a certes pas dans les deux cas de rationalité a priori. Néanmoins, le pragmatisme part de l’action - et plus spécifiquement de l’expérimentation active - qui permet de tester des hypothèses. La connaissance et l’action morale pour les pragmatistes ne visent pas l’utilité définie comme recherche du plaisir, mais l’utilité vitale définie comme conservation de soi. Il n’est pas en effet certain que le plaisir soit la marque de la satisfaction des besoins vitaux. Le pragmatisme prend pour base la combinaison entre des normes vitales et l’intuition sensible. Le monde qui nous entoure est perçu relativement à ces normes vitales. Notre action est orientée relativement à la conservation et à l’augmentation de notre force vitale, de notre désir vital.

 

Cette grammaire connaît deux formes principales dont l’une est relativiste et l’autre réaliste.

 

La forme relativiste de la grammaire pragmatiste

 

Cette première grammaire prend sa source dans l’intuition sensible. L’intuition sensible conduit à n’avoir qu’une connaissance relative, une opinion sur l’apparence. La connaissance est orientée vers l’utilité vitale. Néanmoins, la vie pour se conserver, n’a pas besoin d’être en accord avec la réalité. Une erreur ou une illusion peuvent être utiles à la vie. L’illusion peut être un produit des sens ou du désir.

La vie est une force aveugle qui n’est donc pas orientée vers le bien. L’être vivant n’ayant qu’une intuition sensible et non intellectuelle, il ne peut donc rien saisir au-delà de l’apparence. Il n’y a pas une réalité au-delà de l’apparence. Ce qu’on appelle réalité est un indissociable processus où se trouvent mêlés inextricablement le sujet et l’objet.

Il n’y a pas de normes transcendantes. Les valeurs sont le produit d’une projection par un vivant de ses normes vitales sur son milieu. Le sujet n’est pas un fondement, mais un effet de cette force vitale. Cette force vitale est le désir.

 

La forme réaliste de la grammaire pragmatiste

 

L’erreur ne peut pas être utile à la vie, mais c’est au contraire dans la correspondance à la réalité que se trouve ce qui est utile à la vie. La rationalité est empirique: elle apparaît comme le produit d’un processus technique. Il n’y a pas de rupture entre l’empirique et le rationnel, mais ce dernier est issu du premier. A l’origine de la science rationnelle se trouve donc l’action pratique et non la contemplation spéculative.

Le processus de connaissance est issu de nos besoins. Cela signifie que nous nous posons la question de la connaissance relativement à nos besoins. Le travail et la technique apparaissent comme deux activités permettant de parvenir à la satisfaction de nos besoins vitaux. La rationalité est issue de ces deux processus.

 

Conclusion:

Ce qui réunit l’utilitarisme et le pragmatisme, c’est le critère de l’utilité. Mais dans les deux cas, il est défini très différemment. Pour l’utilitarisme, il s’agit de l’optimisation du plaisir sensible, dans le cas du pragmatisme, il s’agit de la recherche de l’utilité vitale.

Deux formes de pragmatisme se distinguent, dans le premier cas, le pragmatisme relativiste, le rapport à la réalité disparaît, en revanche dans le cas du pragmatisme réaliste, il existe un lien entre connaissance adéquate de la réalité et maintient de la vie.

 

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