Petit abrégé d'argumentations philosophiques - II

Deuxième partie

( pour lire la Première partie

 

3. L’intuitionnisme idéaliste

 

3. Il est possible d’essayer de dépasser les limites de la raison en essayant de fonder le savoir sur l’intuition intellectuelle de l’esprit. Cette intuition peut avoir pour visée des idées telles que la vérité, Dieu ou le sujet conscient.

 

3.1. Il serait possible de fonder la connaissance rationnelle matérialiste de la science moderne à partir d’une intuition intellectuelle des premiers principes.

3.1.1. Cette intuition intellectuelle aurait pour critère la certitude subjective. Néanmoins, comment être certain que cette certitude nous donne accès à la vérité et ne soit pas une illusion de la conscience.

3.1.2. Cette certitude qui garantit l’évidence de premiers principes véridiques peut être elle-même garantie sur la véracité de Dieu. C’est parce que Dieu est un être parfait, qu’il ne peut pas mentir, que donc les premiers principes sont vrais.

 

3.2. Il serait possible de fonder la chaîne de causalité qui rend possible la connaissance nécessaire du réel sur l’existence d’une cause première qui n’est pas elle-même matérielle.

3.2.1. En effet, si elle était matérielle, elle serait elle aussi placée dans l'enchaînement de cette chaîne de causalité.

3.2.2.. Cette première cause qui n’aurait besoin d’aucune autre cause pour exister, ce serait Dieu.

 

3.3. Même s’il n’est pas possible de démontrer rationnellement qu’il existe une finalité à l’oeuvre dans la nature, il est possible de la supposer en droit pour des raisons morales.

3.3.1. En effet, la science moderne s’est caractérisée par l’élimination de la finalité dans la nature au profit d’une explication en termes de causes efficientes.

3.3.2 Mais l’action morale suppose la capacité de poursuivre des fins, des valeurs ou des idéaux, qui transcendent ce qui est, qui ne s’y réduisent pas, qui norment la réalité.

 

3.4. Il n’est pas possible d’éliminer de manière satisfaisante dans l’étude du vivant la finalité en se passant totalement d’une analyse fonctionnaliste.

3.4.1. L’explication par la fonction en biologie est de type finaliste: elle consiste à analyser la genèse et le fonctionnement d’un organe par rapport à son but supposé. C’est l’adage de Lamarck selon lequel “la fonction crée l’organe”.

 

3.3. Il est possible de fonder le savoir sur le sujet conscient, qui est la seule certitude qui résiste au doute. Je ne peux pas douter de ma propre existence. Si je doute de la vérité de ma conscience, c’est la conscience elle-même qui doute de sa propre existence, il s’agit d’une contradiction performative.

3.3.1. Si nous ne pouvons pas prouver l’existence sensible et que donc la connaissance suppose l’intuition sensible et si l’expérience sensible ne contient aucun principe d’organisation rationnelle, alors c’est que ces principes se trouvent dans l’esprit humain et non dans la matière.

3.3.2. C’est l’esprit humain qui organiserait de manière universelle et a priori l’expérience causale.

3.3.3. C’est l’unité du sujet qui organiserait de manière a priori les sensations et qui éviterait la confusion qui pourrait résulter des informations contradictoires des différents sens.

 

3.4. Si l’esprit humain est capable de viser des fins, il ne s’agit pas d’une illusion, mais du fait que son fonctionnement ne peut être réduit à un mécanisme naturel.

3.4.1. L’intentionnalité de la conscience est ce qui rend possible la liberté humaine, dans la mesure où l’esprit humain peut se déterminer non en fonction de causes efficientes, mais de causes finales, c’est-à-dire de projets ou de buts par exemple.

3.4.2. Les sociétés humaines, les cultures humaines, présupposent l’existence d’une transcendance de l’esprit par rapport au mécanisme naturel: les sociétés humaines font en effet intervenir des valeurs qui ne sont pas réductibles aux faits.

3.4.3. L’analyse de l’histoire et des sociétés humaines suppose l’interprétation du sens des actions et des discours humains. Il s’agit alors de comprendre et non d’expliquer.

 

3.4. Si la morale ne peut pas être tirée d’une connaissance de la nature, elle peut-être tirée de l’esprit humain.

3.4.1. L’éthique ne peut pas produire une connaissance universelle, et donc vraie, de la manière dont l’on doit agir dans la mesure où le plaisir et la souffrance sont relatifs pour chaque individus.

3.4.2. Une morale universelle ne peut être tirée ni d’une connaissance des faits naturels ni de la sensibilité. Donc elle ne peut être tirée que de la raison humaine ou de l’intuition intellectuelle.

3.4.3. Le droit et la politique en tant qu’ils établissent des normes d’action se trouvent subordonnés à la morale.

 

3.5. Les limites de l’intuitionnisme idéaliste:

3.5.1. Rien ne permet d’établir que nous soyons capables d’une intuition intellectuelle: en effet la démonstration de l’intuition intellectuelle serait contradictoire. En effet, ce qui est intellectuel est discursif et ce qui est intuitif est sensible. L’intuition intellectuelle ne peut donc reposer que sur une certitude subjective, une foi.

3.5.2. La thèse d’une connaissance intellectuelle intuitive de Dieu se heurte au risque que la certitude intellectuelle ou foi ne soit qu’un sentiment relatif et non l’intuition d’une vérité absolue.

3.5.3. La thèse selon laquelle il n’est pas possible de douter de son existence en tant que sujet conscient peut faire l’objet des critiques suivantes:

3.5.3.1. Il est possible de dire que quelque chose pense, mais il n’est pas possible de dire qu’il s’agit d’un sujet, c’est-à-dire d’une réalité stable et fixe.

3.5.3.2. La notion de sujet n’est peut être qu’une fiction créée par la grammaire, par le fait que nos langues sont généralement organisées en sujet-verbe.

3.5.3.3. Dans une telle objection, la structure grammaticale du langage n’est pas une expression de la structure du monde, elle est le produit d’habitudes sociales qui peuvent être considérées comme des erreurs utiles.

3.5.4. La morale comme règle absolue tirée d’une raison constituante (et non constituée) se heurte à l’existence de conflits de devoir qui soumettent la raison à des dilemmes moraux.

 

4. Scepticisme

 

Le fait que la vérité ne puisse être établie de manière absolue, ni par les sens, ni par le raisonnement, ni par la certitude intellectuelle d’un sujet conscient, semble nous conduire à douter que l’on puisse établir la vérité, voire même à renoncer à la notion même de vérité.

 

4.1. Le fait de douter de toute vérité conduit celui qui doute à devoir douter même de son propre doute. Il se trouve alors entraîné dans une régression à l’infini du doute. Le sceptique succombe sous son propre argument de la régression à l’infini.

 

4.2. Le doute sceptique de l’existence d’une réalité extérieure conduit néanmoins le sceptique à accepter l’existence de croyances pragmatiques, c’est-à-dire de croyances utiles pour l’action, sous peine de périr.

 

4.3. Le scepticisme, ne pouvant fonder le savoir, est conduit à accepter les normes dominantes dans la société dans laquelle il vit. Il se plie au conformisme dominant.

 

5. Le pragmatisme

 

S’il n’est pas possible de fonder et de déduire l’intégralité du savoir à partir d’un principe premier, que celui-ci soit Dieu, la totalité ou le sujet conscient, peut-être est-il possible de partir d’hypothèses vraisemblables afin d’établir un savoir plus justifié.

 

5.1. La démarche pragmatiste ne consiste pas à dépasser la connaissance apparente vraisemblable (sensations, opinions...) pour fonder une connaissance sur des premiers principes vrais et la déduire logiquement de ces premiers principes.

 

5.2. Il s’agit au contraire d’établir une connaissance davantage probable et vraisemblable sur l’expérience quotidienne ou l’expérimentation.

5.2.1. Cette connaissance n’est pas absolue, mais relative à nos intérêts.

5.2.2. Elle est donc relative à nous-mêmes et ne peut donc prétendre constituer une vérité absolue.

5.2.3. Ainsi, il est possible qu’une affirmation nous soit utile sans pour autant être vraie.

 

5.3. En matière morale, il s’agit alors d’établir des conseils de prudence qui peuvent être expérimentés relativement à une situation, mais qui ne constituent pas des règles absolues.

5.3.1. De fait, ces règles peuvent changer en fonction des personnes et des situations.

5.3.2. De même, il ne s’agit pas d’établir une liberté en soi, mais des degrés apparents de choix selon les circonstances.

 

5.4. La relativité et la contradiction des opinions en matière politique peuvent-être dépassées par le fait d’établir par l’argumentation des opinions qui fassent consensus.

5.4.1 Mais il est possible de se demander si cela ne conduit pas à confondre l’opinion du plus grand nombre, voire de tous, avec la vérité.

 

5.5. L’établissement de la vérité suppose un processus dont la fin constitue la vérité.

5.5.1. Cependant, cela signifie que les connaissances établies durant le processus ne sauraient être des vérités, car la vérité ne saurait être partielle, c’est-à-dire relative.

5.5.1. Un processus qui part d’hypothèses vraisemblables ne saurait parvenir à l’établissement d’une connaissance vraie.

 

Conclusion:

En suivant les logiques argumentatives de ces différentes positions, il est possible de considérer que la philosophie consiste dans l’opposition et l’alliance entre ces différents courants sans qu’aucun n’ait pu jusqu’à présent l’emporter de manière définitive sur l’autre:

1) La première position consiste à partir des sensations pour établir la connaissance. Mais au-delà, cette position peut consister à partir des connaissances apparentes que constituent les sensations et les opinions auxquelles les sensations donnent lieu pour établir par l’expérimentation et l’argumentation des connaissances “plus vraies”. Mais des connaissances “plus vraies” ne sont pas des connaissances vraies, mais seulement des connaissances qui résistent à l’expérience quotidienne et qui sont mieux argumentées. Cette position pragmatiste est celle du savoir quotidien.

2) La seconde position est celle qui consiste à fonder par la démonstration rationnelle les premiers principes et à partir de la totalité matérielle définie comme un mécanisme. Cette position est celle de la science moderne. Néanmoins cette position se trouve confrontée aux limites auxquelles se heurtent le rationalisme et le matérialisme mécaniste.

3) La troisième position consiste à considérer que la science moderne ne peut pas être fondée sans le recours à l’intuition intellectuelle et que d’autre part, le modèle rationaliste mécaniste ne peut rendre compte de l’intégralité des phénomènes de la réalité tels que le vivant, le fonctionnement de l’esprit humain, la culture, les normes morales et juridiques... Cette position philosophique est celle qui est la plus proche de la religion. Mais elle suppose la possibilité d’établir par l’intuition intellectuelle, sans recours ni au raisonnement, ni à l’intuition sensible, des propositions vraies.

 

Irène Pereira

 

Tableau de synthèse: 

 

 

Relativisme sensualiste

Rationalisme 

Esprit

Idéalisme subjectif

Idéalisme rationaliste

Matière

Matérialisme sensualiste

Matérialisme rationaliste

 

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Commentaires : 1
  • #1

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