Société Louise Michel

Compte rendu de la présentation de l'ouvrage d'I. Pereira, Les grammaires de la contestation, à la Société Louise Michel

A l'invitation de la Société Louise Michel, j'ai effectué une présentation de mon ouvrage Les grammaires de la contestation au café Le Lieu Dit, à Paris, hier, 16 novembre 2010.

 

Je voudrai remercier la Société Louise Michel, l'équipe du Lieu Dit, ainsi que toutes les personnes qui se sont déplacées pour venir à cette présentation. Grâce à vous, nous avons fait salle comble!

 

Pour ceux qui n'ont pas pu venir à la présentation, je signale un compte rendu de l'ouvrage paru sur le site Liens socio:

http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=6670

(Attention, malgré le caractère sérieux et appliqué de la recension, il y a quelques erreurs de détails qui tiennent au caractère complexe du sujet).

 

Il y a eu beaucoup de questions et un débat riche et passionné autour de ces clivages au sein de la gauche radicale. Je n'ai pas pu malheureusement répondre avec précision à toutes les questions.

 

Je vais ici en reprendre quelques unes succinctement. 

 

Comment, en étant située soi-même au sein de cette gauche radicale, puis-je en faire une classification valable ?

 

Je pense que le débat de mardi soir l'a assez bien montré. On m'a située moi-même, avec raison, au sein de la grammaire syndicaliste d'action directe. Il y a eu des débats vifs pour savoir si la grammaire "contre-culturelle" devait être modélisée à partir de Nietzsche par exemple ou pour savoir si c'était utile de faire des classifications, et en particulier si c'était utile politiquement. Certaines personnes ont fait allusion à leur appartenance politique: Parti de gauche, NPA...

Mais aucun de ces militants n'est venu me dire que je caricaturais, déformais telle ou telle position ou courant politique.

Il me semble donc important, dans cette question épistémologique, de distinguer la neutralité et l'objectivité. Ne pas être neutre, être engagé, cela n'empêche pas d'être objectif: ce sont deux attitudes différentes en réalité.

 

Quel est l'utilité de l'ouvrage ? A quoi cela sert-il de faire des classifications ?

 

Il s'agit d'un ouvrage sociologique. Ceux qui y cherchent des réponses directement pratiques, des solutions toutes faites à leurs problèmes politiques, risquent d'être déçus.

Ce livre a pour objet d'apporter une grille d'analyse claire et relativement simple pour s'orienter dans des débats complexes. Elle a donc une visée instrumentale. Ce n'est pas la réalité, c'est une analyse, une interprétation de la réalité, mais qui a pour fonction de nous aider à nous y repérer plus facilement.

Cette grille est simple - je distingue trois grammaires de base - mais elle se complexifie ensuite car je distingue des sous-grammaires et je montre comment ces grammaires font des compromis entre elles.

Les grammaires ont donc un caractère idéal-typique, mais il ne s'agit pas de les utiliser de manière statique, mais comme moyen d'analyse de réalités complexes. Comment tel courant utilise-t-il des éléments de plusieurs grammaires ? Comment une même personne peut-elle, dans ses paroles, utiliser telle grammaire et dans ses actes telle autre ? Comment, à tel ou tel moment, les mêmes acteurs peuvent-ils passer d'une grammaire à une autre? 

Cela nous fournit donc également un outil pour analyser la cohérence des discours et des pratiques.

 

 

Pourquoi avoir fait de Kant le grammairien du républicanisme social ? Il n'y a rien de social chez Kant.

 

C'est un point que j'aurais peut être dû davantage préciser dans l'ouvrage. Il y a, dans La Doctrine du droit de Kant, comme le souligne André Tosel dans Kant révolutionnaire (PUF, 1990), une inspiration rousseauisste qui le fait ainsi partir de l'idée d'une "possession originairement commune du sol de la terre". C'est donc à ce Kant -souterrain - des Lumières radicales, et non au Kant des Lumières libérales, que je fais référence dans le livre.

 

Pourquoi ne pas parler de la psychanalyse ou du surréalisme dans l'ouvrage ?

 

L'ouvrage, même dans sa partie historique, a pour objet de nous éclairer aujourd'hui. Or aujourd'hui, les références explicites à ces courants au sein de la gauche radicale sont moindres. Néanmoins, par la place que ces deux courants ont faite à l'inconscient, il faudrait certainement  inscrire leur influence, selon moi, dans la grammaire nietzschéenne.

 

Quelle place occupe le christianisme de gauche ?

 

J'en parle un peu dans l'ouvrage, mais c'est vrai, peut être pas assez. Il me semble qu'il faudrait certainement l'inscrire, comme je le dis en note de bas de page, dans une grammaire humaniste qui comprendrait deux sous-grammaires: d'une part les républicains sociaux et d'autre part les chrétiens de gauche. 

 

Il y a eu encore d'autres questions auxquelles je ne réponds pas ici et auxquelles je n'ai pas eu le temps de répondre hier. Je m'en excuse auprès de leurs auteurs. Ces questions ont soit un caractère de détail, soit sont au contraire trop vastes pour être traitées dans le cadre de ce compte rendu, que je ne souhaite pas alourdir davantage.

 

Irène Pereira

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Joseph (lundi, 23 juillet 2012 05:56)

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