Sociologie pragmatique et théorie critique

 

Est-il possible de produire une théorie critique à partir d’une sociologie pragmatique ? En effet, en s'intéressantaux capacités critiques des acteurs et à leurs régimes d’action, la sociologie pragmatique met en avant le versant de l’émancipation. Mais la mise en avant des capacités critiques et d’action peut apparaître comme semblant nier ou relativiser les contraintes structurelles pesant sur les individus. La sociologie pragmatique, à la différence des sociologies critiques, se donne pour objectif non de produire une théorie critique à partir d'une analyse des rapports sociaux de domination, mais à partir d'une analyse des actions collectives qui permettrait d'induire les rapports sociaux inégalitaires au sein d'une société.

 

 

1. Une sociologie pragmatique consiste à partir avant tout des actions collectives, et donc d’entités collectives (ex: associations, syndicats, collectifs, manifestations...). C’est en les situant dans ces entités collectives que les actions des acteurs sont analysées. La sociologie pragmatique est actionniste, et même interactionniste, mais elle ne prend pas comme unité de départ des actions individuelles détachées de tout ancrage social. Elle prend pour unité de base des groupes d’action, des entités collectives.

 

1.1. Les actions non-discursives peuvent être analysées comme des épreuves de force.

 

1.2. Le contenu des discours peut être analysé comme des épreuves de légitimité issues des épreuves de force, mais non réductibles à elle.

 

2. La sociologie pragmatique se distingue de l’analyse des cadres (frame analysis) dans la mesure où elle ne part pas de l’interprétation par les acteurs de la situation comme étant la condition de possibilité de l’action.

 

3. La sociologie pragmatique n’est pas structuraliste dans la mesure où elle ne part pas de la structure sociale pour analyser comment cette dernière produit les conflits sociaux. Au contraire, elle se donne pour tâchedereconstituer les rapports sociaux à partir d’une étude de la conflictualité sociale.

 

3.1. Elle s'intéresse entre autres à la manière dont les actions discursives et non-discursives dans les actions collectivescontribuent à construire les rapports sociaux. La sociologie pragmatique propose une description utile des phénomènes, non une explication de la réalité en soi.

 

3.2. Elle ne s'intéresse pas à la question de savoir si les rapports sociaux sont l’effet de structures sociales. Les structures sociales ne sont pas directement observables, elles ne sont mises à jour que par une construction scientifique. La sociologie pragmatique s'intéresse aux actions et à leurs effets.

 

4. La sociologie pragmatique décrit la pluralité des rapports de conflicutalité sociale qui prennent la forme d'une pluralité d'actions de luttes et de débats.

 

4.1. Une même conflictualité peutêtre l’objet de discours différents en fonction des entités collectives qui ont également des stratégies d’actions diverses. Cette pluralité est analysée par la sociologie pragmatique à partir des grammaires.

 

4.2. Il existe différents types de conflictualité. Se pose alors le problème d’analyser ces conflictualités.Les collectifs ou les organisationsont un discours sur cette conflictualité et sur l’analysequ’il s’agit d’en donner. Des appels, des tracts, des textes de congrès... sont produits par ces entités. Ce sont les acteurs qui dégagent le caractère politique d’un conflit social et non le(a) sociologue.

 

4.2.1. Les rapports sociaux comme rapports politiques n’existent pas en soi en tant que tels: ils ne se dégagent pas de la simple description de la structure sociale. Mais à l’inverse, ils ne sont pas non plus la conséquence d’une signification donnée par les acteurs. La construction politique des rapports sociaux, dans une conception pragmatiste, se traduit à travers les épreuves de force et de légitimité qui opposent des entités collectives. Ils se construisent dans les actions non-discursives et discursives deces entités.


4.3. Ces conflits sociaux nous donnent des éléments sur les rapports sociaux au sein d’une société. Néanmoins, tout les rapports sociaux ne donnent sans doutepas lieu à un conflit social collectif. Il est possible que les conflits sociaux ne nous permettent pas de rendre compte de l’intégralité des rapports sociaux au sein d’une société. Néanmoins ceux qui ne donnent pas lieu à une politisation de la part des acteurs collectifs restent à un niveau infra-politique.

 

Irène Pereira

 

 

 

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